Derrière la manifestation, l’ombre du financement syndical

Temps de lecture : 3 minutes

Cet article a été lu 1082 fois

Officiellement, la manifestation d’aujourd’hui témoigne d’une division syndicale intense. Les uns sont réformistes et ne défilent pas, les autres sont contestataires et battent le pavé. Les uns ne veulent pas entendre parler d’inversion de la hiérarchie des normes, les autres la soutiennent. Mais derrière ces paravents de la discorde, se cache une entente plus profonde, une coalition d’intérêts où la division syndicale n’a plus sa place et qui tient en un mot: le financement des syndicats.

Une intersyndicale en pleine division

Il faut lire, dans les colonnes de la Tribune, la publication d’une lettre à Marisol Touraine signée par les cinq syndicats représentatifs au niveau interprofessionnel, pour comprendre quelle unité les organisations syndicales sont capables de trouver dès qu’il s’agit d’assurer leur financement. La lettre porte bien la signature de Philippe Martinez, de Laurent Berger, de Jean-Claude Mailly, de Philippe Louis et du tout nouvel élu de la CGC François Hommeril. On rêve? Non, c’est bien vrai! alors que les centrales se déchirent sur la loi Travail, elles font, dans l’ombre, leur unité sur une question énigmatique pour le grand public: l’application de la loi du 11 février 1950 sur les pratiques conventionnelles en matière de protection sociale complémentaire.

Qu’en termes élégants et pudiques ces choses-là sont dites!

Un étrange amour pour les très petites entreprises

Dans leur courrier, les organisations syndicales jouent un étrange rôle de composition: elles parlent au nom des très petites entreprises. C’est bien connu! les syndicats de salariés, en France, sont là pour défendre les patrons et les employeurs, rôle qui ne revient pas du tout aux organisations patronales.

Donc, dans l’intérêt des très petites entreprises, ces petites choses en sucre qui ont besoin de la CGT et de la CFDT pour exprimer leurs revendications, la bande des 5 demande à la ministre de préserver les désignations en prévoyance, c’est-à-dire l’interdiction faite aux très petites entreprises de choisir elle-même l’assureur qui couvrent les risques de leurs salariés. Dans l’intérêt des très petites entreprises, il faut que le choix de l’assureur revienne aux négociateurs de branche et non aux entrepreneurs eux-mêmes.

La question du financement occulte des syndicats au coeur du sujet

Bien sûr, ce sujet (qui pèse 30 milliards environ dans l’économie française) est présenté dans l’intérêt des entreprises. Et, comme toujours quand on entend un syndicat de salariés parler au nom des entreprises, il cache une affaire de gros sous.

Car les syndicats ne précisent pas que les accords de branche que leurs représentants négocient en prévoyance complémentaire profitent à peu près systématiquement à un cartel de groupes de protection sociale… gouvernés par les syndicats eux-mêmes et qui sont pour ceux-ci de superbes pompes à phynances. Autrement dit, les syndicats viennent de demander à Marisol Touraine de préserver un système (dénoncé par l’Autorité de la Concurrence comme attentatoire à la libre concurrence) censuré par le Conseil Constitutionnel parce que contraire à la liberté d’entreprendre, aux seules fins de garantir la continuité de leur financement.

L’exemple de la CGC

Prenons au hasard l’exemple de la CGC.

Que trouve-t-on sur le site de la confédération? Par exemple ce bandeau publicitaire:

manifestation

On voit y apparaître le logo de Réunica, filiale d’AG2R, qui finance les syndicats et assure la prévoyance du travail temporaire. Au passage, Réunica compte un concurrent qui s’appelle la MACIF, dont les dirigeants pourraient être étonnés de voir que la CGC utilise son influence pour favoriser un tel ou un tel sur le marché.

Sur le site de la Fédération de la Chimie, dont François Hommeril, président de la CGC est issu, on trouve ce bandeau publicitaire:

manifestation

Là encore, AG2R, Humanis et Klesia, sont autant de groupes de protection sociale qui profitent ordinairement des accords de branche pour ramasser la mise, en reversant des sommes substantielles aux organisations syndicales qui les désignent comme acteurs dans leur secteur.

Une fois de plus, les Français, et singulièrement les salariés français, sont pris pour des idiots par leurs chers syndicats. Officiellement, ceux-ci se déchirent sur la loi Travail. En coulisses, ils se retrouvent pour défendre un système qui les fait vivre. Au nom des petites entreprises, bien entendu.

Vous aimerez aussi :

print

2 commentaires sur Derrière la manifestation, l’ombre du financement syndical

  1. Bravo. Bravo. Enfin on parle des vrais faces cachées de la situation.
    Mais comment faire pour le faire savoir car jamais la télévision ne parlera clairement du “système syndical et du paritarisme à la française” qui est un véritable échec et coute fort cher à toute la population.

  2. Il est des réflexions qui peuvent aider à sortir des impasses.
    D’autres qui nous y enferment en reliant des sujets qui n’ont rien à voir… sous prétexte d’ éclairer l’ombre.
    Les faces cachées sont partout.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
Loi Travail: et maintenant, que vont-ils faire?

Après la manifestation de la Bastille, le gouvernement et les syndicats contestataires peuvent considérer qu’ils sont sur un match nul...

Fermer