Buzyn: quand les cabinets ministériels font la loi, par Vincent Fromentin

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Article paru dans la Lettre de Galilée.

Il est tellement aisé d’hurler avec les loups, lorsque s’agitent les casseroles, que nous  avons, nous aussi, remué les obscurs souvenirs d’Internet pour rappeler les positions controversées d’Agnès Buzyn sur les conflits d’intérêt. Et pourtant, avant même que n’éclate la controverse, elle s’est déchargée de la gestion de l’INSERM, dirigé par son mari. Cette procédure est prévue par la loi Bertrand sur la transparence (et son décret d’application). Un premier pas plutôt intègre et rassurant.

Par le passé, elle a pu tenir des propos (compréhensibles) sur la difficulté d’obtenir des experts sans aucun conflits d’intérêts. Un bon expert est sollicité de toutes parts. La transparence absolue joue en leur défaveur… Une réflexion tenable dans certaines fonctions; mais difficiles à faire comprendre quand on est Ministre.

Autour d’Agnès Buzyn, son cabinet

Cependant, personne ne parle d’une autre forme de lobbying bien tenace au-delà de toute alternance ou volonté de changement : les nominations dans l’ombre des cabinets ministériels, enjeu de toutes les tractations. Déjà, on sait qu’un des premiers bras de fer entre Emmanuel Macron et Édouard Philippe a concerné la nomination du directeur de cabinet de Matignon.

Emmanuel Macron voulait Nicolas Revel, actuel patron de la CNAMTS et ancien secrétaire général adjoint de la présidence de l’Élysée en 2012 avec lequel Macron avait eu travaillé; Édouard Philippe a imposé Benoît Ribadeau Dumas, ami de l’ENA et ancien du cabinet Raffarin de 2002 à 2004. Il s’est également entouré d’un conseiller social, Franck Morel, ancien du cabinet Bertrand, pour plancher sur la réforme du Code du Travail. Ce dernier travaillera avec Thomas Fatome, actuel directeur de la Sécurité Sociale qui deviendra le directeur de cabinet adjoint d’Édouard Philippe : un ancien du cabinet Bertrand, passé également par celui de Wauquiez. Il a déjà travaillé à l’Élysée, comme conseiller chargé de la santé, de la dépendance et des politiques sociales auprès de Nicolas Sarkozy en 2010.

À Bercy, Bruno Le Maire a préféré aussi un énarque, Emmanuel Moulin, pour diriger son cabinet. Habitué des cabinets ministériels, il a été conseiller économique de Nicolas Sarkozy. Gérald Darmanin a choisi Jérôme Fournel, ancien du cabinet de Luc Ferry alors ministre de l’Éducation, pour s’occuper, entre autres, du budget de la Sécurité Sociale. Nicolas Hulot a nommé Michèle Pappalardo, ancienne des cabinets Barnier et Bachelot. Vous avez dit changement ?

La bureaucratie est toujours aux manettes. Même si Emmanuel Macron a publié un décret pour limiter le nombre des membres du cabinet ministériel, la politisation de la haute fonction publique est toujours en marche. Et ce sont certainement les professionnels de santé qui ont le plus à craindre. Car le directeur de cabinet de la Ministre de la santé est Gilles de Margerie, un énarque également, ancien des cabinets Fauroux à l’Industrie et Rocard, comme conseiller technique chargé des affaires industrielles. Il a démissionné de ses fonctions de directeur général adjoint du groupe Humanis, le troisième groupe de protection sociale paritaire. Craignant le poids important pris par les mutuelles, voilà donc les professionnels rassurés.

La Lettre de Galilée

Alors, au lieu d’aller chercher les vieilles vétilles, si nous misions sur l’avenir ? Le Dr. Agnès Buzyn est louée pour son intégrité, son écoute et son expertise. Tout comme les proches de Gilles de Margerie louent son parcours exemplaire. Il est certain que l’actuelle Ministre n’a pas eu à travailler encore avec les libéraux; ce qui fait craindre au Dr. Ortiz, le patron de la CSMF, un hospitalo-centrisme ravageur. Mais si nous faisions confiance à cet attelage complémentaire pour renouer le contact avec un monde médical en froid depuis 2012 ? Mais également avec l’ensemble des soignants du monde de la santé en souffrance aujourd’hui ?

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