Les assureurs au bord de la crise de nerfs après l’assouplissement monétaire de la BCE

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Ils sont discrets, les assureurs, et adeptes du dicton: “pour vivre heureux, vivons cachés”. Mais ils n’en pensent pas moins: l’assouplissement monétaire de la BCE les met dans une position délicate dont ils savent que, peu à peu, elle les contraindra à des correctifs douloureux. De loin en loin, dans l’actualité, on en décèle quelques stigmates.

Les assureurs crucifiés par la baisse des taux

Le principal ennemi des assureurs, c’est la baisse des taux. Précisément ce que pratique depuis de longs mois le gouverneur de la BCE, Mario Draghi. Pour une compagnie d’assurance qui collecte des fonds dans l’assurance vie, le taux nul, voire négatif, est un cercle vicieux. Il oblige en effet, pour rémunérer les épargnants, à des contorsions extravagantes.

D’un côté, celui qui a placé de l’argent veut que son pécule augmente, mais d’un autre côté il ne veut surtout pas prendre de risque. Cette quadrature du cercle est un vrai calvaire pour l’assureur qui doit concilier ces contradictions lorsque la banque centrale ne rémunère plus les dépôts. Elle l’oblige à jouer dangereusement avec ses réserves et ses provisions techniques.

La cerise Solvabilité 2 pour couronner l’ensemble

Dans le même temps, l’Union Européenne a eu la bonne idée (suggérée en son temps par quelques grands assureurs très mal inspirés) de préparer une nouvelle directive sur la solvabilité des assureurs. Solvency II, comme disent les spécialistes, a beaucoup renforcé les exigences en fonds propres pour les activités dites à duration longue, comme l’assurance vie ou l’assurance retraite.

Incidemment, les assureurs qui auraient déjà peiné à rémunérer les portefeuilles de leurs clients se trouvent contraintes d’immobiliser des sommes parfois très importantes pour continuer leur métier. Dans un contexte de taux bas, la directive communautaire est devenue un véritable poison.

Quel sera le maillon faible de l’équipe européenne?

Dans cet univers impitoyable, le quatuor des grands assureurs européens (Axa, Allianz, Generali, Aviva) se sent à l’étroit et tout prête à croire que 2017 sera fatal à l’un d’eux. Depuis plusieurs années, la rumeur veut que ce soit Generali qui y passe. Déjà, sous Sarkozy, la rumeur avait couru selon laquelle Carla Bruni avait participé à des discussions de haute volée sur un échange de politesses entre Generali et Axa.

Cette année, les marchés parient plutôt sur une absorption de Generali par Allianz…

L’hypothèse d’une OPA sur Generali

Depuis de nombreuses années, donc, la faible capitalisation boursière de Generali (moins de 25 milliards€ aujourd’hui) suscite les appétits. En 2009 déjà, Claude Tendil, patron de Generali France, était supposé mener une politique de croissance et d’acquisitions externes pour rattraper Axa (56 milliards de capitalisation boursière aujourd’hui) et Allianz (70 milliards de capitalisation).

L’affaire a fait long feu, et la rumeur court selon laquelle Generali intéresserait Allianz. Les complotistes imagineront ici que cette opération serait le prix à payer pour la politique monétaire accommodante de la BCE, qui étouffe les épargnants allemands et est imposée au forceps à la Bundesbank. Dans la pratique, ce genre de “Yalta” n’est pas à exclure.

Un habillage national pour une OPA allemande?

Comme il est compliqué, en Italie (comme cela le serait en France), d’admettre une OPA de ce type par une entreprise allemande, l’opération devrait donc être habillée sous des apparences “nationales”. C’est la banque Intesa qui devrait être la tête d’affiche de l’opération. La banque italienne intégrerait Generali dans une grande “bancassurance” dont Allianz serait coactionnaire.

Les modalités de cette opération ne sont pas encore connues, mais elle permettrait à Allianz de flirter avec les 100 milliards de capitalisation boursière quand Axa en atteint à peine la moitié.

Le grand chambardement en France

Du coup, Generali France, principale succursale étrangère de Generali, serait fortement impactée. Rappelons que Generali Monde est présidée par Philippe Donnet, ancien d’Axa. Il est très vraisemblable que l’assureur italien prépare une riposte en débarquant l’actuel directeur général de Generali France, Eric Lombard, ancien de la BNP, au profit d’un profil plus “resserré”.

Ce dossier devrait défrayer la chronique financière dans les semaines à venir.

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