Bruno Le Maire se ridiculise sur les cryptomonnaies

Dans une interview de deux minutes donnée à l’occasion du Capital Markets Summit, Bruno Le Maire a exprimé son attachement à réguler l’utilisation des cryptomonnaies, et plus particulièrement du Bitcoin. Sauf qu’il semblerait que le ministre de l’Économie et des Finances ne maîtrise pas totalement son sujet. 

Les cryptomonnaies et autres blockchains sont devenus des marronniers, à tel point que l’on en entend parler partout, avec plus ou moins de réussite. Dernièrement, le sujet commence à faire son chemin dans la sphère politique où il est principalement question de régulation.

À ce titre, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances qui était présent au Capital Markets Summit, est revenu sur la position que défendra la France à propos des cryptomonnaies au G20 au mois d’avril. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que son interview n’est absolument pas rassurante. 

« Encadrer le risque de spéculation »

Il s’agit de la première problématique soulevée par monsieur le Ministre. Oui, les valeurs des cryptomonnaies sont volatiles grâce / à cause de la spéculation. Faut-il pour autant réguler à tout prix ces dernières ? Pas sûr. Bruno Le Maire fait d’ailleurs état d’épargnants qui « ont investi avec un niveau du bitcoin à 20 000 dollars et qui aujourd’hui ne pèse plus que 6 500 dollars, ça voudrait dire qu’ils ont perdu trois fois [leur] mise« .

On retiendra de cet exemple plusieurs choses. D’abord, que Bruno Le Maire semble découvrir que les valeurs des cryptomonnaies fluctuent comme n’importe quel marché financier. Au même titre qu’un investisseur qui achèterait des actions avant de voir ces dernières s’effondrer, il existe un risque. 

La deuxième chose que l’on retient, c’est une erreur de langage mais qui en dit long sur sa méconnaissance du sujet. Non, un investisseur ne peut pas perdre « trois fois sa mise« . Par contre, il peut diviser par trois son capital d’investissement. Nuance.

« Nous ne savons pas où va cette monnaie« 

Le deuxième point contestable dans l’argumentation de Monsieur Le Maire est d’affirmer que les cryptomonnaies sont intraçables. En fait, le processus est plus complexe que cela. Techniquement, toutes les transactions sont enregistrées dans de grands livres de comptes numériques : les blockchains. On peut y suivre tout le cheminement des cryptomonnaies (montant des transactions, clé cryptographique, etc.).

Pour autant, ces transactions sont cryptées car disponibles sur des adresses chiffrées. On ne dira donc pas que ces transactions sont anonymes mais pseudonymes. Un expert de cette technologie peut décrypter ces informations avec plus ou moins de facilité, certaines monnaies proposant des niveaux de confidentialité élevés. 

Enfin, ces monnaies virtuelles ne servent pas plus à financer des activités illicites que les moyens de paiement plus conventionnels. Un rapport d’Europol publié en 2016 constate que « le cash continue de jouer un rôle important pour la réalisation de profit d’activité criminelle : les méthodes sont bien établies, et le moyen est aussi favorable à l’échange, intraçable et anonyme que les cryptomonnaies ». 

Séparer cryptomonnaies et blockchain, pas possible

Bruno Le Maire conclut qu’il faut distinguer ces deux principes technologiques : d’un côté la blockchain qui serait vertueuse, de l’autre les cryptomonnaies qui seraient le mail absolu. Faire une séparation aussi manichéenne n’est pas possible en l’état. 

Le principe de la blockchain fait qu’elle a besoin de ces actifs pour fonctionner. Cela permet de globaliser et d’externaliser les processus, sinon la blockchain n’aurait des intérêts que locaux, dans des systèmes fermés, en intranet.

Il ressort de cette interview d’abord une certaine méconnaissance du sujet qui apparaît assez préjudiciable pour le ministre de l’Économie et des Finances. Mais surtout, elle laisse transparaître une peur incroyable vis-à-vis des nouvelles technologies. À vouloir absolument tout réguler, le gouvernement fait courir le risque de voir passer le train des nouvelles technologies. 

Il fait aussi peser une crainte nouvelle sur les investisseurs et les porteurs de nouvelles technologies : ces derniers peuvent craindre de voir arriver une taxation de leur profit voire de leur portefeuille. Et là, ce serait un départ massif de capital et de compétences qu’il faudrait envisager. 

Alors s’il vous plait Monsieur Le Maire, travaillez votre sujet, entourez-vous d’experts, sortez des idées reçues sur les cryptomonnaies et sur la blockchain car on risque d’en entendre parler encore longtemps. Surtout qu’elles représentent un enjeu d’avenir majeur. 

La position que nous avons défendue avec le Ministre des Finances allemand, c’est-à-dire celle d’une régulation du bitcoin. Ca fait plusieurs mois que je plaide pour une régulation des cryptomonnaies. Les réactions au début ça a été “mais il faut laisser tout ça tranquille, laissons les cryptomonnaies se développer”, sauf que ces cryptomonnaies posent de sérieuses difficultés.

La première c’est le risque de spéculation et donc le risque pour les épargnants. On trompe les épargnants. Les épargnants qui vont mettre leurs économies sur le bitcoin et qui ont investi avec un niveau du bitcoin à 20 000 dollars et qui aujourd’hui ne pèse plus que 6 500 dollars, ça voudrait dire qu’ils ont perdu trois fois leur mise. Donc faisons attention. Nous sommes là pour protéger les investisseurs, protéger les épargnants.

La deuxième raison pour laquelle il faut impérativement réguler le bitcoin c’est que nous ne savons pas où va cette monnaie, si elle peut financer des organisations terroristes, financer des activités illicites, financer du trafic de drogue. Nous n’avons aucune information sur ces éléments-là.

Donc il faut réguler le bitcoin. Je pense que c’est absolument nécessaire. Nous avons écrit, avec mon homologue allemand, à la présidence du G20 pour qu’il se saisisse du sujet. J’ai confiance dans la capacité du G20 à réguler cette cryptomonnaie et je crois que beaucoup de nos partenaires mondiaux ont désormais conscience qu’il faut effectivement une régulation de cette monnaie.

Je voudrais juste ajouter un point là-dessus : Ca ne veut pas dire que nous sommes hostiles aux nouvelles technologies financières et à la FinTech, au contraire. Je pense que c’est un moyen de protéger le développement de la FinTech. Vous avez d’un côté la blockchain, par exemple, qui est une technologie que je soutiens, que nous avons permis de se développer en France et à laquelle je crois beaucoup, je pense que c’est une technologie qui est très prometteuse. Et puis il y a de l’autre côté les cryptomonnaies, c’est un autre sujet. Elles, elles doivent être régulées. 

10 commentaires sur Bruno Le Maire se ridiculise sur les cryptomonnaies

  1. Bonjour,
    Je ne souhaite pas m’exprimer sur l’aspect politique mais plusieurs précisions :
    La volatilité des crypto-monnaie est bien sans commune mesure à celles des actions (même si tendanciellement en baisse) et surtout, il reste des facteurs explicatifs « rationnels »…ce qui n’est absolument pas le cas pour les cryptos (notamment si on en croit les valorisation de certaines ICO).
    Pour info, désormais, les concepteurs de ransomware en souhaitent plus se faire payer en Bitcoin, trop volatile
    A ma connaissance, il n’est pas possible de décrypter des transactions pseudonymes…Je pense qu’il y a confusion de la part de l’auteur.
    Sur le coté blanchiment d’argent, les dates sont très importantes car si en 2016, l’auteur avait raison, il est également très probable que depuis 6/8 mois une partie non négligeable des nouvelles transactions soient liées aux cryptos (je pense notamment à monero)
    Il est parfaitement possible de se passer de crypto pour utiliser les fondamentaux de blockchain, cela s’appelle des blockchains de consortium et aujourdh’ui, les principaux projets sont fait comme cela (en utilisant des token non cotés).
    Enfin, sur la réglementation, en fait, tous les écosystèmes (chine, corée, US,…) sont en train de réguler…
    En réalité, l’auteur promeut une vision de Blockchain, celle des BC publiques, qui constituent éventuellement une réponse dans certains contextes mais présentent des limites très importantes de dev

  2. Le nombre d’investisseurs sur les crypto monnaies est sommes toutes extrêmement faible….. mais le danger serait qu’un nombre important d’épargnants de désengage des monnaies conventionnelles pour cause de risque de faillite des états pour investir sur les crypto-monnaies. Le fait que les Etats en parle démontre que cette hypothèse n’est pas complètement farfelue.
    Pour preuve, on n’entend pas beaucoup les politiques s’attrister sur les épargnants qui ont acheté des actions Orange (France Telecom) à 20 euros il y a presque 20 ans alors que cote aujourd’hui 13 euros.

  3. Vraiment ridicule ! Pourquoi un tel attachement à la régulation des monnaies virtuelles malgré son caractère volatil et également sa spéculation ? Je comprends juste que le gouvernement ne veut échapper à rien pour ne pas dire qu’il craigne l’essor des devises numériques. Crypto investisseur sur exagon, pour moi, le sujet a totalement échappé Bruno Le maire.

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