A Nanterre, comment avancer après le chaos ?

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A la suite des attentats terroristes du vendredi 13 novembre 2015, nous publions le témoignage d’Antonin Pinaud, étudiant en droit à l’Université de Nanterre, sur l’atmosphère qui règne sur la campus en ce début de semaine.

Ce lundi 16 novembre, la France se réveillait sonnée. Le traumatisme des attentats, encore trop récent pour avoir été digéré, n’avait pas encore permis à la légèreté du quotidien francilien de reprendre ses droits. Les Français ont été confrontés à des scènes de guerre survenues dans le romanesque décor de la Ville Lumière, relayés en boucle par les médias, dont les victimes ne sont autres que leurs égaux. Personne ne pouvait occulter les traces laissées sur lui par une nuit qui restera incontestablement dans la mémoire collective française, si grande était l’atteinte à ses valeurs humanistes. Aussi parce que cette nuit est susceptible de marquer l’Histoire, si tant est que nous sommes capables de la transformer en une impulsion inédite dans la lutte contre le totalitarisme islamiste.

Informée et consciente des enjeux, la jeunesse francilienne semblait avoir à cœur de ne pas faire transparaître ses peurs en ce lundi matin, bien que de nombreuses interrogations venaient à elle. Qu’allait-il advenir de cette vie insouciante d’étudiante ? Insouciante car n’ayant pas encore été entachée par ces événements dramatiques.


L’université Paris-Ouest Nanterre-La Défense, fermée au lendemain des attentats par mesure de sécurité, allait de nouveau ouvrir ses portes et redevenir le carrefour intellectuel et humain qu’elle a toujours été. Le microcosme nantérien n’a pas été touché de manière notoire par les attentats comme ce fut le cas de l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, ayant tragiquement perdu au Bataclan deux maîtres de conférences parmi lesquels le président de son IUT. Peut-être est-ce cela qui explique l’atmosphère qui en ce lundi matin, curieusement, ne semblait pas totalement différente des jours précédents. On pouvait surprendre des sourires, entendre des rires. A travers les couloirs des bâtiments, entendre des débats, souvent enflammés, portant sur les attentats. Parfois, on découvrait des informations nouvelles sur les investigations en cours. Les mesures de sécurité peu contraignantes et donc peu visibles prises au niveau de l’université n’ont quant à elles pas renforcé le sentiment de vulnérabilité face à un ennemi invisible.


Dans la matinée, le Président de l’Université a enjoint les étudiants à observer une minute de silence devant la Maison des Etudiants, dans le cadre de l’hommage national rendu aux victimes des attentats. A midi, les étudiants, rassemblés au centre du campus, se sont figés en silence. Moment solennel dans lequel chacun est seul avec soi-même, ses sens amplifiés par le calme régnant.

La minute de silence a été directement suivie d’une Marseillaise. Spontanée et unanime, l’invocation de la Marseillaise n’est pas anodine au regard de la tradition et de la culture politique des étudiants nantériens, plus enclins à chanter l’Internationale. Jeunes étudiants de toutes origines, de tous milieux, de toutes croyances, tous ont avec beaucoup d’émotion et d’intensité communié à travers ce chant coloré dans le même esprit : exprimer son humanité.

Les voix des étudiants n’ont pas été seules à résonner sur le campus. Une professeure de droit international avait pris l’initiative de diffuser en début de cours à son auditoire un morceau du groupe Eagles of Death Metal, associé de fait au massacre du Bataclan. Le style provoquant des hard rockeurs ou un chant patriotique : le choix des jeunes semblait déjà écrit. Mais paradoxe générationnel ou besoin d’un recours à l’histoire de la nation française pour panser des plaies bel et bien profondes? En tout état de cause, les étudiants se sont rassurés à travers le canon de la Marseillaise issue d’un répertoire qui, pourtant, n’est a priori pas le leur, plutôt que dans une forme d’expression plus libre. Des applaudissements et un discours bienveillant du président de l’université, Jean-François Balaudé, ont clos ce moment.

L’exutoire par le chant et la musique. Ritualiser en communauté. Si la matinée, le traumatisme semblait plus être refoulé dans nos inconscients, le rituel a eu pour effet de ne pas laisser enfouies les peurs et les interrogations suscitées par les événements de par la confiance, peut-être en soi, mais surtout en la communauté, qu’il a apporté. Dès lors, le travail pour que la peur ne devienne pas angoisse, qui est une peur non fondée, a pu débuter. Sur cette fondation humaine, il devient possible de raisonner et, sans perdre la mémoire des victimes, avancer après le chaos.

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