Pourquoi un dossier spécial RSI?

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D&E consacre un dossier spécial de Nouvel An au Régime Social des Indépendants (RSI). Une bonne raison explique cet engagement particulier: le RSI forme une sorte de pli, ou de faille tectonique, dans la protection sociale en France. Au coeur du RSI, on trouve concentrées toutes les contradictions d’un système qui ne veut pas admettre qu’il est à bout de souffle.

Un dossier spécial sur le refus de la sécurité sociale

Une propagande inlassable fait croire que la sécurité sociale constitue le modèle le plus abouti de toute protection sociale dans le monde. Une analyse sommaire des faits permet de comprendre rapidement le contraire. Dès 1945, année de mise en place officielle de la sécurité sociale, les régimes spéciaux dominés par la CGT et les fonctionnaires s’excluaient minutieusement du “régime général” qui se mettait en place. En 1947, les cadres recréaient un régime interprofessionnel spécifique. En 1948, les indépendants (autant les professions libérales que les artisans et les commerçants) refusaient massivement leur entrée dans le système.

L’histoire de la France contemporaine est d’abord une histoire de la résistance à la Sécurité Sociale.

En 2005, le gouvernement Raffarin impose le RSI, préfiguration de l’absorption des indépendants dans le régime général. Les promoteurs de ce projet, les conseillers d’Etat et ministres Bas (aujourd’hui soutien de François Fillon) et Dutreil (aujourd’hui soutien de Macron), claironnent sans vergogne qu’ils achèvent l’oeuvre de 1945, élaborée par les conseillers d’Etat Laroque et Parodi. Le RSI est le produit d’une idéologie. Sa mise en oeuvre bâclée débouche sur une catastrophe sociale dont les médias subventionnés dissimulent largement l’ampleur.

En creux, le RSI s’affirme de mieux en mieux comme un retour de la résistance spontanée à la Sécurité Sociale.

Un dossier spécial sur la haine française de l’entreprise

Cette résistance nouvelle à la Sécurité Sociale ne vient pas de nulle part. Aucun salarié français n’accepterait les conditions faites par le RSI. Avec des taux de cotisations équivalents à 50% des revenus, auxquels il faut ajouter l’impôt sur le revenu, le RSI révèle le véritable prix de la protection sociale en France, que les cotisations patronales cachent aux salariés. Le “bénéficiaire” du RSI n’a, pour sa part, aucun bosquet, aucun arbre, pour cacher son ombre sociale. Avec le RSI, l’indépendant qui veut gagner 2.000€ nets par mois (avant impôt), doit dégager au moins 60.000 euros d’excédent brut d’exploitation.

Peu de Français ont conscience de ces distorsions, qui révèlent la véritable contribution des entreprises à la protection de tous les Français. La protection des assurés sociaux s’exerce au moyen d’une pression colossale sur les marges de l’activité économique, qui sont autant de freins à la compétitivité de notre économie. Faute d’en prendre conscience, la nation tout entière sombre d’année en année dans une stagnation dangereuse pour l’avenir.

Un dossier spécial sur le mal governo

Mais le plus significatif dans le désastre RSI, c’est probablement l’excellente illustration qu’il constitue du mal governo français.

Premier point: en 2005, le gouvernement n’entend pas fusionner les régimes spéciaux. Il n’entend pas non plus intégrer les fonctionnaires dans le régime général. Il se focalise sur les indépendants, qui sont probablement ceux qui entrent le moins facilement dans ce système, puisque leurs revenus sont irréguliers et qu’ils forment la population la mieux à même d’assumer librement leur protection sociale. Pourquoi avoir commencé par le plus complexe?

Parce que le gouvernement Raffarin (comme beaucoup d’autres, au demeurant) a peur des mouvements sociaux de fonctionnaires ou de cheminots, mais il sait que les indépendants ne peuvent se payer le luxe de descendre dans la rue. Une fois de plus, une prime est donnée à ceux qui “gueulent” le plus fort, au détriment du bon sens et de l’intérêt général.

Deuxième point: en 2005, la mise en place du RSI est bâclée avec une préparation technique insuffisante. Très vite, le désastre arrive: données perdues, grand désordre administratif, impréparation totale des services concernés. Là encore, le mal governo français frappe: une caste de technocrates devenus ministres se fait plaisir en prenant des décisions hors sol, sans s’occuper de leur efficacité ou de leur concrétisation.

Troisième point: cette caste de technocrates veut transformer le pays en un jardin à la française. Là où existe des différences de fonctionnement, de traitement, de problématiques, on ne veut plus voir qu’une seule tête. Dans le cas du RSI, le phénomène est criant: on impose à des gens qui n’ont pas de salaire de rentrer coûte-que-coûte dans un système inventé pour les salariés.

La balle est dans le camp des entrepreneurs

Désormais, le destin est entre les mains des entrepreneurs. Libre à eux de se mobiliser ou non.

S’ils ne se mobilisent pas, leur destin est connu: ils subiront chaque année le choc d’un peu plus de réglementations et de normes imposées au gouvernement par les lobbys des grands groupes dont le profit diminue tendanciellement. Ceux-ci ont besoin d’étouffer la concurrence des petits pour préserver tant qu’ils le peuvent les marges qui leur restent.

S’ils se mobilisent, ils disposent d’un champ rêvé (le pouvoir politique étant plus affaibli que jamais) pour inverser la courbe bureaucratique et obtenir les mesures salutaires pour le renouveau entrepreneurial français.

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2 commentaires sur Pourquoi un dossier spécial RSI?

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