À quoi ressemblait la MNEF quand Bruno Le Roux en était vice-président?

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Bruno Le Roux fut vice-président de la MNEF à la fin des années 90. Voici un petit souvenir laissé par Libération à cette époque, qui mérite d’être relu…

Cette filiale de la Mnef choyée par le PS parisien. Loin des activités d’une mutuelle, l’imprimerie Efic travaillait, notamment, pour les députés Le Guen et Cambadelis.

Le Parti socialiste a menti. Au mieux par méconnaissance. Au pire

pour endiguer un scandale. Car, contrairement à ce qu’expliquent les deux ministres Pierre Moscovici et Dominique Strauss-Kahn, l’affaire de la Mutuelle nationale des étudiants de France (Mnef) a bien à voir avec le PS. Le premier secrétaire, François Hollande ­ qui a notamment affirmé que son parti n’avait entretenu aucune «relation particulière» avec la Mnef ­ n’est guère mieux loti. Les perquisitions pratiquées par les enquêteurs de la brigade financière la semaine dernière, à la demande des deux juges d’instruction Armand Riberolles et Françoise Neher, devraient rapidement montrer que le PS a, au minimum, un problème avec sa fédération parisienne et, plus précisément, avec le patron de celle-ci depuis presque dix ans: Jean-Marie Le Guen. Déficit. Après quelques tâtonnements, les policiers ont en effet embarqué la comptabilité d’une société baptisée Efic. Cette filiale de la mutuelle étudiante, spécialisée dans l’imprimerie, a été mise en sommeil en 1993, alors que le déficit atteignait près de 20 millions de francs (entre les pertes cumulées et les abandons de compte courant). Ils y ont trouvé des comptes anarchiques, des factures établies et immédiatement suivies d’avoirs annulant ces mêmes factures, des traces de campagnes électorales effectuées par le passé. Efic était en effet l’un des prestataires choyés par la fédération socialiste de Paris. Pour comprendre le danger potentiel de ces archives poussiéreuses, il faut remonter à 1993. A l’époque, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) met en évidence «l’écheveau que représentent les participations de la Mnef», s’inquiète «des pertes que représentent Efic et Média Scoop, deux entreprises dont les activités n’ont qu’un rapport lointain avec celles de la Mnef». La mutuelle promet de vendre sa filiale. Ce qu’elle ne pourra faire: elle est invendable, pour la bonne raison qu’elle est en état de cessation des paiements. Olivier Spithakis, directeur général de la Mnef, organise alors un montage financier assez malin: il crée une nouvelle filiale, baptisée la Spim, qui va reprendre le fonds de commerce d’Efic et éponger les dettes en toute discrétion. En contrepartie, la Spim se voit attribuer la grosse majorité des marchés de la Mnef, en dégageant une marge qui lui permet de s’y retrouver. En résumé, les cotisations des étudiants ont permis de rembourser ces dettes.

Mais 20 millions de dettes contractées par qui? Selon nos propres investigations, recoupées auprès d’anciens mais bons connaisseurs des activités d’Efic et de certains socialistes, Efic était l’imprimeur favori de Jean-Marie Le Guen et de Jean-Christophe Cambadelis, également député de Paris. Ce sont notamment la campagne des élections régionales de 1992 et certaines campagnes législatives de 1993, ainsi que des bulletins, lettres et dépliants individuels, qui vont contribuer à creuser le trou d’Efic. A l’époque, la fédération de Paris a pour trésorier Roger Madec, actuel maire du XIXe arrondissement. Ce dernier reconnaît qu’«Efic était le fournisseur de la fédération, et fabriquait notamment les tracts de fin de semaine du parti». Mais il affirme que jamais le PS n’a bénéficié d’annulation frauduleuse de factures. Belle-soeur. Il omet seulement de préciser que les relations particulières de la fédération parisienne avec Efic sont à l’époque gérées par la belle-soeur de Jean-Marie Le Guen. Le comité régional du PS, structure de coordination des départements d’Ile-de-France installée dans les locaux de la fédé, rue de Ballu, recourt également aux services d’Efic (et de Policité, autre satellite de la Mnef). Son trésorier est alors Manuel Valls, actuel porte-parole de Lionel Jospin.Vérification faite auprès de Valls, les chèques destinés à Efic sont personnellement signés par Jean-Marie Le Guen.

Fin 1991, le PS part à la bataille des régionales. Plusieurs candidats sont sollicités pour prendre la tête de liste parisienne. Sans engouement. Pierre Joxe, actuel président de la Cour des comptes, accepte finalement de conduire le PS parisien. Or, selon nos informations, une lettre fabriquée à plusieurs milliers d’exemplaires aurait été imprimée pour son compte par la fédération de Paris. Puis facturée, avant que la dette ne soit annulée. Contacté hier matin, juste avant un départ en Corée, Pierre Joxe nous a certifié qu’aucune facture de son compte personnel de campagne n’était restée impayée. «S’il y a eu un impayé, c’est à mon insu et je ne l’accepterais pas», nous a-t-il indiqué. Interrogée, la commission des comptes de campagne nous a répondu qu’effectivement, en 1992, la preuve de l’acquittement des factures était demandée aux candidats ou aux listes. Mais pas forcément aux partis politiques. Une pratique qui a changé depuis 1995. Selon nos témoignages recoupés, Le Guen aurait, lui, utilisé ce système pour éditer des courriers destinés à ses électeurs du XIIIe arrondissement. Là aussi, les factures auraient été éditées, puis seraient restées impayées. Nous avons sollicité Jean-Marie Le Guen par téléphone puis par fax (à deux reprises) sur ce point, ainsi que sur d’autres aspects concernant ses relations avec la Mnef. Mais le député du XIIIe arrondissement ne nous a pas répondu. Passif absorbé. Les policiers de la brigade financière feront probablement d’autres découvertes concernant Efic: ils verront comment cette structure créée en 1982 a servi également à absorber le passif de l’imprimerie des trotskistes de l’OCI, Abex Press. Une vraie curiosité: Jean-Christophe Cambadelis se fait exclure de cette organisation en 1985 et rachète ensuite l’imprimerie déficitaire de ses anciens amis et nouveaux ennemis trotskistes. Pourquoi une telle mansuétude? Les policiers devraient également sortir de leur chapeau d’autres noms de socialistes compromis dans ces astuces comptables.

Armelle THORAVAL

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