10 leçons des législatives, par Jean-Marc Boyer

Majorité absolue

Une majorité absolue « pas souhaitable, …une forme de hold-up » disait le candidat E. Macron pendant sa campagne.

EM n’a pas besoin des élus du Modem pour avoir la majorité. Il pourrait laisser F. Bayrou et M.de Sarnez quitter le gouvernement le moment venu. Qu’ils soient recasés ou novices, les élus LREM le doivent à leur étiquette EM, et ils n’auront pas intérêt à mordre la main qui les nourrit.

Cabinet Elysée pléthorique

Le seul arrêté publié le 19 juin (dans la foulée des législatives pour éviter toute critique) comprend 45 nominations au cabinet de l’Elysée (appelé plus généralement Secrétariat général). Pléthorique pour l’Elysée, les autres cabinets sont soumis aux restrictions.

Cela rappelle Brave new world (la nouvelle d’Aldous Huxley) où les alpha+ dominent.

Un premier ministre sans réel pouvoir

Certains conseillers élyséens sont communs avec Matignon, c’est-à-dire que le Premier ministre ne pilote pas. En comparaison des 45 personnes nommées à l’Elysée au Jo du 19 juin, 3 membres ont été nommés à Matignon au JO du 20 juin.

Le Premier ministre avait pour objet de ramener quelques voix de LR-UDI en complément. C’est désormais inutile avec une majorité absolue de LREM. Il restera au Premier ministre les basses besognes (répondre sur le cas R. Ferrand, recadrer un F. Bayrou ingérable, annoncer les mauvaises nouvelles sur le budget,…).

Recomposition

Les partis traditionnels sont à terre (avec un LR éclaté) ou sous terre (avec un PS moribond). Ils conservent néanmoins un groupe parlementaire puisque l’on a gardé 577 députés (chiffre inflaté en 1986 en compensation de la proportionnelle, supprimée depuis). EM avait promis de supprimer un tiers des députés.

Les extrémistes sont sous représentés (EM avait promis une dose de proportionnelle). Cela présente une menace d’expression dans la rue, hors débat démocratique. La France Insoumise a promis une « lutte sociale ».

Mini remaniement

Pour la forme, E. Philippe a remis la démission de son gouvernement. Du coup, pas besoin de demander à R. Ferrand de démissionner. Il suffit de ne pas l’inclure dans le nouveau gouvernement. En revanche, lui proposer la tête du groupe parlementaire tient de l’obstination. Sauf s’il s’agit d’une manœuvre machiavélique pour tenter d’affaiblir le groupe LREM à l’Assemblée nationale ?

Avec quelques nominations de Secrétaires d’Etat supplémentaires, le Gouvernement aura une taille normale, et non réduite comme promis.

Rejet

Avec 57% d’abstentions, sans compter les votes blancs ou nuls, l’histoire de la République n’avait pas connu un tel rejet de la politique. Et encore, les votes se sont principalement portés (hormis des opportunistes recasés) sur des candidats de préférence sans expérience politique.

Parlement « normal »

La chambre des députés est à peine rajeunie (5 ans de moins que la sortante, mais la moyenne d’âge sera environ la même à la fin du quinquennat). Elle est rééquilibrée avec cette fois une moitié issue du privé (contrairement aux fonctionnaires détachés qui peuvent retrouver leur emploi à la sortie). Elle est plus féminisée, mais surtout composée de CSP+.

Commissions cherchent président

La bataille fait rage pour s’attribuer les places au Parlement. Outre la présidence de l’Assemblée et du groupe LREM, la question est de savoir si la Commission des Finances sera confiée à l’opposition, comme le veut désormais la tradition, ou si l’hégémonie primera.

Pouvoir Jupitérien

Hormis la présidence, les autres pouvoirs sont amoindris : Sénat (l’Assemblée l’emporte constitutionnellement sur le Sénat), Collectivités locales qui auront (notamment Paris) des dotations moindres et une baisse de 80% des taxes d’habitation, une Justice représentée par un justiciable, des médias largement alignés sur EM, des syndicats qui vont perdre une grande partie de leurs prérogatives paritaires (étatisations de l’Unédic et d’autres institutions), même si la CFDT rêve d’une cogestion,…

Programme à adapter au réel

La nouvelle majorité va désormais se confronter au réel :

–          La nième loi de moralisation sera un progrès coté parlementaires, faute de s’appliquer à toute la vie publique et administrative. Cependant, la loi sera-t-elle aussi crédible, portée par F. Bayrou et avec R. Ferrand comme chef du groupe LREM ?

–          La loi intégrant l’état d’urgence dans le droit commun n’ira pas dans le sens du libertarisme de centre gauche. Cela reviendra à considérer le terrorisme comme intégré au quotidien.

–          La loi de détricotage partiel du code du travail ira dans le sens libéral, mais la France Insoumise luttera.

–          La Loi de Finances sera influencée par le rapport de la Cour des Comptes promis pour début juillet. Soit les promesses électorales seront revues (repousser la baisse de 80% de la taxe d’habitation par exemple), soit il faudra trouver de nouvelles économies.

–          La réforme des retraites prévue vise à plus d’équité. Cela ne suffira pas à résorber les déficits selon les nouvelles prévisions du Conseil d’Orientation des Retraites.

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