Delphine Ernotte sur le départ de France Télévisions? par Jean-Jacques Cordival

L'une des premières victimes du renouvellement pourrait être Delphine Ernotte, dont le bilan est calamiteux. Les trois milliards consacrés à la télévision publique sont un gouffre financier, et le lancement raté de France Info illustre bien la gabegie en cours. 

À chaque nouveau quinquennat qui voit arriver à l’Élysée un nouveau Président de la République, certains conseilleurs – mauvais, est-il besoin de le préciser –  entonnent la même antienne « la télé publique ne serait pas une priorité » !
 
Chacun voit à présent le résultat. Depuis que François Hollande a nommé, en janvier 2013, Olivier Schrameck l’ex directeur de cabinet de Lionel Jospin (Premier ministre de 1997 à 2002) à la tête du CSA qui parachutait à France Télés dès l’été 2015, une ex de la téléphonie sans aucune connaissance du secteur, il y a urgence.
 
Le lancement pour un coût exorbitant et une audience quasi-nulle de la quatrième chaine d’info en continu (canal 27) qui aurait dû ou pu - c’est selon - permettre au successeur de Nicolas Sarkozy de briguer un second mandat (c’est raté !), n’y changera rien. Bien au contraire.
Ce sont quasiment 3 milliards d’euros de l’argent des contribuables qui partent en fumée, année après année, pour les résultats calamiteux que tout le monde connait.
 
Audiences les pires jamais enregistrées, climat délétère et de peur à tous les niveaux, valse de présentateurs et de haut-cadres surtout blancs de plus de cinquante ans, tâtonnements permanents, déclarations intempestives sur fond de grotesque propagande…le tout mis en lumière dans le rapport au vitriol de 212 pages que le Cour des comptes qui qualifiait la situation de l’entreprise d’«impasse financière»... le tout sur fond d’instruction judiciaire qui vient de débuter s’agissant des conditions du remplacement de Pflimlin à France Télés, tout plaide aujourd’hui pour mettre fin à la douloureuse parenthèse avant qu’il ne soit trop tard et que n’advienne un scénario à la grecque pour la télé publique française. 
 
Plus personne n’est dupe, ni à France Télévisions, ni à Bercy. Quant à la dernière présentation des comptes que beaucoup d’observateurs extérieurs comme les élus de France Télés qualifient de énième et inutile contre-feu adressé comme un camouflet à la rue Cambon, elle a le don d’agacer au plus haut point.
 
Ce n’est surtout pas le résultat d’exploitation affiché à peine un peu au–dessus de zéro (*) pour lequel se pavane l’entreprise qui voudrait faire croire que tout va mieux, qui va pouvoir influer sur la seule décision que doit prendre au plus vite l’actionnaire.
 
Ce sont, tout de même 10.000 femmes et hommes qui sont concernés et des milliards d’euros d’argent public qui sont en jeu. L’amateurisme, l’incompétence, la navigation au doigt mouillé, l’arbitraire et la terreur n’ont pas (plus) leur place dans une entreprise d’État qui appartient à tous les français dont ils devraient pouvoir être fiers.    
 
La dispendieuse lubie d’un « Netflix à la française » malgré plusieurs notes de Bercy émettant les plus grandes réserves tant sur le financement que sur les droits de cette  SVoD dont le lancement était initialement annoncé pour le 31 mars mais aussi sonfeuilleton montpelliérain annoncé pour l’été 2018 et déjà repoussé à la fin 2018 et qui a déjà coûté entre 5 et 8 millions d’euros, ça suffit.
Le projet de vendre le Siège du 15ème arrondissement de Paris (pour se faire du cash qui sera évidemment dépensé en deux coups de cuiller à pot) en imaginant pour la rentrée septembre des déménagements en cascades et des « open spaces » en pagaille (pour un coût exorbitant) - l’ex Orange a décidé de s’installer au 3ème étage au lieu 8ème près de « France info : » pour que chacun puisse la voir en permutant également nombre de services avec au bas mot, en ardoise estimée à 400.000 euros rien que pour enlever les cloisons et en déplacer d'autres auxquels s’ajouteront 150.000 euros de frais de mise à la déchetterie, ça aussi doit être stoppé…etc…
 
Et des « comme ça », il y en a à la pelle.
 
Le très riche dossier de 4 pages paru dans le n°3441 de l'Express pour la semaine du 14 au 20 juin 2017, intitulé "Delphine Ernotte en pleine tempête" (de la page 68 à 71 du magazine), pose clairement la question "Ernotte aura-t-elle les appuis pour continuer ?"
 
Nombre de connaisseurs de la télé publique indiquent quasi unanimement que poser la question c'est déjà y répondre !
 
Le maintien en l’état, n’est donc plus une option. La télé publique ne peut pas être un laboratoire où serait mené telle ou telle expérience. Les caprices de celle qui la mène tout droit, jour après jour, vers la faillite et l’explosion sur fond de procédures judiciaires, doivent être stoppés pour qu’il reste à l’entreprise une chance de se redresser.
 

(*) Il faut quand même oser, se vanter d’un résultat d’exploitation positif (8,8 M€ sur un budget de 3 milliards d’euros) alors que l’augmentation de la taxe Telco passée de 0,9% à 1,3% et les quelques millions de subsides complémentaires  pour près de 190M€sont intervenus tout comme une série d’effets d’aubaine exceptionnels, comme la cession à Canal Plus d’une partie des droits des JO de Rio !

Cour des Comptes

Les défis stratégiques que France Télévisions doit relever pour garantir la pérennité du service public de l’audiovisuel sont bien identifiés : le chantier de l’entreprise unique, qui est encore inabouti ; la révolution numérique, qui remet en cause de nombreux aspects du fonctionnement de l’entreprise ; son modèle économique, qui doit être revu ; enfin, ses missions de service public, qui font l’objet d’une définition hésitante. Pour être en mesure de poursuivre son développement, France Télévisions doit améliorer la performance et la rigueur de sa gestion, maîtriser ses charges et dégager des marges de manœuvre financière par des gains significatifs de productivité. Elle doit accélérer ses réformes, et notamment assurer l’intégration du numérique dans l’ensemble de l’entreprise. En outre, les déséquilibres financiers de la fin de période témoignent de la nécessité pour l’État de faire évoluer le modèle économique de France Télévisions et de consolider la trajectoire de ses recettes (redevance, publicité et valorisation des droits sur les contenus). En définitive, il s’agit de garantir la capacité du service public de l’audiovisuel à affirmer son identité dans l’univers toujours plus concurrentiel des médias et du numérique.

2 commentaires sur Delphine Ernotte sur le départ de France Télévisions? par Jean-Jacques Cordival

  1. La réforme de l’entreprise prétendue “commune”, est un gouffre financier. Pourquoi s’obstiner à poursuivre cette réforme, qui n’a rien donnée,
    jusqu’à présent ( Les Directions des chaînes sont encore présentes…)?

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