Complémentaire santé: économistes atterrés ou atterrants?

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Dans une note lapidaire publiée notamment par Mediapart, des économistes atterrés livrent des considérations atterrantes sur la généralisation de la complémentaire santé, dont la conclusion est simple: il faut instaurer un remboursement des dépenses de santé à 100% et supprimer les complémentaires!

 

 

Une absence complète d’analyse scientifique

Si chacun comprend bien la visée idéologique des auteurs de la note, issus d’un “laboratoire” universitaire, l’absence complète de sérieux scientifique dans la démarche laisse pantois. La note constate en effet une évidence: la généralisation de la complémentaire santé ne vient pas à bout de tous les cas non-couverts. Par une pirouette étonnante, les auteurs affirment sans le moindre élément de preuve que la situation de ces derniers va se détériorer du fait de la généralisation.

De façon encore plus stupéfiante, les auteurs affirment sans un seul élément d’expérience concret que le libre choix de l’assureur par les entreprises, après la suppression des désignations, renchérit les prix au lieu de les modérer. C’est bien connu! Plus un marché est concurrentiel, plus les tarifs sont élevés.

On ne s’étonnera d’ailleurs pas de voir les auteurs n’apporter aucun élément de preuve à cette assertion grotesque, puisqu’elle est contraire à la réalité. Depuis l’été 2014, en effet, la concurrence a permis de stabiliser les tarifs conventionnels. En revanche, il est beaucoup plus confortable d’affirmer le contraire pour des raisons purement idéologiques, et de nourrir ainsi la doctrine du “100% Sécu”.

Une offensive idéologique en bonne et due forme

Cette note, qui illustre une fois de plus le peu de sérieux universitaire français, participe à l’offensive idéologique sur le retour des désignations, pourtant jugées contraires à la liberté d’entreprendre par le Conseil Constitutionnel. Rappelons que ce retour n’est certainement pas motivé par des considérations d’intérêt général, mais vise essentiellement à préserver le financement occulte des organisations syndicales sur le dos des salariés.

Les amateurs de “guerre idéologique” regarderont la méthode avec amusement. Les Économistes Atterrés, qui ne cachent pas leur volonté de peser dans une lutte très politique contre “l’orthodoxie néo-libérale” dévoilent ici le vrai visage de leur combat: se mettre au service des intérêts particuliers qui utilisent la cause de la “solidarité” pour nourrir leurs fromages. La leçon mérite d’être retenue: même dans la lutte idéologique, la syndication est devenue la règle.

Les dangers du 100% Sécu

Ceux qui utilisent des groupes d’influence comme les Économistes Atterrés pour mener leur combat contre le libre choix de l’assureur en complémentaire santé devraient se méfier des dommages collatéraux qui se préparent. Dans l’esprit des détracteurs de la libre concurrence, la désignation n’est rien d’autre qu’un pis-aller, une sorte d’étape préparatoire avec le passage à une nationalisation complète du système.

Or chacun sait l’absurdité économique et sociale de cette option. Le remboursement à 100% accélère la déresponsabilisation des acteurs et dégrade automatiquement les performances de la protection sociale, puisqu’elle interdit toute mitigation du risque. En outre, le remboursement à 100% tuera les groupes paritaires. Et c’en sera fini, des postes de délégués généraux à 50.000 euros par mois, voire plus, au nom de l’intérêt des salariés.

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2 commentaires sur Complémentaire santé: économistes atterrés ou atterrants?

  1. Monsieur,
    je crois que l’on peut très aisément vous retourner le compliment. Votre discours est atterrant de mauvaise foi et d’inexactitude. On se demande même si vous avez vraiment lu l’article que vous critiquez.
    D’abord sur l’aspect scientifique, quand on parle d’analyse de chiffres, de statistiques, on ne peut pas parler de science. Il faudrait déjà vérifier la justesse et l’exhaustivité de la statistique, cette dernière étant rarement scientifiquement exacte.
    L’analyse, elle, est un point de vue qui peut se discuter, ce que vous faîtes d’ailleurs.
    Sur l’augmentation des prestations de ceux qui ne sont pas couverts, elle est logique et ne demande pas d’explication particulière pour un initié, que vous semblez être puisque vous vous permettez de critiquer l’analyse de spécialistes diplômés d’économie. Mais là où on se demande si vous avez lu l’article, c’est que l’explication est donnée dans l’article. Ils expliquent que, comme beaucoup de salariés qui avaient un contrat individuels vont être couverts par un contrat collectif moins rentable pour les assureurs, ceux qui ne sont pas couverts vont sans doute payer plus pour que les assureurs gardent leurs marges.
    Dans votre deuxième paragraphe, on se demande qui manque d’expérience.
    Avez-vous seulement négocié un contrat de santé collectif ? N’achetez-vous jamais en gros ?
    Un principe commercial basique veut que quand on achète plus, on paie moins.
    Quand on négocie un contrat pour 100 000 salariés on obtient de meilleurs tarifs et une meilleure couverture que quand on négocie pour 50 salariés. C’est aussi simple que cela. Et c’est bien pour cela que la décision purement politique du Conseil Constitutionnel est une catastrophe pour les salariés et une aubaine pour les assureurs qui ont fait un lobbying énorme pour obtenir cette décision.
    C’est une logique ultra-libérale qui sous-tend cette loi.
    Contrairement à ce que vous affirmez, l’intérêt général est bien dans la désignation et la mutualisation du risque et de la couverture.
    D’ailleurs l’économie globale est en train de contourner cet ultra-libéralisme en créant des regroupement de consommateurs pour mutualiser les achats et faire baisser les prix.
    C’est en effet votre idéologie que vous défendez (bien mal) dans cet article.
    Sur le financement des syndicats, que proposez-vous ?
    Contrairement à ce que vous dîtes, il n’y a aucune opacité dans ce financement. Les règles sont claires et définies par la loi. Pour le surplus, les fédérations patronales profitent aussi très largement des accords de paritarisme dans les branches. Alors allez donner des leçons à d’autres !

    En conclusion, votre discours est bien plus idéologique que celui que vous dénoncez, n’hésitant pas à travestir la réalité pour atteindre votre but, et à prendre les lecteurs néophytes pour des imbéciles.
    Ce qui vous dérange dans le discours de ces économistes, c’est qu’ils ne sont pas soumis, comme la plupart de leurs collègues que l’on voit beaucoup à la télévision, et qui pour beaucoup ont des intérêts dans des grandes banques ou dans des croupes financiers, à l’idéologie ultra-libérale et qu’ils essaient de chercher une alternative plus égalitaire et redistributrice. Ceci ne vous convient visiblement pas.
    En fait vous n’avez rien à faire de l’intérêt des salariés et des non-salariés qui vont payer le prix fort de cette loi.
    Je ne vous salue pas.

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