Le conseiller d’État Philippe maintient la protection sociale dans son jus de servitude

La protection sociale en France est contrôlée depuis 1944 par la doctrine des conseillers d'État: le jardin à la française. Édouard Philippe a confirmé hier cette vision étatiste et déresponsabilisante. 

On se souvient que, dans les années 30, la France avait fait le choix de ne pas suivre le modèle bismarckien de sécurité sociale et lui avait préféré un système fondé sur l'obligation d'assurance, mais sur la liberté d'affiliation (système défendu à l'époque avec vigueur par la FNMF, version pré-1945). Le Conseil d'État état alors une fourmilière d'esprits jacobins bien décidés à imposer une sécurité sociale étatisée et avec affiliation obligatoire. 

Tel fut le plan que Pierre Laroque, conseiller d'État, alors au service de Pétain, avait rédigé durant l'été 1940. Coupé dans son élan par les mesures raciales de Vichy, Laroque revint dans les bagages du gouvernement provisoire pour achever sa grande oeuvre. Les ordonnances de 1945 ont concentré toute sa pensée sur le sujet. 

Depuis 1945, les conseillers d'État ont une ambition: achever l'oeuvre de Laroque, laissée incomplète par les résistances virulentes de la société française à ce projet unilatéral.

Ainsi, dès 1945, la CGT se battait pour que les régimes spéciaux n'intègrent pas le régime général. En 1946, les travailleurs indépendants descendaient dans la rue pour obtenir l'abandon du projet de loi qui les absorbaient dans le régime général. 

Depuis lors, on ne compte plus les conseillers d'État et les hauts fonctionnaires qui ont mis la main à la pâte pour continuer la grande oeuvre des ordonnances. Ainsi, en 2005, les ministres conseillers d'État Bas et Dutreil créaient le RSI, première étape d'une réparation de 1946. Les travailleurs indépendants allaient enfin tomber dans l'escarcelle de l'État.

Entretemps, l'inspecteur général des Finances Juppé avait accéléré l'étatisation de la sécurité sociale par la création de loi de financement de la sécurité sociale.

Dans sa déclaration de politique générale, Édouard Philippe s'est installé dans cette longue tradition.

Protection sociale et servitude

En quoi cette forme dégradée de protection sociale qu'est la sécurité sociale est une telle une route vers la servitude?

Parce qu'elle est la version moderne de Big Brother, et que nous pourrions l'appeler Big Mother. 

Facialement, la sécurité sociale protège. Elle est bienveillante. Elle apporte des externalités positives, comme disent les économistes. Elle est solidaire. Elle est redistributrice. Elle porte toutes les valeurs de la bien-pensance. 

Dans la pratique, elle est un redoutable lien de subordination à l'État qui, par son biais, sait tout de tous. De la naissance à la mort, chaque individu (sauf les fonctionnaires bien entendu) voit sa vie prise en charge par cette mère castratrice qui lui demande de reverser à la collectivité tous les petits bénéfices que le labeur peut apporter. 

La sécurité sociale, c'est une protection sociale qui rabote le mérite, valorise l'assistance et décourage l'affirmation de soi. Bref, c'est la route d'une servitude heureuse, comme aurait dit Alain Juppé. 

 

Édouard Philippe

Rétablir la confiance c’est aussi rassurer les Français sur le futur de la Sécurité sociale. La Sécurité sociale est une partie de nous-mêmes. Elle est comme le veut une belle formule « le patrimoine de ceux qui n’en ont pas ». Mais alors si tel est le cas traitons-la comme un véritable patrimoine, en l’entretenant, en la préservant, en la rénovant.

3 commentaires sur Le conseiller d’État Philippe maintient la protection sociale dans son jus de servitude

  1. La Presse a beaucoup d’argent à distraire pour consacrer toute une page à de telles âneries sur la prétendue servitude au régime social des français.
    Il est intéressant de s’attarder sur ce qui manque sous la plume de cet auteur : la comparaison avec d’autres régimes offrant toute liberté dans la jungle des faillites et des cotations…
    Se voudrait-il être un article à noter A+ ?

  2. M. Rossello est certainement un heureux privilégié qui n’a pas eu l’occasion de s’apercevoir que la Sécu n’est plus ce qu’elle était. Les moins heureux voient la part leur restant à charge de plus en plus lourde au point qu’ils préfèrent le plus souvent ne plus consulter du tout et se priver de soins que l’on délivre généreusement à tout primo arrivant sur le sol ! Cela ne fait de mal à personne car personne ne s’aperçoit du sacrifice qu’ils consentent ainsi à la collectivité, sacrifice qui masque cette médecine à multiple vitesses, bien loin de ses buts initiaux. On peut certes continuer à faire l’autruche et se contenter de ce qui existe, au diable ceux qui ne suivent pas……. Quant au RSI, régler son problème de mauvais fonctionnement par l’adhésion forcée au régime général au prix du doublement des cotisations, je doute que les cotisants apprécient….. En fait, il s’agit d’une nouvelle catégorie d’affiliés qui vont venir grossir les rangs et seront le prétexte pour rembourser encore moins les soins pris en charge par la sécu puisque de toute façon elle ne couvrira bientôt que les risques très onéreux et laissera les soins courants aux mutuelles et autres assurances privées.

  3. Une part de la sécurité sociale veut protéger la population.
    Quelle part favorise les intérêts des grands labos ?
    Pourquoi accepte-t-on des soins dont le prix est surévalué des centaines de fois ?
    (cancer, hépatites, sida, ebola, etc)
    Alors qu’il y a des traitements alternatifs, ayant souvent moins de conséquences fâcheuses.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
Comment les conflits d’intérêts interfèrent avec la science, par Rémy Slama

Le jugement dans le procès de Michel Aubier, un pneumologue qui avait caché sa rémunération par le groupe Total, est...

Fermer