43.000€ de primes pour administrer l’université de Caen (700è mondiale)

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La directrice générale des services de l’université de Caen perçoit 43.000€ de primes annuelles, selon la CGT. On peut s’interroger sur ce moment en consultant les performances de l’université elle-même.

Texte du tract de la CGT de l’université de Caen: à qui profite la prime ?

La mise en œuvre du Régime Indemnitaire tenant compte des Fonctions, Sujétions, Expertises et Engagement Professionnel (RIFSEEP) pour le calcul des primes des personnels BIATSS s’est traduit à l’université de Caen par un renforcement des inégalités avec une dérèglementation généralisée du calcul des primes.

Pour rappel, le RIFSEEP se décline en 2 volets distincts :

– l’IFSE, Indemnité de Fonctions, de Sujétions et d’Expertise, est une part fixe déterminée en appréciant la place au sein de l’organigramme et les spécificités de la fiche de poste,

– le CIA, Complément Indemnitaire Annuel, est une part facultative et variable fixée au regard des critères d’évaluation établis pour l’entretien professionnel.

Le RIFSEEP introduit de fait une part importante d’évaluation subjective par le critère « d’Engagement professionnel » qui détermine pour l’essentiel le montant du Complément Indemnitaire Annuel (CIA) et conduit à des disparités de rémunération importantes entre services pour des catégories de personnels identiques effectuant les mêmes tâches.

Pourtant, étonnamment, un message de la DRH daté du 16 décembre 2016 se félicite de la mise en place du nouveau dispositif d’attribution des primes qui s’accompagne d’une réduction des inégalités [……] grâce à une réduction des écarts individuels, la prime moyenne versée à 1175 personnels BIATSS étant de 426€ avec les chiffres suivants :

– 63% des personnels de la catégorie C ont perçu plus de 400€

– 58% des personnels de la catégorie B ont perçu plus de 400€

– 52% des personnels de la catégorie A ont perçu plus de 400€

Dans le même temps, la direction de l’université se montrait très discrète au sujet des primes cumulables avec le RIFSEEP (arrêté du 27 août 2015 relatif à la liste des primes et indemnités cumulables par exception avec le RIFSEEP pris en application de l’article 5 du décret n°2014-513 du 20 mai 2014), reconductibles chaque année et octroyées par le président avec l’accord du Conseil d’Administration (CA du 13/05/2016) au titre de l’article 4.

Ces primes sont perçues par les 5 personnels administratifs les plus « primés » de l’université :

– la Directrice Générale des Services (43000€)

– l’Agent Comptable (36000€)

– le Directeur Général des Services Adjoint (33000€)

– le Directeur des Ressources Humaines (27000€)

– le Directeur de la Recherche et de l’Innovation (18000€)

D’un niveau scandaleux, celles-ci viennent bien sûr compléter les primes du RIFSEEP puisque ces 5 personnels font aussi partie des catégories A ayant perçu plus de 400€.

Faites vos comptes : 5 personnels de l’université de Caen perçoivent l’équivalent de 368 primes BIATSS (157 000€) sur proposition du président de l’université avec l’approbation du Conseil d’Administration.

Un rapide calcul montre que ces 157 000€ répartis sur l’ensemble des 1175 personnels BIATSS permettraient de relever la prime moyenne de 426 à 560€.

Où est l’égalité dans ce constat ? Qui peut légitimement penser que la personne en poste à la tête de la DGS vaut 100 BIATSS ? Quelles sont les motivations de la présidence de l’université pour mettre en œuvre un régime de primes aussi inégalitaire ?

Cette politique discriminatoire n’a pour objectif que de récompenser les personnels les plus zélés à mettre en œuvre la politique du pouvoir par leur manière de servir.

La CGT Ferc Sup rappelle une revendication ancienne mais toujours d’actualité, l’intégration des primes dans le salaire pour prendre en compte la qualification professionnelle et non un comportement soumis à une hiérarchie souvent prompte à appliquer la politique d’austérité.

La CGT Ferc Sup s’insurge contre des dispositions qui sont la conséquence directe des réformes successives imposées avec brutalité aux universités françaises, LOLF (2002) et LRU (2007) en particulier. En dotant les universités d’un budget global incluant la masse salariale de tous les personnels, la LRU a ouvert la porte à l’attribution arbitraire de primes par un président aux prérogatives étendues et renforcées.

Les présidents d’université sont désormais des chefs d’entreprise dont les étudiants sont les clients et les personnels universitaires la main d’œuvre corvéable.

L’université de Caen n’est pourtant pas classée au niveau mondial…

On s’amusera de lire l’allusion de la CGT aux chefs d’entreprise. Car, il existe bien une différence entre l’université de Caen et une entreprise: la performance! L’université de Caen est en effet absente du classement de Shangai et apparaît péniblement comme 700è mondiale dans le classement Top Universities. De l’entreprise, l’université de Caen n’a donc que le montant des primes… mais pas les résultats.

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