1.500 syndicalistes et dissidents mis sur écoute en France?

Temps de lecture : 2 minutes

Cet article a été lu 988 fois

Combien de syndicalistes, de dissidents, d’opposants en tous genres, sont mis sur écoute en France? Probablement 1.500 selon les très sérieux chiffres de la Commission Nationale de Contrôle des Techniques de Renseignement (CNCTR), publiés dans son premier rapport annuel.

Combien de Français mis sur écoute?

La Commission a le bon goût de publier ce chiffre éloquent sur les mises sur écoute en France depuis 2012:

Source: CNCTR
Source: CNCTR

On ne peut être plus clair! Sur les 8.500 personnes faisant l’objet d’interceptions de sécurité en France, 1.500 (près de 20%) ne le sont ni pour des raisons liées au terrorisme, ni pour des raisons liées au banditisme ou à la prévention de violences collectives (aussi appelées sédition ou révolution selon leur réussite). Il s’agit, dans ce cas, d’opposants politiques, de syndicalistes, de dissidents, d’emmerdeurs patentés que le pouvoir veut mettre sous surveillance, histoire de connaître le nom de l’amant, de la maîtresse, du mignon, de la boîte échangiste qu’ils fréquentent pour pouvoir les coincer le jour où il le faut.

La doctrine de la CNCTR sur les dissidents mis sur écoute

Au passage, on lira avec intérêt les aveux (discrets) que la CNCTR commet sur ce sujet:

Il s’agit de prévenir, en premier lieu, les atteintes à la forme républicaine des institutions, en deuxième lieu, les actions tendant au maintien ou à la reconstitution de groupements dissous, en troisième lieu, les violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique. Cette dernière catégorie comble une lacune de la loi du 10 juillet 1991, qui contraignait à recourir aux notions moins pertinentes de sécurité nationale et de criminalité organisée pour autoriser la surveillance d’individus particulièrement violents, agissant en groupe structuré dans le but de troubler gravement l’ordre public, notamment à l’occasion de manifestations. La CNCTR, particulièrement vigilante sur ce point, considère toutefois que cette finalité ne saurait être interprétée comme permettant la pénétration d’un milieu syndical ou politique ou la limitation du droit constitutionnel de manifester ses opinions, y compris extrêmes, tant que le risque d’une atteinte grave à la paix publique n’est pas avéré.

Ce texte est à lire entre les lignes.

Premier point: l’interception de sécurité sur les personnes portant atteinte à la “forme républicaine des institutions” est autorisée, ou pour les membres d’un groupe dissout, ou encore pour les participants à des manifestations portant atteinte à la paix publique. Ce groupe est donc assez large…

Deuxième point: la Commission considère que ces interceptions ne peuvent servir à la “pénétration d’un milieu”. En revanche, une fois la pénétration accomplie…

Troisième point: l’interception ne peut empêcher l’expression des opinions. En revanche, la connaissance des opinions est tout à fait autorisée.

CQFD.

print

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
C’est le système, idiot !

Article initialement publié sur Le Nouvel Economiste, sous la signature de Philippe Plassart. La critique du système ne doit pas...

Fermer