Cet article est paru sur le site Hulala.

Árpád Habony, éminence grise du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, viendrait de s’engager auprès de Nicolas Sarkozy dans sa course à la présidentielle, rapportent de nombreux médias en Hongrie.

D’après les informations du journal Figyelő, la société de communication d’Árpád Habony,spin doctor de Viktor Orbán, Danube Business Consulting Ltd., aurait obtenu des contrats dans l’entourage proche du candidat français à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy. L’équipe de communication de Sarkozy a démenti ces informations au journal. Pourtant, écrit Figyelő, des sources concordantes tendent à renforcer cette information et le partenariat aurait même obtenu l’aval du Premier ministre hongrois en personne.

Ce nom, que l’équipe de M. Sarkozy dit ignorer, n’est pourtant pas tout à fait inconnu au sein de la droite française. Le quotidien hongrois Népszabadság (centre-gauche) a ainsi révélé au printemps de l’année dernière que le jeune conseiller hongrois – probable responsable de la campagne gouvernementale contre les réfugiés – entretenait des liens de longue date avec des cadres de LR (Les Républicains) et de l’ancienne UMP. Le quotidien affirme également que la stratégie de communication du Fidesz, caractérisée par un emprunt systématique des thèmes de ses adversaires (triangulation), s’inspirait directement de la campagne qui a porté Nicolas Sarkozy à l’Elysée en 2007.

 

Toujours selon Népszabadság, le lien entre Árpád Habony et la droite française serait Alexandre Basdereff, fondateur d’Optimus, une agence de conseil en communication spécialisée dans les levées de fonds pour ONG et établissements publics, et ancien responsable de la cellule de communication de la campagne de Jacques Chirac, puis désigné chef du service d’information et de diffusion par le président en 1995 (Les Echos). M. Basdereff serait même l’un des trois propriétaires d’une agence de communication cofondée au milieu des années 2000 par Habony «Europtimus Tanácsadó Marketing Rt.», qui deviendra plus tard «Nézőpont Elemző és Kutató Intézet». Contacté par Hulala l’année dernière, Alexandre Basdereff indiquait toutefois ne pas avoir eu de liens avec Árpád Habony depuis 2008.

Un activisme au service de la frange la plus droitière du PPE

Árpád Habony et ses associés semblent entretenir des connexions fortes avec plusieurs partis européens, comptant parmi la frange la plus droitière du Parti populaire européen. Selon plusieurs sources concordantes citées par Figyelő, Árpád Habony aurait ainsi participé à redorer l’image du parti conservateur croate HDZ, revenu au pouvoir en 2015 sur une ligne proche de celle de Viktor Orbán.

Concernant l’ancien président français, le site Index.hu estime qu’«un succès de Sarkozy ferait les affaire d’Orbán, car un allié comme le président français, aux vues très proches des siennes, le renforcerait au sein de la famille européenne». En avril, lors de sa tournée européenne pour plaider une politique d’immigration restrictive et un renforcement des frontières extérieures de l’espace Schengen, les deux leaders conservateurs s’étaient même rencontrés en France. Une rencontre mentionnée par le service de communication du Premier ministre hongrois, mais que l’équipe de l’ancien président français s’était gardé de rendre publique. A l’automne 2015, M. Orbán s’était défendu d’être un extrémiste, arguant que Nicolas Sarkozy avait les mêmes vues que lui sur l’immigration.

Des connexions avec les droites américaine et israélienne

La société Danube Business Consulting Ltd., créée en 2015, aujourd’hui dirigée par Tamás Lánczi, a été cofondée par Árpád Habony et Arthur J. Finkelstein, un spin doctor de longue date des droites américaine et israélienne. Le lobbyiste new-yorkais, connu pour avoir ringardisé le mot «libéral» chez les Républicains, a compté parmi ses clients Richard Nixon, Ronald Reagan, Ariel Sharon, Benjamin Netanyahou, ainsi que nombre de dirigeants en Europe centrale et du Sud-Est.

La connexion entre Arthur J. Finkelstein et Viktor Orbán permettrait de mieux comprendre la nature de la polémique qui avait opposé le Premier ministre hongrois à un autre lobbyiste américain, le philanthrope George Soros. Proche des démocrates, un des principaux soutiens financiers de la campagne de Hillary Clinton à la présidentielle américaine, le milliardaire d’origine hongroise est souvent considéré comme une des bêtes noires des Républicains. En avril dernier, Viktor Orbán l’avait accusé de lever en sous-main une «armée de l’ombre» contre lui.