Denis Gautier-Sauvagnac: “La libre-concurrence doit être organisée”

La libre-concurrence doit-elle comporter des limites? Denis Gautier-Sauvagnac précise ici la doctrine de l'UIMM telle qu'il l'a pratiquée. On y attachera une importance essentielle car les propos de l'ancien président de l'UIMM donnent ici une bonne représentation de la doctrine sociale de cette branche qui a largement façonné le paysage social français.  

La libre-concurrence doit-elle être tempérée, régulée par les branches professionnelles? Nous livrons ici un moment-clé du long entretien que Denis Gautier-Sauvagnac a bien voulu nous accorder. Il restitue avec force et clarté la doctrine qui a structuré l'UIMM pendant de nombreuses années, et qui continue encore à la structurer. À travers elle, c'est l'ensemble du capitalisme français qui a trouvé sa forme.

Libre-concurrence et régulation sociale

C'est la doctrine du jardin à la française. La concurrence, oui, mais régulée! Sur ce point, les partenaires sociaux des branches jouent un rôle essentiel à travers deux leviers: les classifications prévues dans les conventions collectives, qui tentent de mettre les niveaux de qualification requis dans les postes de travail avec des niveaux de salaries, et les rémunérations minimales annuelles que les branches fixent pour chaque classe. 

À travers ces deux outils, les branches professionnelles tentent de fixer des salaires au-dessous desquels une entreprise ne peut descendre. L'objectif affiché est d'éviter la concurrence "fratricide" et déflationniste sur les salaires. On retrouve ici la thématique bien connue de la lutte contre le dumping social.

La régulation sociale est-elle efficace?

Nos lecteurs fidèles savent nos réserves sur l'efficacité de cette lutte contre le dumping social, pour au moins deux raisons. 

La première est que les rémunérations minimales sont largement influencées par les grandes entreprises lors de la négociation des accords de branche. Elles visent autant à protéger les salariés contre la concurrence, qu'à protéger les entreprises bénéficiaires d'une rente contre les nouveaux entrants sur le marché. Dans certaines branches, les grandes entreprises n'hésitent donc pas à négocier des avantages salariaux importants pour empêcher le développement des "petits acteurs" moins dotés qu'elles en fonds propres. Cette technique permet de diminuer la rentabilité des investissements initiaux lors de la création d'entreprise. C'est donc un frein majeur à l'innovation.

Une deuxième raison tient aux stratégies de contournement bien connues. Le secteur du transport en donne l'exemple flagrant. Des normes sociales élevées y ont poussé au travail détaché. 

Plus les avantages sociaux sont importants, plus l'activité de croissance est délocalisée. 

Sur ce point, le capitalisme français et ses acteurs sociaux manquent d'un débat ouvert.  

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