Dette de l’hôpital public : si on ne voit pas le problème, il n’existe pas

C’est un véritable cri d’alarme que pousse la Fédération hospitalière de France. Elle annonce que le déficit de l’hôpital public devrait atteindre 1,5 milliard d’euros en 2017. Ce mercredi 20 décembre à l’Assemblée nationale, la député LR de l’Aube Valérie Bazin-Malgras, demandait au gouvernement « comment il comptait sortir de l’ornière ». Les réponses d’Agnès Buzyn risquent de ne pas satisfaire tout le monde. 

En cette fin d’année, il y a un secteur qui n’est pas à la fête. C’est celui de l’hôpital public. La Fédération hospitalière de France a annoncé ce mercredi 20 décembre que le déficit global a augmenté d’un milliard d’euros en seulement un an, pour atteindre 1,5 milliard de déficit. 

Ce même-jour, Valérie Bazin-Malgras la député Les Républicains de l’Aube, interpellait le gouvernement sur cette situation cataclysmique qui oblige les hôpitaux à faire autant, si ce n’est plus, avec toujours moins de moyens. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les réponses d’Agnès Buzyn ne vont pas arranger la situation. 

Un argumentaire difficilement défendable

Vous avez raison, la situation des hôpitaux fait suite à une longue dégradation de leurs conditions de travail du fait de dispositions tarifaires complexes. Un certain nombre de réformes ont été menées notamment sur les territoires avec les groupements hospitaliers de territoire (GHT) qui permettent de mieux couvrir l’accès aux soins de citoyens et de réorganiser les hôpitaux en fonction de filière de prise en charge sur des projets médicaux partagés. Cette réforme GHT vient d’aboutir et elle devrait permettre une rationalisation de l’offre de soins sur le territoire, des achats partagés qui devraient permettre 1 milliard d’euros d’économies pour les hôpitaux publics et évidemment d’améliorer la qualité des soins parce que ces hôpitaux vont permettre à chaque citoyen d’accéder à des plateaux techniques de haute-qualité.

En clair, Agnès Buzyn vient simplement d’annoncer quelles seront les prochaines mesures prises par le gouvernement quant à la situation des hôpitaux. Une réorganisation complète doit être opérée, avec la refonte du maillage hospitalier en regroupant des établissements pour ouvrir des pôles médicaux spécialisés. 

Loin de nous de vouloir totalement dénigrer son propos, mais plusieurs cas qui nous sont parvenus viennent à contredire son argumentation. Par exemple pour ce qui est de l’achat groupé des hôpitaux, appelé aussi mutualisation, il suffit de reprendre un rapport de la Cour des comptes pour affirmer qu’elle est encore très loin d’être mise en place. 

Si concrètement l’achat de produits de santé et de dispositifs médicaux est le deuxième poste de dépenses le plus important, la plupart des hôpitaux ne sont pas prêts à recevoir une charge supplémentaire de travail pour organiser ces groupements d’achats voire à perdre de l’autonomie. 

Malheureusement, la suite de l’argumentaire d’Agnès Buzyn est aussi contestable par les faits. 

Face à cette situation aujourd’hui, nous pouvons garantir la qualité et la sécurité des soins des citoyens.

Ici par exemple, on peut remettre en cause la qualité et la sécurité des soins des citoyens. Pas plus tard qu’aujourd’hui, nous relations le cas d’une patiente victime d’une erreur médicale assez sévère qui a remis en question sa vie quotidienne. 

Par ailleurs, il est important également de réfléchir à la façon dont sont financés nos hôpitaux publics ; aujourd’hui la tarification de l’activité ne prend pas assez en compte la valeur ajoutée de l’hôpital public, sa capacité de formation, de recherche, également sa capacité de recours sur l’universalité de l’accueil.

Là, le point est encore plus sensible (normal quand on en vient à toucher au finances). Mais il mérite tout de même d’être débattu. En clair, Agnès Buzyn prône les spécificités de l’hôpital public à savoir sa capacité de formation, de recherche et de recours à l’universalité. Cependant, même avec ces valeurs ajoutées, le déficit s’accentue. En vaut-il la peine pour autant ? Rien n’est moins sûr car les cliniques privées démontrent aussi leur capacité à mieux maîtriser les coûts alors qu’ils sont identiques à ceux du public. 

Il faut donc améliorer, compléter le financement à l’activité par des financements aux parcours, à la qualité, à la pertinence des soins et des actes. C’est donc cette réforme que nous mettrons en œuvre dans le courant de l’année 2018 de façon à accompagner les personnels hospitaliers dans leur pratique quotidienne de qualité. 

Malgré tout, Agnès Buzyn annonce que les hôpitaux publics vont recevoir un coup de pouce pour leurs « bonnes » pratiques, dont la pertinence des soins et des actes qui semble largement être à revoir. En septembre dernier, nous constations d’ailleurs que 3,6 millions de passages aux urgences étaient inutiles.

Alors est-ce que le problème peut se résoudre par une enveloppe exceptionnelle ? Pas sûr. En fait cela dépend surtout de comment elle est utilisée. Car le vrai problème de l’hôpital n’est pas son manque de moyen matériel mais humain. Et ce dernier est dû à une mauvaise gestion faisant croire qu’un hôpital flambant neuf peut fonctionner avec des effectifs réduits, et surchargés de travail.

Au final, c’est peut-être d’une refonte d’un système qui ne fonctionne pas dont l’hôpital public a besoin. Mais ça, le gouvernement ne le voit pas au point de dire que si le problème n’est pas vu, il n’existe pas.

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