Dans les coulisses des relations entre Macron et les syndicats

Temps de lecture : 3 minutes

Cet article a été lu 5112 fois

Côté scène, les rencontres bilatérales entre Macron et les syndicats se sont bien passées. Côté coulisses, on comprend bien pourquoi: le Président a pris soin de déminer le terrain à la façon “ancienne”, en recevant avec une équipe resserrée chaque responsable syndical venu seul. Le format est non seulement inhabituel, mais il est contraire à la tradition syndicale, où l’usage bannit les négociations individuelles. Et pour cause…

Martinez a-t-il tout compris à ce qui lui arrivait?

Pour Martinez, l’exercice tombait à pic! Habitué à passer outre les positions de son organisation, le secrétaire général de la CGT a discuté entre quat’zyeux avec l’équipe du Président de la République. Plusieurs versions de l’exercice coexistent désormais.

Martine affirme avoir égrené une liste de revendications (on ne sait pas lesquelles…) qui n’ont pas recueilli l’assentiment du Président. Vraiment? Si Macron est malin (et il l’est incontestablement), il a bien dû faire son marché dans la liste, histoire d’apaiser son interlocuteur (qui, de fait, l’était en sortant de la rencontre – c’est un signe qui ne trompe pas).

Pour le reste, Martinez a expliqué que Macron était prêt à repousser son calendrier de réforme. Et les conseillers de l’Élysée ont dans les minutes qui ont suivi soutenu que Martinez avait mal compris. C’est l’avantage (ou l’inconvénient) des bilatérales sans témoin. Chacun en retient ce qu’il veut. À la CGT, quelqu’un devrait rappeler que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.

Les Ferracci à la manoeuvre

Dans l’ombre, toutefois, un noyau dur est à la manoeuvre pour passer par-dessus les épaules velues des militants révolutionnaires de la CGT. Ce noyau est constitué de Marc Ferracci, professeur d’économie et témoin de mariage d’Emmanuel Macron, accompagné de… Pierre Ferracci, le père du premier, patron du cabinet Secafi. Secafi est un grand pourvoyeur de conseils et d’arrangements financiers complexes pour la CGT.

Tiens! une passerelle utile et discrète entre le pouvoir et la CGT. Pourquoi s’en priver? surtout quand le secrétaire général de la CGT ne comprend pas tout ce qu’on lui dit en réunion. Une traduction sur écouteur peut aider.

Comment Macron va “retourner” Mailly

Jean-Claude Mailly, le patron de FO et ami historique du Parti Socialiste, a fait la guerre à Manuel Valls et à la loi Travail. Macron a pour sa part compris tout le parti qu’il pouvait en tirer. Après son discours de sacre devant la pyramide du Louvre, il faut reconnaître que l’humaniste Mailly avait tout pour se laisser séduire.

Côté scène, donc, Mailly explique qu’il ne faut pas aller trop vite dans les réformes, et autres considérations qui font plaisir au petit peuple. Côté coulisses, la musique est différente. Pendant que Mailly faisait de l’esbrouffe à l’Élysée, Muriel Pénicaud actionnait une corde qu’on aime à FO: elle recrutait Stéphane Lardy, ancien numéro deux de Mailly passé l’an dernier à l’inspection générale des affaires sociales, comme conseiller à la formation et à l’apprentissage.

Voilà le genre de petit cadeau qui ne se refuse pas. La CFDT ne peut en dire autant…

Avec un homme lige dans la place, les relations avec FO devraient forcément se détendre.

La CFDT restera-t-elle chouchou de la classe?

Paradoxalement, c’est la CFDT qui a le plus à perdre dans cet exercice de papoti-papota. Sous Hollande, le pouvoir exécutif entretenait des relations quasi-incestueuses avec elle. Une tradition voulait que la concertation avec les syndicats soit limitée à Laurent Berger.

Le chouchou de la classe risque de perdre son exclusivité. D’ailleurs, il est sorti de l’entretien en étant paradoxalement l’un des plus réticents sur la méthode.

Le MEDEF ventre à terre

Cette perte de priorité n’inquiète pas le MEDEF. En interne, certains se sont targués, durant l’entre-deux-tours, que le MEDEF se soit transformé en back-office de Macron.

Pierre Gattaz est donc un soutien sans réserve du président de la République et tout disposé à jouer les hussards de la grande oeuvre jupitérienne en gestation. Au passage, il a obtenu, semble-t-il, un moratoire sur la mise en oeuvre du compte pénibilité.

Le patronat aime les branches

Les amateurs du genre auront noté que les deux autres organisations patronales (la baroque U2P et la CPME) ont plaidé en faveur des accords de branche. La formule continue à surprendre dans la mesure où la branche, contrairement aux idées reçues, ne favorise pas les petites entreprises mais les pénalise.

Parfois, on aime son mal.

print

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
Le prélèvement à la source face au syndrome de Johnson, par Frédéric Buffin

Frédéric Buffin tient également un blog. Dans le JDD du 21 mai 2017, le Premier Ministre a indiqué qu'il souhaitait...

Fermer