A la CFTC Bâtiment, on vit grassement du syndicalisme !

Le président de la CFTC Bâtiment et des travaux publics toucherait 17 000 euros brut mensuels, sa numéro deux à peine moins d’après le Canard Enchainé. Seulement, ces rémunérations proviennent largement d’argent public. 

L’affaire est révélée par le Canard Enchaîné le 11 avril : au sein de la fédération CFTC du Bâtiment, le président, Patrick Del Grande, ainsi que sa numéro deux, Carole Tykoczinsky, s’octroieraient des rémunérations mirobolantes, de l’ordre de la quinzaine de milliers d’euros mensuels. M. Del Grande, figure bien connue du paritarisme national du bâtiment et des caisses de Sécurité sociale lorraines, ferait ainsi son beurre sur le dos des salariés. 

Le service de Mammon

L’hebdomadaire grinçant rapporte que Patrick Del Grande et sa proche collaboratrice gagneraient chacun aux alentours de 17 000 euros bruts par mois ! 17 000 euros bruts par mois : nos lecteurs ont bien lu. A peu de choses près, nos deux champions du syndicalisme chrétien seraient ainsi aussi bien payés que le Président de la République. Bien des DG de fédérations patronales pourront s’appuyer sur ces révélations afin de revendiquer une hausse de leur salaire. En admettant que ces ordres de grandeur salariaux sont véridiques – hypothèse la plus probable – il faudra bien renconnaître qu’entre le service de Dieu et celui de Mammon, M. Del Grande et Mme Tykoczinsky semblent avoir choisi leur camp. Espérons au moins que les salariés encartés à la CFTC Bâtiment peuvent compter sur l’engagement sans faille de leur deux chefs. A ce tarif-là… 

Vive le paritarisme !

Une chose est sûre : on ne pourra pas reprocher aux deux grands patrons syndicalistes leur manque d’investissement au sein des institutions paritaires françaises. Siégeant dans de nombreuses instances professionnelles du BTP, ainsi que dans l’ensemble des caisses de Sécurité sociale lorraines – il préside même la CAF, après avoir un temps présidé la CPAM – M. Del Grande peut être qualifié de cumulard patenté du paritarisme. A côté de lui, Mme Tykoczinsky paraît plus raisonnable, se contenant de quelques sinécures professionnelles et à la Sécurité sociale. D’après le Canard, ces postes contribueraient pour une part non négligeable aux rémunérations des deux dirigeants cétécistes. Les salariés et leurs employeurs seront évidemment ravis de l’apprendre. 

Un lourd passif ?

Afin de charger un peu plus la barque de Patrick Del Grande, le palmipède fait état de sa mise en examen en 2012, pour une affaire de surévaluation des rémunérations de Mme Tykoczinsky. France Bleu Lorraine, pour sa part, a rappelé que de forts soupçons d’emplois fictifs et d’abus de bien social pèseraient sur les responsables de la CFTC Meurthe-et-Moselle – aux mains, bien évidemment, des deux spécialistes en bâtiment. Une enquête serait ouverte au parquet de Nancy depuis plus de dix ans à ce sujet. On notera au passage les difficultés que semblent éprouver les juges afin de réunir suffisamment d’éléments à charge contre M. Del Grande et sa collaboratrice : heureusement que le Canard Enchaîné travaille plus rapidement… 

Quelques questions…

Au-delà du problème constitué par les salaires à peine croyables que se versent les deux syndicalistes, les révélations du Canard soulèvent la question bien plus générale de la légitimité du paritarisme tel qu’il fonctionne actuellement. Quel Français moyen peut admettre qu’un syndicaliste salarié qui gagnerait 17 000 euros par mois et sur qui pèse de lourds soupçons de pratiques douteuses puisse cumuler autant de mandats de représentation et même, présider des institutions de Sécurité sociale ? Aucun, probablement. A juste titre. La CFTC ne s’honore d’ailleurs pas à s’accommoder du maintien dans ses rangs, à des postes importants, de tels individus. Au total, aidé par ce type de comportements, le Président de la République dispose dès lors d’un boulevard afin de remettre en cause les arrangements sociaux français de l’après-guerre. 

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