CGT: le dur choix entre les humains et les robots

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Dès qu’on parle CGT, c’est le nom des “huiles” qui vient à l’esprit. Il y a pourtant un grand intérêt à suivre l’activité de “terrain” de la confédération, dont les prises de position, notamment en entreprise, révèlent des difficultés souvent inattendues.

La CGT à Sévelnord

C’est par exemple le cas à Sévelnord, près de Valenciennes, où Peugeot a annoncé son intention d’investir massivement pour rendre son usine compacte, après y avoir injecté 150 millions pour y produire de nouveaux modèles. En apparence, l’annonce qu’un constructeur place plusieurs dizaines de millions d’euros dans une usine en France, spécialement dans une zone sinistrée par le chômage, devrait constituer une bonne nouvelle.

La CGT y a pourtant vu un danger pour l’emploi, et a doc exprimé son inquiétude face aux intentions du constructeur automobile.

Les syndicats et les gains de productivité

Ce point n’est en fait jamais à oublier: les organisations syndicales ont peur des gains de productivité, tels que ceux que Peugeot s’apprête à réaliser sur son site de Sévelnord. Ils sont en effet synonymes de réduction d’emplois à production constante. Pour les organisations syndicales, il existe donc un postulat syndical caché: une production peu productive est préférable, dans la mesure où elle est plus créatrice d’emplois à court-terme qu’une production optimisée.

Bien entendu, ce calcul n’intègre pas l’effet de destruction d’emplois à long terme, si l’on admet que le gain de productivité confère un avantage concurrentiel qui peut entraîner la disparition à terme des acteurs les moins productifs. Sur ce point, les organisations syndicales ont un arbitrage à rendre: soit défendre un outil peu productif qui produit de l’emploi à court-terme et en détruit à long terme, soit l’inverse.

La CGT chez Peugeot a manifestement rendu cet arbitrage en faveur de l’emploi à court-terme, sans prendre en compte la pérennité de l’outil industriel peu productif à long terme.

Les syndicats et la robotisation

Structurellement, le fait syndical est donc “travaillé” par la question de la robotisation. Celle-ci substitue par définition des machines aux hommes et permet donc d’améliorer la production en supprimant des emplois. Pour le syndicalisme, la robotisation est un phénomène dangereux dès lors que l’arbitrage social est pris en faveur de l’emploi à court terme sans considération des risques durables de suppression d’emplois.

On ne peut évidemment s’empêcher de rapprocher cette logique avec la faiblesse du parc de robots en France (32.000 exemplaires).

La baisse de productivité en France

Assez logiquement, on rappellera ce graphique, tiré d’une note de France Stratégie, sur l’évolution de la productivité en France et aux Etats-Unis depuis 30 ans:

productivité

Les mauvaises langues souligneront que le développement de la “démocratie sociale” en France s’est accompagné d’une forte décrue de la productivité, pendant que nos concurrents, comme les Etats-Unis, profitaient à plein de la révolution technologique et numérique pour gonfler la leur…

Le syndicalisme produit-il de la désindustrialisation?

Dans la mesure où le syndicalisme français exprime son aversion pour la robotisation et pour les gains de productivité, faut-il en déduire qu’il existe un lien intrinsèque entre le fait syndical et la désindustrialisation française? De fait, la rigidité du travail, dont l’action syndicale hostile aux gains de productivité est l’un des éléments, a contribué à la délocalisation des activités industrielles françaises.

Comme toujours, les victoires à court terme dans les dossiers de restructuration, se paient à long terme par des effets d’éviction dont l’effondrement de notre appareil industriel constitue une conséquence directe et immédiate.

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A propos Éric Verhaeghe 148 Articles
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1 commentaire sur CGT: le dur choix entre les humains et les robots

  1. Curieusement, CGT ne m’a pas fait penser à “huiles” !

    CGT m’a plutôt fait penser à “défense des travailleurs”, d’autant plus que l’usine dans laquelle je travaillais a vu le premier gros licenciement défendu par un avocat de la CGT. 12 ans de tribunaux, 2 fois la Cour de cassation, pour finalement gagner contre un patron allemand qui avait “légèrement” trafiqué les comptes. Peu de frais d’avocat à payer en plus….
    Le 2ème gros licenciement à eu lieu en 2008, sous Sarkozy. Il était même venu faire un discours en plein air…. mais pas un mot pour ceux qui venaient d’être jetés comme des malpropres. C’était mieux sous Sarkozy…….. (sic).
    Il reste 4 personnes dans l’usine. Ils viennent de recevoir une commande de 8 machines-outils, mais il n’y a plus d’ouvriers pour les monter. Du vent……

    Travailleurs, adhérez à la CGT, elle seule fait le nécessaire pour vous défendre. Et croyez bien que vous valez mieux que votre patron qui joue à “qui veut gagner des millions !” Actuellement, c’est la Démocratie même que défend la CGT…..

    D’après un billet publié sur le journal La Tribune, France Stratégie s’était plutôt plantée dans ses statistiques.

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