Le Brexit enclenché, par Jean-Marc Boyer

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Article sur le Brexit initialement paru sur la Gazette de l’Assurance.

Alea jacta est, la Première ministre britannique Theresa May envoie la lettre de départ de son pays de l’Union Européenne. Dans le même temps, l’Europe politique a fêté ses 60 ans (Traité de Rome) sans enthousiasme populaire.

Désunion politique ?

Pour le Royaume-Uni, le problème se présente d’abord en termes de politique interne. La Première ministre demande un nouveau référendum d’indépendance. L’Ulster et l’Eire ne veulent ni frontière entre eux, ni tensions (qui étaient largement enterrées depuis l’accord du Vendredi Saint 1998).

Assistera-t-on à une explosion du RU après l’effritement de l’Empire ? Celui-ci s’était plutôt bien passé avec la création du Commonwealth, même si quantité de problèmes demeurent : de la question démocratique reposée à Hong Kong (la Chine a fait élire sa nouvelle gouverneure), à l’anecdotique St Hélène qui a construit le seul aéroport international au monde où il est interdit d’atterrir pour des raisons météos.

L’économie au sommet ?

Les britanniques ont mangé leur pain blanc : la compétitivité s’est accrue avec la baisse de la Livre (de l’ordre de 15%), un PNB croissant à +2%, un chômage à 4,8%, un déficit budgétaire inférieur à 3%,… Mais les Britanniques pourront bientôt se rendre compte des difficultés (régler les 60Md€ de facture à la sortie, négocier une cinquantaine de traités, régler le sort des 5M d’européens vivant au RU ou inversement,…). Certains manifestent déjà au RU.

C’est le difficile réveil après un vote démagogique (terme non péjoratif dans la Grèce antique, où cela signifiait l’art de conduire le peuple). De même, l’élection de D. Trump, après une euphorie boursière, commence sa phase de désenchantement (échecs des nominations, du décret sur l’immigration, de la révision de l’Obamacare).

La Finance à Francfort après le Brexit?

Des dizaines de milliers de travailleurs de la finance quitteraient la ville de Sadiq Khan (le maire de Londres), du moins pour constituer des sièges juridiquement dans l’UE. Le sujet le plus controversé est le superviseur européen des banques (EBA).

Si l’EBA, actuellement à Canary Wharf,  passait à Francfort (une dizaine de pays sont candidats), ce serait la désignation de la ville du Main comme capitale financière de l’UE. En outre, cela poserait de graves problèmes de concentration des pouvoirs, avec la BCE et l’EIOPA déjà à Francfort. Dans le même temps, Paris n’a que l’ESMA (superviseur européen des marchés financiers).

Les gagnants semblent Francfort et Dublin (en relativité, le pays le plus positivement touché par le Brexit), et de manière plus éclatée (Amsterdam, Bruxelles, Luxembourg), la région du Bénélux.

Au rythme actuel, Paris n’aura que des miettes, rares étant les établissements ayant indiqué vouloir relocaliser (HSBC, Goldman Sachs,..). Côté assurance, plusieurs assureurs (dont AIG et Prudential) s’orientent vers le Luxembourg. Quels assureurs britanniques iraient migrer à Paris, si l’on ne propose pas un cadre idoine accueillant (fiscal, social, prudentiel, écosystème, etc) ?

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