25 ans de Maastricht

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Article paru sur la Gazette de l’Assurance.

Le traité de Maastricht (7/2/1992) a créé l’Union Européenne, le marché unique et les politiques communes de sécurité et de justice. Pourtant, on ne retient que les « critères de Maastricht » pour intégrer la monnaie unique (article 4). Ces critères ont reçu de la publicité, car ils ont été fustigés ensuite par les politiques, en mal de bouc émissaire. Or, cette contrainte est exagérée puisque l’on ne peut plus forcer les pays européens à les respecter une fois dans l’Euro.

Un peu comme dans les « instructions » du livre sacré (Torah ou Pentateuque suivant les goûts), l’Euro a connu la Genèse en 2009, un Lévitique avec les modalités du traité d’Amsterdam (2/10/97) expliquant les pratiques « pures », les Nombres avec Maastricht (3% de déficit, 60% de dette/PIB), un Deutéronome avec les lois (directives) transmises par les instances européennes, faute de Moïse. Le problème est que l’Exode (Brexit et tentative de Grexit, voire de Franxit) vient ici en fin de récit.

L’Euro en danger

L’Euro, principale réalisation de l’UE, a été un succès au sens qu’il fonctionne bien comme monnaie d’échange, de référence et de thésaurisation, même s’il n’a pas détrôné le dollar. 19 des 28 membres de l’UE l’ont adopté, sans compter les 4 pays européens à l’utiliser sans faire partie de la gouvernance de l’euro, et bien des pays dans le monde (zones franc, et autres devises liées).

Pourtant, les prix Nobel d’économie, de M. Friedman à J. Stiglitz stigmatisent l’euro, car non viable, accusant au passage la BCE et son cadre juridique. Le FMI et W. Schäuble (ministre allemand des finances fédérales) remettent en doute la capacité de la Grèce à rembourser, voire accusent la BCE. A nouveau, Maastricht est assiégée, comme à de multiples reprises dans son histoire, notamment avec succès par Vauban.

La monnaie unique a été un échec au sens où on a mis la charrue avant les bœufs. Il aurait fallu d’abord converger :

–          Financièrement : c’est la partie la plus avancée avec les directives (Solvabilité 2 et CRD IV, jugées  trop lourdes à l’heure de la remise en cause de Dodd-Frank par Trump), la BCE, les superviseurs (EBA, EIOPA, ESMA). Mais la BCE a été hémiplégique dans l’application du pacte de stabilité et de croissance, tel qu’adopté en 1997 à Amsterdam. Située dans la conservatrice Allemagne, la BCE a privilégié un euro fort avec la lutte contre l’inflation (autour de 1%), en faisant l’impasse sur le développement de l’Europe. Les mécanismes mis en place n’ont pas fonctionné (l’Italie n’a pas respecté le mécanisme de résolution bancaire et a refinancé BMPS, la Grèce a été renflouée par la Troïka mais aussi par le FMI, etc).

–          économiquement et socialement : c’est partiellement fait avec la liberté de circulation des capitaux, des biens et des personnes, aujourd’hui remise en cause. La crise migratoire a, de fait, lézardé l’espace Schengen.

–          budgétairement et fiscalement (convergence des impôts et des cotisations sociales): pratiquement pas fait. Au contraire, les pays du Club Med ont profité de l’abri de l’euro pour dépenser encore plus. Le déficit commercial de la France, qui a augmenté à 48Md€, prouve que l’on y consomme trop.

–          en gouvernance de l’ensemble. On constate un éclatement sans cohérence (Conseil Européen, Parlement, Conseil de l’UE, Eurogroup, Commission, BCE,…) ni leader, sauf l’Allemagne, ce que les pères fondateurs voulaient éviter.

Le constat est que le PIB de la zone euro a progressé de 15% de moins que les USA depuis l’avènement de l’euro. Le taux de chômage de la zone euro est double des USA. La « politique de FrancFort » comme on disait, a surtout correspondu aux besoins des Allemands (exportateurs de produits à hautes marges) et pas aux pays ayant besoin d’une monnaie plus dépréciée (produits dits de « commodité »). D. Trump en vient à résumer (caricaturer ?) la situation en considérant que l’Union Européenne est au service de l’Allemagne.

L’écartement de la France

Les taux bas ont endommagé la marge nette d’intermédiation des banques de détail. BNP Paribas a perdu près de 5% alors que ses résultats annoncés ont cru de 15% à 7,7Md€. Mais les taux remontent par incertitude politique. Le spread OAT-bund s’est accru à près de 70 points de base, et l’OAT a décuplé en 6 mois. Parmi les critères de convergence de Maastricht figure d’ailleurs que les taux d’intérêts d’un pays ne doivent pas s’écarter de plus de 2% des taux les plus bas.

La nervosité des marchés, thermomètre conjoncturel de nos soucis structurels, vient que les candidats à la présidentielle sont en effet presque tous hostiles à Maastricht:

–          seul E. Macron souhaite renforcer la gouvernance de l’euro. Pour rappel, il existe déjà un président de l’eurogroupe (Jeroen Dijsselbloem), mais ses pouvoirs sont jugés faibles, par rapport à la BCE par exemple.

–          B. Hamon, souhaite changer de traité. Il ne veut pas forcément rembourser la dette depuis 2008. Ce défaut de paiement vaudrait mécaniquement la mise en faillite de l’Etat, et la sortie de l’euro.

–          M. le Pen envisage directement la sortie de l’euro.

–          J.L.Mélenchon appelle à une « insurrection citoyenne » contre les traités européens.

–          F.Fillon, qui a voté (comme feu P.Seguin, son mentor) contre Maastricht, voudrait une France souveraine dans une Europe des Nations (vocable proche du Front National).

La situation politique pose aujourd’hui la question aux marchés : « un seul pour tous, et tous pourris?». Souvenons-nous que d’Artagnan est mort à Maastricht.

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