Baisse d’impôts ou sale temps pour la démocratie?

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Article écrit pour le Figaro.fr

Jeudi, Michel Sapin devrait annoncer une baisse d’impôts pour les classes moyennes et autres électeurs potentiels que François Hollande aimerait reconquérir. L’information est tout sauf une surprise, puisque François Hollande avait expliqué depuis plusieurs mois qu’après l’effort viendrait le temps du partage. C’était signé: après avoir fortement augmenté les impôts, des baisses entoureraient les élections et les nouvelles promesses qu’elles suscitent.

Le populisme imbécile de Michel Sapin

Il fut un temps où faire de la politique pouvait rimer avec dignité. L’élu qui aurait alors osé expliquer clairement que le “tempo” de son mandat serait organisé autour de cette grotesque promesse électorale appelée “baisse d’impôts” aurait perdu toute crédibilité. Il faut que la France ait fait un grand bond en arrière pour n’avoir plus honte de porter aux magistratures suprêmes des édiles qui ne cachent plus leur populisme: pendant le mandat, on fait ce qu’on veut, à l’approche des élections, on baisse les impôts pour plaire au peuple. Et on repart pour un tour.

Nous avions l’habitude de voir les élus locaux pratiquer de la sorte, en particulier les maires qui organisent la dépense publique autour de leur réélection. Mais un président de la République! c’est le côté corrézien de François Hollande… on préside l’une des premières puissances du monde, mais on la pense comme une commune rurale.

Reste que tous ces populistes qui croient qu’on achète son élection à coups de chèques cadeaux envoyés par le fisc ne manquent pas d’utiliser ce mot de “populiste” pour discréditer tous ceux qui ont le malheur de parler des vrais problèmes de notre temps.

Michel Sapin quittera, quoiqu’il arrive, un jour, la vie politique nimbé de cette désastreuse image d’un populisme imbécile qui lui colle si bien à la peau.

Hollande fâché avec les valeurs de la gauche

On se souviendra aussi qu’à une époque pas si lointaine, on reconnaissait un militant de gauche à sa fierté de payer des impôts. Et vas-y que je place dans toutes les conversations: l’impôt est vertueux! l’impôt finance le service public! et vas-y encore que je dénonce l’anarchisme de droite allergique à toute forme de contribution à l’effort collectif par l’impôt.

Jean-Marc Ayrault, en son temps, avait déjà monté une opération complexe pour diminuer au maximum le nombre d’assujettis à l’impôt sur le revenu. Comme si l’imposition directe était une tare, ou le signe d’appartenance à une caste de maudits. Michel Sapin prend sa suite: payer l’impôt doit être réservé à une minorité.

Et telle est, probablement, la meilleure manifestation du populisme hollandiste. En rupture avec toutes les valeurs de la gauche, l’équipe au pouvoir poursuit sa lancinante suggestion selon laquelle l’impôt est mauvais et doit être contourné, ou évité.

Un effondrement global de la classe politique?

Quelques jours auparavant, Hollande aura demandé au Parquet de lancer sa boule puante sur l’affaire Bygmalion. Et brutalement se dessine une campagne présidentielle sordide, faite de discours “lourds” dans tous les sens du terme. Peu à peu, la vie politique française se déplace dans les basses couches de la conscience.

Des plans pour le pays? une vision d’avenir? des ambitions? par exemple, quelle méthode pour remettre la performance éducative au coeur de l’Education Nationale? quelle méthode pour améliorer le classement de nos universités? comment redonner le goût d’exporter à nos entreprises? comment réformer l’Etat pour activer la dépense publique? comment réformer la protection sociale?

Bien sûr, sur tous ces sujets, il y a, de gauche comme de droite, des postures et des slogans, des paragraphes insipides dans des programmes que personne ne lit. Mais ils ne pèsent guère par rapport aux bonnes grosses ficelles de la politique à l’ancienne. Et ce sont celles-là qu’on actionne: les attaques sous la ceinture sur les affaires judiciaires, les promesses intenables de raser gratis, les emporte-pièces d’autant plus simplistes que le vide idéologique (au sens noble) qu’ils dissimulent est grand.

Et tous ces gens, répétons-le, distribuent à tire-larigot du “populiste” et du “démagogique” au monde qui les entoure.

La République est-elle roulée dans la fange?

Ironie du sort: au moment où ce désolant spectacle est offert aux citoyens français, des affaires glauques défrayent l’actualité. Ici, c’est un député européen interpellé dans un grand magasin populaire en pleine masturbation face à des enfants. Ailleurs, c’est un élu local découvert mort chez lui probablement à l’occasion d’une session sado-masochiste.

Je relis ici les thuriféraires d’un système à bout de souffle expliquer qu’il faut tuer les messagers. Par exemple, Laurent Berger, leader de la CFDT, explique à qui veut l’entendre que la montée du Front National est due à un tel ou à un tel. Ce bla-bla est bien connu: pour régler les problèmes, il suffit de ne pas en parler et de ne jamais les voir. Simplement, un nombre grandissant de Français vit au milieu de ces problèmes et les supporte de moins en moins. Et ne tolère tout simplement plus cette espèce de tabou moralisateur qui leur interdit de le dire.

Et ça, pour la démocratie, c’est mortel.

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A propos Éric Verhaeghe 148 Articles
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