AG2R: début de série noire pour l’oligarque Renaudin?

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André Renaudin est une figure légendaire et respectée de l’assurance de personnes. Son parcours illustre de façon pour ainsi dire paradigmatique le modèle financier et assurantiel français: grandes écoles, corps de contrôle de l’Etat, allers-retours entre cabinets ministériels et entreprises plus ou moins privées. En prenant la présidence, puis la direction générale de l’entité AG2R-La Mondiale qu’il a largement contribué à créer, André Renaudin a en quelque sorte conclu sa carrière par un coup de maître, une sorte de chef-d’oeuvre qui incarne bien le rêve porté par la technostructure française d’une réduction de la concurrence “émiettée”, comme disait Laurent Rabaté, autre oligarque (de l’UIMM cette fois), à quelques acteurs contrôlés par la nomenklatura et estampillés par celle-ci politiquement corrects.

Ce beau parcours se conclura-t-il par une série noire qui montre comment le capitalisme de connivence en vigueur en France est de plus en plus fragilisé par les lézardes que lui infligent le temps et les tares d’un excès de consanguinité ?

Un départ en perspective?

André Renaudin passe doucement le cap des 60 ans et la rumeur veut qu’il ait envisagé depuis longtemps son retrait des affaires à cette occasion. Après dix ans passés à la tête du groupe, ce virage serait assez naturel et ne surprendrait personne. Il interviendrait de façon curieuse la même année que celui de Guillaume Sarkozy, le grand rival de Renaudin.

Initialement, on pouvait penser que le départ de Renaudin avait vocation à se passer dans de meilleures conditions que le départ de Sarkozy, même si cette expression est ambiguë. Les tourments connus ces derniers mois par Guillaume Sarkozy se seraient monnayés chèrement, alors que la mer d’huile qui entoure officiellement Renaudin ne lui permet pas de partir avec un pactole. Seule une exfiltration par La Mondiale permettrait d’agrémenter par une transaction bien sentie les futures fins de mois difficiles de l’oligarque.

Les événements de ces dernières semaines, et même de ces derniers jours, laissent à penser que le départ d’André Renaudin pourrait se révéler plus “sportif” qu’on ne l’imaginait. BI&T a décidé d’y consacrer quelques articles à venir.

Des versements illicites à l’UNSA?

L’affaire la plus fâcheuse tient évidemment à la révélation par L’Express d’une affaire qui touche à la probité de dirigeants de l’UNSA. Deux délégués appartenant à la branche prévention et sécurité sont aujourd’hui inquiétés pour quelques menues fredaines, dont la perception de sommes importantes de la part… d’AG2R. AG2R vient d’être recommandé par la branche comme assureur en complémentaire santé. C’est ballot!

Bien entendu, rien n’en est au stade de la preuve dans cette affaire, mais une enquête approfondie risque d’écorner encore un peu plus l’image d’un groupe connu pour sa proximité avec les organisations syndicales.

Comme l’avait indiqué BI&T sur l’affaire des boulangers, la générosité traditionnelle d’AG2R avec les organisations syndicales constitue un mélange des genres donnant lieu à des indulgences variables. Les courtiers qui se sont essayé à assurer des entreprises dans des branches couvertes par des désignations avec clause de migration favorable à AG2R ont fait, de la part d’André Renaudin, l’objet d’un véritable acharnement judiciaire qui rappelle que l’oligarchie française adore le paritarisme mais déteste la petite entreprise.

Le roi Renaudin sacrifie-t-il ses esclaves?

Cette affaire fâcheuse tombe à un moment compliqué pour le groupe. L’interdiction des clauses de désignation introduit une logique de concurrence redoutable pour AG2R peu habitué à penser en termes de relations clients. L’habitude de négocier des accords de branche avec quelques syndicalistes dans des conditions que la justice éclairera peut-être n’a pas favorisé, au sein des salariés, la conscience qu’il fallait “compétiter” sur les marchés à armes égales avec les autres. Bref, AG2R est une sorte d’objet non concurrentiel issu d’un cerveau oligarchique dont les certitudes acquises sont aujourd’hui malmenées.

Dans ce contexte morose, marqué par la fusion avec Réunica sur laquelle nous reviendrons dans les jours prochains, l’ambiance entre les dirigeants du groupe semble s’être tendue. Certains imaginaient que le temps passé chaque jour par leur directeur général à envoyer des bons voeux d’anniversaire (y compris jusqu’à la plus obscure des secrétaires) relevait d’une bonté naturelle quasi-maladive. Ils découvrent aujourd’hui qu’elle n’est pas incompatible avec une férocité anxiogène.

Des purges menacent en interne. L’une des premières victimes de cette fièvre obsidionale caractéristique des tyrans sur le déclin n’est autre que le très fidèle Nicolas Garrier, qui a quitté brutalement le groupe le mois dernier sans passage par la case La Mondiale, c’est-à-dire sans obtenir de chèque confortable en remerciement de ses loyaux services. L’intéressé a pourtant beaucoup servi: il n’est pas une confidence ni une basse oeuvre qu’il n’ait ou reçue ou exécutée.

Pour l’ensemble du groupe, ce départ est un signal inquiétant. Ceux qui, du temps des désignations, s’étaient cru invincibles, apprennent peu à peu à déchanter.

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2 commentaires sur AG2R: début de série noire pour l’oligarque Renaudin?

  1. et ce n’est rien encore comparé à ce qu’est devenue réunica suite au rachat de celle ci. réunica etait productive tout en étant très proche de ses clients et donc moins utilisatrice de fond de fonctionnement de l’agirc/arrco au contraire d’ag2r. les process d’ag2r sont dignes d’une ère soviétique. les salariés qui disposaient il y a 2 ans d’un logiciels hyper performant et bien pensés, ont du revenir 20 ans en arrière. ceci au détriment du sentiment de service client (dont on ne sait plus ce que c’est), du cotisant (entreprise ou salarié) car une partie des cotisations est reversée en frais de fonctionnement. un malaise très profond est plus que palpable au sein de réunica. Une preuve ? la branche retraite d’AG2R etait très déficitaire au contraire de Réunica. Cette dernière etait moins forte commercialement, d’où ce marriage de raison. Mais tout le monde y perd : cotisant, agirc/arrco et salarié. Seuls les dirigeants sont dans leur tours d’ivoire. Une autre preuve ? meme les dirigeants locaux disent qu’il n’y a pas de boussole, que la direction navigue a vue sans savoir ce qui se passe. Dingue. Ca sent le France Télécom d’il y a 5 ans. Comment motiver les équipes ? Les prendre pour des imbéciles, leur donner une prime de 5% de leur petits salaires pendant que les têtes prennent 10% de leur gros ou pendant que la gueguerre des chefs se passent (ben oui suite à la fusion y a des têtes en trop). Cherchez l’erreur ou comment démotiver les troupes : écrasez les et achevez les en les prenant pour des imbéciles.
    Bref, cette fusion s’est très mal passée. renseignez vous…

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