À Paris, Macron fait des calculs d’apothicaire

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Bouh! les vilains calculs à l’ancienne! On s’attendait à voir Emmanuel Macron investir 577 candidats aux législatives… il en manque encore près de 150! sachant que, officiellement, En Marche n’investira que 576 noms. Le manquant permettra à Manuel Valls de ne pas être mis en difficulté. La liste des “trous” permet de savoir sur quels ralliements Macron compte encore pour boucler les investitures.

Vers un Premier Ministre de droite

Premier point: plusieurs dizaines de députés socialistes sortants font encore la queue pour être investis. Le nouveau Président attend que leurs homologues de droite se décident pour faire une opération unique qui lui évitera l’accusation d’être le recycleur de la gauche. Or, les juppéistes et autres amateurs de l’énarchie orléaniste ont indiqué qu’ils ne se rallieraient qu’après une nomination d’un Premier Ministre de droite.

Selon toute vraisemblance, Édouard Philippe sera donc nommé Premier Ministre mardi prochain, ouvrant la voie à des ralliements express. Le calcul est dangereux mais habile. Reste à voir si les Français apprécieront la méthode, qui fait quand même très IVè République.

Quelques trous significatifs.. quelques calculs d’apothicaires

Pour comprendre les calculs tordus qui se déroulent en coulisses, on retiendra donc quelques exemples significatifs.

À Paris, plusieurs circonscriptions sont gardées au chaud:

  • la 1ère circonscription, actuellement détenue par Pierre Lellouche (LR), qui n’est pas candidat à sa propre succession. Celle-ci pourrait donner lieu à l’investiture de Jean-Baptiste de Froment… conseiller d’État.
  • la 4ème circonscription, actuellement détenue par Bernard Debré (LR), qui n’est pas candidat à sa propre succession. C’est Brigitte Kuster, maire du 17è arrondissement, qui est investie sur cette circonscription.
  • la 6è circonscription, actuellement détenue par Cécile Duflot. Il s’agit d’une circonscription majoritairement à gauche qui peut être assez facilement gagnée par un candidat macronien, à moins que Cécile Duflot ne se rallie à En Marche…
  • la 7è circonscription, actuellement détenue par Patrick Bloche, réinvesti par le PS, mais qui pourrait s’accommoder d’une étiquette En Marche.
  • la 9è circonscription, actuellement détenue par Anne-Christine Lang, mais dévolue à son tête de liste historique, Jean-Marie Le Guen. L’intéressé, investi par le PS, a annoncé son ralliement à Macron.
  • la 10è circonscription, détenue par Denis Baupin (EELV), sur laquelle le Parti Socialiste n’a pas investi de candidat.
  • la 11è circonscription, détenue par le socialiste frondeur Pascal Cherki, réinvesti par son parti.
  • la 12è circonscription, détenue par le Républicain Philippe Goujon, réinvesti par son parti et fermé à toute collaboration avec En Marche.
  • la 15è circonscription, détenue par George Pau-Langevin, réinvestie par le Parti Socialiste.
  • la 17è circonscription, détenue par Daniel Vaillant, tenté par En Marche, et où le Parti Socialiste a finalement investi Colombe Brossel.
  • la 18è circonscription, détenue par Christophe Caresche, où le Parti Socialiste a investi Myriam El-Khomri.

Dans cet ensemble, il est donc clair qu’Emmanuel Macron et son boys band attendent jusqu’à la dernière minute pour investir des ténors.

Les contrariantes fâcheries avec le Modem

Enfin, on notera que, ce soir, Bayrou a rendu public son désaccord avec la première liste d’investitures arrêtée par Jean-Paul Delevoye (qui apparaît désormais comme le maillon faible de l’équipe). Bayrou revendiquait initialement 90 circonscriptions pour son parti. Dans la procédure retenue, on n’y voit plus très clair…

Ce que Macron abîme dans cette opération

Sur le fond, l’opération “investitures” ne devrait pas produire le meilleur effet sur les électeurs, déjà assez froids (contrairement à ce que les médias clament) avec leur nouveau président. Avec une procédure à rallonge, qui donne le sentiment de diluer les bonnes intentions du début dans des calculs politicards, avec de nombreux couacs, avec des contestations publiques comme celle de Bayrou, le Président Jupiter donne le sentiment d’avoir mal délégué le montage de ses listes. Ce défaut de pilotage, joint à une évidente intention malicieuse d’optimiser son poids au Parlement, risque de lui coûter un paquet de voix les 11 et 18 juin.

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