Déserts médicaux : des consultations revalorisées de 10€ dans les zones rurales ?

Philippe Vigier, député UDI, a rendu jeudi 19 juillet, son rapport pour l’égal accès aux soins des Français. Un rapport de 180 pages qui contient de nombreuses propositions, certaines soutenues, d’autres plus contestées.

Malgré les alertes, les images, les grèves et les coups de force, la situation du milieu médical en France n’a pas changé. Les urgences sont toujours autant saturées, alors même que 19 000 postes dans les hôpitaux chercheraient encore preneur, et les déserts médicaux sont toujours présents.

Pour trouver une solution au deuxième point, les députés Philippe Vigier (UDI) et Alexandre Freschi (LREM) ont interrogés pas moins de 121 personnes et réalisés 30 auditions afin de conclure les travaux de la commission d’enquête sur l’égal accès aux soins des Français. Ce document remis, jeudi 19, contient 25 propositions, dont certaines pourront être qualifiées de musclées.

Bonus, bonus et bonus

Philippe Vigier jette un pavé dans la marre en s’attaquant à ce qui est considéré comme le nerf de la guerre : l’argent et donc la rémunération des praticiens. En somme, le député centriste propose de mettre sur pieds tout un arsenal d’incitations financières pour différents types de praticiens.

D’abord, ceux qui feraient le choix d’exercer dans les déserts médicaux verraient leurs consultations être revalorisées de 10€, portant le prix final à 35€. Ce bonus ne serait pas supporté par le patient mais par la Sécurité Sociale. Le député rappelle que « ce n’est pas un chèque à l’installation mais un chèque sur la durée. »  Il espère ainsi pérenniser ce système. 

Mais ces praticiens ne seraient, d’après le rapport, pas les seuls à obtenir quelques bonus. Les étudiants en médecine qui signeraient dès leur deuxième année de formation un contrat d’engagement civique qui les enverrait dans une zone « sous-dense » verraient leur allocation mensuelle passer de 1 200€ à 1 500€. 

De même, les médecins retraités qui reprendraient du service seraient exonérés de charges sociales. Enfin, Philippe Vigier veut aussi qu’il existe des incitations à l’installation en ville de praticiens hospitaliers étrangers. Un moyen de pourvoir les 19 000 postes manquants ?

La fin des ARS, de la liberté d’installation des libéraux et du Numerus Clausus ?

Mais la médaille a toujours un revers et Philippe Vigier propose aussi plusieurs suppressions qui pourraient améliorer la situation. Il propose, par exemple, la suppression simple des Agences Régionales de Santé qu’il accuse de plus être « dans le contrôle que dans l’organisation des soins. » Il estime que ces dernières doivent être mises sous tutelle des préfectures.

Philippe Vigier est aussi un défenseur de la manière forte et est connu pour souvent remettre en question la liberté d’installation des médecins libéraux. Si « certaines mesures peuvent être prises rapidement et d’autres sur de plus long terme », il estime aussi que tôt ou tard, « il faudra en venir à la régulation. »

Pour cela, il propose de mettre fin à cette liberté d’installation en généralisant le conventionnement sélectif des médecins libéraux. Cette proposition devrait les dissuader de s’installer dans des zones déjà bien pourvues. 

Dans les dix ans qui viennent, nous serons obligés de passer par une régulation si les choses ne bougent pas. Pour l’instant, nous considérons qu’il y a encore des pistes à explorer, mais c’est la dernière chance. Pour l’instant, nous considérons qu’il y a encore des pistes à explorer, mais c’est la dernière chance.

Philippe Vigier, rapporteur de la Commission d’enquête 

Il propose aussi de mettre fin au numerus clausus et de le remplacer par le numerus apertus. Au lieu dans le marbre et de façon préalable le nombre d’étudiants à former, ce dispositif permettrait de fonder ce nombre en prenant en compte les capacités réelles de formation des CHU. Philippe Vigier espère 20 à 30% d’étudiants formés par an. 

Logiquement, il faut aussi adapter les moyens mis en place. Pour cela, le député centriste veut revenir sur le système des internats régionaux. Il souhaite « faire sortir les internes des CHU » en développant les stages en ville, ce qui aurait aussi pour conséquence de réduire les frais des étudiants. Le nombre de maîtres de stage des universités est actuellement de 9 000. Philippe Vigier en voudrait « 12 000 ou 15 000. »

La carte de l’UFML-S fustigée

Bon nombre de propositions donc, qui devront être étudiées. Mais Philippe Vigier n’en reste pas moins collé à l’actualité. Dans son rapport, il glisse un tacle à l’UFML-S, l’Union française pour une médecine libre-syndicat, qui a publié une carte des zones de France où il est déconseillé de s’installer. 

Le syndicat fait figurer sur la carte  la commune de Cloyez-sur-le-Loir (Eure-et-Loir) où Philippe Vigier est maire. L’UFML-S explique que « Philippe Vigier (UDI) dit à qui veut l’entendre qu’il est pour la coercition. De par son attitude dogmatique et ses prises de position, cet élu est co-responsable de la baisse d’attractivité de nos professions et masque l’ échec de 30 ans de politique sanitaire qui a visé à écarter les médecins des décisions. La coercition renforcera les déserts alors que les médecins demandent à co-construire le système. »

On oubliera le probable conflit d’intérêt de ce pharmacien-biologiste directeur des laboratoires d’analyses médicales de Bonneval, Brou et Châteaudun … car un laboratoire sans prescripteur ne gagne pas d’argent !

UFML-S

Le député UDI répond en affirmant que «  les comportements comme celui-là incitent à la stigmatisation et ça n’est pas bien. Le courage aurait été de venir discuter avec nous, mais malheureusement le courage n’est pas toujours partagé. »

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Lire les articles précédents :
Les infections sexuellement transmissibles sont en recrudescence chez les 15/24 ans !

Prévenez vos jeunes !!! Les infections sexuellement transmissibles (IST/MST) ont triplé en quatre ans. C'est l’inquiétant cri d’alarme d'une récente étude de...

Fermer