Brexit: le début de la fin de l’Europe?

Temps de lecture : 4 minutes

Cet article a été lu 2117 fois

L’inquiétude grandit. La livre sterling s’effrite à 1,27€. George Soros* investit dans l’or pour se mettre à l’abri des aléas du monde (début de la fin de l’UE, incertitudes aux USA et en Chine). La Gazette avait plusieurs fois alerté du risque de Brexit, que les médias ne prenaient pas au sérieux.

Les raisons de l’aversion à l’UE « Abursdistan »

  • Le RU a intégré tardivement le dispositif européen, essayant un contre-feu de libre échange (AELE). Après 2 refus du Général de Gaulle, le RU a été autorisé par un Georges Pompidou déjà très malade, à intégrer le club européen.
  • Les interventions des thuriféraires de l’Union Européenne (y compris FMI, USA, …) ont été mal ressenties. Les Britanniques admettent mal les invasions. Ils en ont eu (romaine en -54, celle des Angles, des Saxons et autres Jutes au 5ème siècle, celle de 1066 par Willelm « the bastard ») mais cela remonte à mille ou deux mille ans et c’était souvent dans l’optique de se protéger (des Pictes et Scots, des Vikings, etc).
  • Les leçons de morale sur leur manque de solidarité supposé ont provoqué l’agacement. Lors des 2 guerres mondiales, les Britanniques (et leur empire) se battaient sur le sol de France, sans que l’Union Européenne n’existe.
  • Le partir travailliste n’a pas fait beaucoup d’efforts pour offrir une victoire politique à David Cameron. Des dissidents tories se sont mis en avant (Boris Johnson, mais aussi des ministres du Gouvernement) en s’opposant au Premier ministre.
  • La nostalgie : Il y a moins de cent ans, l’Empire britannique comptait 400 millions d’habitants couvrant près de 30 millions km². Les prévisions catastrophistes des économistes en cas de sortie se heurtent à la réalité historique d’un pays contrariant, excentrique, paradoxal et circulant à l’envers. Le RU sans l’Euro est la capitale financière mondiale. Même sans Schengen, la moitié de la population de Londres n’est pas anglaise.
  • Outre que l’empire est toujours présent dans les esprits (la reine Elisabeth a fait serment en 1952 de servir ses sujets jusqu’à sa mort, en tant qu’impératrice), le RU se voit aussi comme la tête de pont des USA dans l’UE (d’où l’insistance de Barack Obama au « Bremain »).
  • L’image de l’UE s’est dégradée : gestion des dossiers grecs, ukrainiens, des migrants,… L’Euro de football met en lumière une France percluse de grèves des transports et des éboueurs, incapable de se réformer, en prise avec les migrants et le terrorisme.

Les conséquences

  • David Cameron a cru jouer au plus fin en donnant à sa droite un référendum qu’il pensait gagné d’avance, et en demandant à l’UE des conditions dérogatoires pour le RU, qui est déjà un pied en dehors de l’UE.
  • Pour le Royaume-Uni, l’éclatement devient probable. Les « celtic fringes » comme on dit outre-manche (Ecosse, Cornouailles, pays de Galles, Irlande, Man, et théoriquement la Bretagne!) sont pro-européens. Ils pourraient demander leur autonomie** (quitte à garder la reine comme souverain, à l’instar d’autres pays du Commonwealth). Cela pourrait renforcer la volonté autonomiste de la Catalogne et d’autres régions.
  • Le pays le plus impacté serait… la république d’Irlande, dont les principaux traités commerciaux, douaniers, etc seraient remis en cause mécaniquement. Mais la verte Erin pourrait négocier en bilatéral rapidement et devenir la tête de pont de l’UE au RU.
  • Pour l’UE, la remise en cause de la bureaucratie par elle-même est improbable. Même si un arbre est pourri, ceux qui sont dans ses branches ne vont pas scier le tronc. Il faudra pourtant qu’elle réagisse si elle ne veut pas voir la fronde grandir (aux Pays-Bas, au groupe de Visegrád,…). L’Absurdistan, comme les anglais qualifient la Commission européenne, est un repoussoir avec ses inondations de normes tatillonnes. L’édification de barbelés au sein de l’UE sonne l’échec de Schengen, prélude à la fin de la libre circulation (des personnes, mais aussi des biens et des capitaux), si l’on ne réforme pas l’UE.

Que faire en cas de confirmation de Brexit?

  • L’UE devrait se reconsidérer (par exemple Europe à 2 vitesses : UE intégrée et Europa, lieu de libre échange). Benoît Cœuré indique que la BCE prendrait les mesures adéquates (sans changer de politique, la BCE pourrait amortir les chocs qui découleraient d’un Brexit).
  • Anticiper une décennie de renégociation entre le RU et l’UE, qui ferait payer la « félonie » britannique. Les scénarios tournent autour de 5% d’impact sur le PIB. La Livre, donc les investissements réalisés au UK, ainsi que les échanges commerciaux de part et d’autre de la Manche souffriraient (réinstauration de droits douaniers si aucun accord n’est conclu).
  • Anticiper que le centre financier irait se décaler à Francfort (avec le projet London Stock Exchange-Deutsche Börse) et à Paris (si l’Etat français libéralisait ses conditions financières, mais la loi Sapin 2 n’en prend pas le chemin). Il faudrait séduire les gérants londoniens pour utiliser Paris plutôt que le Luxembourg comme plateforme de distribution de leurs « ucits »***.
  • Reconsidérer les accords financiers (par exemple, une réassurance au Lloyd’s ne serait plus acceptée sauf nantissement ou dépôt). Il faut aussi convaincre les investisseurs (fonds chinois notamment), que Paris pourrait être leur base pour l’UE.
  • Anticiper le traitement des expatriés. 400 000 français vivent dans le Greater London. Il faut trouver des passerelles juridiques et fiscales pour rapatrier ces contributeurs nets à la richesse. La sortie du Royaume-Uni serait aussi une opportunité spirituelle pour la France, en faisant revenir ceux qui ont fui la  pensée unique, vue comme délétère et sclérosée.

*Né György Schwartz, il avait spéculé sur la sortie de la Livre du SME et avait anticipé en 2007 la crise boursière. Pour autant, ce défenseur de l’espéranto dispose d’une vision humaniste internationale.

**Juridiquement, les monnaies (livres) écossaises, nord irlandaises et des îles sont déjà indépendamment émises par des banques privées.

*** Undertakings for Collective Investment in Transferable Securities: OPCVM.

print

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
Indigestion de Taux Fous

Des Taux Fous au Japon La Gazette avait déjà alerté sur l’insuffisante prise en compte des taux bas. Après des...

Fermer