Accident mortel du TGV à Eckwersheim : trois ans après, les familles de victimes ont toujours des doutes sur l’expertise réalisée

Le novembre 2015, un TGV qui effectuait des tests de vitesse avec à son bord plus d’une cinquantaine de personnes, déraillait au niveau du pont d’Eckersheim (Bas-Rhin). 11 personnes sont tuées et 42 autres sont blessées. La SNCF et l’une de ses filiales sont reconnues coupables « homicides et blessures involontaires par maladresse, imprudence, négligence ou manquement à une obligation de sécurité. » Mais pour la famille de Fanny Mary, plusieurs éléments posent questions.

Trois ans après l’accident du TGV Est à hauteur du pont d’Eckersheim, plusieurs familles rendaient un homme appuyé aux victimes. Mais la douleur était encore vive pour les familles qui peinent à comprendre toutes les raisons évoquées pour expliquer l’accident.

Si peu d’informations sont communiquées sur le dossier d’instruction, Décider & Entreprendre a pu prendre contact avec Christine Dujardin, la mère de Fanny Mary, décédée à seulement 25 ans et qui se trouvait dans la rame 744 qui bascula dans Marne. 

Reconnaître le caractère volontaire de la mise en danger

Lorsque nous demandons à Mme Dujardin ce qui motive la publication de ce communiqué, elle nous explique que c’est avant tout la volonté de se protéger des innombrables demandes d’interview auxquelles elle, sa famille mais aussi les autres familles de victimes sont soumises. 

Cependant, Christine Dujardin est revenue sur le drame. Elle explique « avoir accès au dossier d’instruction » et détaille qu’avec toutes les erreurs humaines connues, elle estime que les invités ont été mis en danger volontairement. « Si le juge instruit pour une mise en danger et des homicides involontaires, il y a une volonté délibérée en précipitant les expérimentations avec des invités qui ignoraient les dangers.« 

Ma fille Fanny, lorsqu’elle monte dans le train, elle ignore que quelqu’un a désactivé le système d’alarme automatique car ils font des essais et qu’ils veulent atteindre une vitesse inégalée. Il y a du champagne à bord. Elle croit que c’est une inauguration avec quelques paramètres que l’on rectifie. […] Moi, quand elle me téléphone depuis le train, je…si je pouvais revenir en arrière, si elle avait su, tout ça, et bien évidemment elle serait descendu au premier arrêt, ou bien, elle ne serait pas montée.

Christine Dujardin, mère de Fanny Mary, décédée dans l’accident du 14 novembre 2015

Quelques jours auparavant, les techniciens de la SNCF procèdent déjà à ces mêmes tests de vitesse dans la portion où se produit le drame. Lors de ces essais filmés le 11 novembre, les techniciens se font une frayeur après un premier freinage tardif. 

« Ils se sont servis d’eux comme de cobayes »

Trois ans après l’accident, la peine n’est pas apaisée. Et elle fait aussi la part-belle aux doutes. Christine Dujardin revient sur les éléments techniques et nous explique qu’avec toutes les données en présence avant le 14 novembre 2015, « on savait à coup sûr qu’avec une telle vitesse, le train allait dérailler, limite qu’il y aura des morts. »

Pour cette mère de famille, plusieurs questions demeurent : pourquoi les invités n’ont-ils jamais été prévenus des dangers qu’ils encouraient en montant dans la rame 744 ? Plus encore, d’après Christine Dujardin, la rame 744, où se trouvaient les invités, n’a toujours pas été expertisée. 

Et la boîte noire. Elle est retrouvée descellée. On n’a toujours pas instruit cette affaire-là. On a un souci sur la fiabilité des informations. Où est le scellé ? La boîte noire a très bien pu être trafiquée. On a l’impression que tout le monde s’en fout.

Christine Dujardin, mère de fanny Mary, décédée dans l’accident du 14 novembre 2015

Christine Dujardin revient aussi sur la façon dont ont été accueillis les invités. Elle explique qu’il ne leur a jamais été demandé d’enfiler de quelconques chaussures de sécurité ou même un gilet réfléchissant comme il est de coutume lors de travaux ou de tests. « Peut-être que Fanny aurait moins pris la chose à la légère, qu’elle se serait rendue compte que ce n’étaient pas seulement de simples tests, des changements de paramètres » explique Christine Dujardin.

 

Elle que la rame 744 où se trouvait sa fille Fanny et plusieurs invités était une  » rame duplex, à étages. Et comme le rez-de-chaussée était rempli de câblages, ils ont mis tous les invités à l’étage. Mais du coup, le centre de gravité a changé. Et cela accentue le risque de renversement.« 

Ils s’en sont servis comme des cobayes.

Christine Dujardin, mère de fanny Mary, décédée dans l’accident du 14 novembre 2015

Le 14 novembre 2015, le TGV d’essai basculait dans la Marne près du pont d’Eckwersheim. L’accident coûtait la vie à 11 personnes et en blessait 42 autres.

La rame circulait à 265km/h à l’entrée de la courbe qui devance le pont. Un endroit où la vitesse est normalement limitée à 176 km/h. A 200m du point de déraillement, la rame était encore à 243km/h.

La SNCF et la Systra, une filiale du groupe, ont été condamnées pour « homicides et blessures involontaires par maladresse, imprudence, négligence ou manquement à une obligation de sécurité.« 

Parallèlement, Emmanuel macron était présent pour l’inauguration de la première ligne de TGV de l’Afrique. elle relie Tanger à Kenitra, au Maroc, en seulement 2h10 au lieu de 5h actuellement. un chantier qui a débuté en 2011 sous Nicolas Sarkozy et où les tests de vitesse ont été réalisés avec « des poids en fonte de 80kg, l’équivalant d’un passager avec un sac » détaille Christine Dujardin. 

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