Chronique junonienne : troisième chapitre, par Charlotte Dareau

Nous publions aujourd’hui le troisième chapitre de nos critiques junoniennes, exercice pastiche traitant avec humour du rôle de la première dame.

L’intermède panda à peine terminé, Junon et Jupiter ont dû enchaîner avec une longue séquence qui a permis de rappeler au commun des mortels, le rôle terrible de l’Olympe : quand les mortels accèdent eux aussi au royaume des Dieux, en passant du côté des Enfers de Pluton, Jupiter et Junon doivent payer de leur personne en se donnant en spectacle. C’est ici que l’Olympe est grand !

Le temps d’un hommage, Jupiter, tout en retenue, a délaissé l’éclair, son accessoire fétiche, pour ne conserver que le crayon de papier destiné à honorer le Poète officiel de l’Olympe, dont les obsèques ont été célébrées avec tout le faste réservé habituellement aux grands chefs militaires, ce qui est un comble pour le descendant d’une lignée de magistrats. De l’éclair au crayon, on sent comme une forme de décadence dans la puissance jupitérienne. Les armées jupitériennes ont encore du souci à se faire, mais ce n’est pas une nouveauté. Sans doute une raison pour expliquer que Junon semblait alors distante.

Mais, grâce lui soit rendue, elle s’est rattrapée lors de la grande rencontre de l’Olympe avec la plèbe, lors des funérailles grandioses du barde gaulois qui ne se laissait pas bâillonner comme un vulgaire Assurancetourix.

A première vue, Junon semblait avoir conservé son costume de panda, mais le noir dominait bien le blanc quand elle s’est tenue au chevet de la veuve et des orphelins. On admirera encore l’empathie dont fait preuve Junon, qui, avec tact et élégance, est partout présente : le rôle tutélaire, c’est son truc. Elle était bien servie par une mise en scène digne des plus grands peplums hollywoodiens, et grâce à un décor qui semblait fabriqué pour l’occasion, avec un temple romain à l’architecture classique (merci au passage à Pierre-Alexandre Vignon, l’architecte, d’avoir prévu deux cents ans à l’avance, une réplique de l’Olympeion d’Athènes, bien pratique pour notre couple divin actuel, à deux pas de leur Elysée olympien). La plèbe, tout ce qu’il y avait de plus romaine, était au rendez-vous, pleureuses comprises ; les métèques et autres non-citoyens romains avaient décidé de bouder l’événement. Une belle cérémonie d’union des mortels et des Dieux, qui prendra une place de choix dans la galerie de l’Olympe.

Les cérémonies se sont ensuite succédées au sommet de l’Olympe, notamment pour accueillir les divinités étrangères, venues célébrer de concert, le culte de la planète Terre. On apprend ainsi que Junon « est pleinement mobilisée » pour l’occasion, même si l’on pourra s’étonner de la voir remplir un rôle de simple concierge sur les marches du temple élyséen, à accueillir les uns et les autres, en plein vent. L’important, il faut bien le comprendre, est qu’elle soit présente, pleine de grâce olympienne, imago exemplaire du couple divin.

Je vous l’annonçais dans une chronique précédente : Jupiter fête son anniversaire, en ce 21 décembre. Eh bien, Junon ne m’a pas déçue, elle la reine des pompes et des fastes. Le lieu des festivités n’était rien moins que Chambord, équivalent Renaissance des Champs Elyséens ! Pour cette fête un peu en avance sur le calendrier, rien n’a manqué au programme, à commencer par l’ordalie : des sangliers alignés en rang d’oignon, à la lumière des flambeaux et au son des trompes de chasse. Il n’y a pas à dire, Junon s’y connaît en mise en scène, activité qu’elle a pratiquée dans une autre vie (et dont elle se serait servie pour séduire le jeune Jupiter). On ignore le verdict de ce jugement des Dieux mais Jupiter et Junon savent tenir leur rang et en imposer à la plèbe. Même Esther Benbassa, au prénom prédestiné de déesse mésopotamienne, a dû s’incliner pour reconnaître que « Jupiter maintenant, c’est le roi Macron ».

Je terminerai cette chronique de la quinzaine junonienne par la séquence sociale car une déesse tutélaire doit aussi prendre à bras le corps, la misère humaine. Après tout, qu’elle ne soit pas invoquée en vain ! Et là on trouve un moment de sublime, tel que seul Racine savait nous en montrer : voilà Junon bombardée « Ministre des oubliés » et dédiée à « l’insertion dans la société, des personnes différentes » : que recouvrent donc ces termes mystérieux ? Tout simplement une visite à Necker-Enfants malades en service de soins palliatifs pour la fête de Noël. Attention que Junon n’en fasse pas trop, les bébés pandas apprécient sans doute davantage sa sollicitude que des familles ravalées au rang d’« oubliés » et de « différents ».

Charlotte Dareau est contributrice sous pseudonyme.

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