Europe au bord de la crise de nerf*

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Les Britanniques discutent du Brexit avec le président du Conseil européen, Donald Tusk. Soit le R.U. obtient satisfaction, et c’est l’Union Européenne qui est détricotée (entraves sociales à la circulation des personnes, véto contre le fédéralisme, contraintes sur la zone euro). Soit le R.U. quitte l’U.E. Donald Tusk, en tant que Polonais (Cachoube pour être précis), peut comprendre que des concessions remettraient en cause la protection sociale des 2 millions de Polonais qui ont émigré dans les îles britanniques.

Entre 2 maux, la France a intérêt à bloquer les demandes du R.U., puisque sans l’UE, la France ne tiendrait pas financièrement (une monnaie nationale serait dévaluée, et les taux d’intérêt exploseraient). Mais la France est rentrée en campagne présidentielle (postulants aux primaires, déclarations de candidatures, gouvernement de rassemblement de premier tour). Elle ira donc à l’introversion plutôt qu’à la résolution des conflits extérieurs dans lesquels le Président français l’a embarquée.

L’anniversaire de Verdun rappelle que les Allemands ont des habitudes impérialistes. Ils ont aussi leurs paix séparées**. Jean-Marc Ayrault est content d’être à Munich. Chamberlain et Daladier aussi étaient soulagés de ne pas avoir à arrêter l’expansionnisme pangermanique. La foule les a même félicités (sauf Winston Churchill qui a prédit le déshonneur et la guerre). A son retour de Munich, Jean-Marc Ayrault pourra s’occuper de déloger Fabius qui a gardé un bureau au quai d’Orsay, au titre de sa présidence de la COP 21.

Les relations avec la Russie se compliquent encore (embargos, conflit ukrainien, guerre en Syrie, tension affichée entre Medvedev et Valls). La terminologie s’extrémise : hyper-terrorisme de Manuel Valls, retour de la guerre froide de Dmitri Medvedev.

Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense à temps partiel, n’a pas été convié à l’accord de « cessation des hostilités » en Syrie. La France s’est engagée en guerre avec pour objectif de renverser le régime de Bachar El-Assad. Or, la Russie a pris l’offensive, soutenant le régime loyal qui reprend du terrain. La Turquie s’attaque au Kurdes sur le territoire syrien, et s’allie avec l’Arabie saoudite (le régime de Riyad est soupçonné d’abriter des soutiens à Al-Qaïda, au Front al-Nosra et à l’État islamique/Daech). Les USA, partenaires historiques de la famille wahhabite, ne fera rien directement contre l’Arabie, ses financements du terrorisme et maintenant ses interventions militaires dans la région.

Certains pays nordiques, habituellement accueillants, ferment leurs portes aux réfugiés. Les pays de l’ancien empire austro-hongrois disent également non*** (l’invasion des ottomans a laissé des souvenirs vivaces).

Les flots migratoires ne faibliront pas avec un printemps arabe qui a mal tourné, des migrations climatiques, et une situation au Proche-Orient de plus en plus explosive.

La finance est menacée

La BCE n’est plus guère crédible, et de nouvelles munitions (accepter des crédits privés en garantie contre de la liquidité) seraient très risquées. Si David Cameron gagne l’option d’interférer sur la vie de l’euro, il le fera au profit de la livre. Joeren Dijsselbloem (Eurogroup) et Mario Draghi (BCE) devront donc tenir compte des avis d’une monnaie concurrente.

La première digue de la zone est la Grèce, qui rechute (la finance replonge dans les abysses et les vagues migratoires s’accumulent), telle Perséphone vers le Styx d’Hadès, mais sans espoir de remonter vers Déméter au printemps. La 2ème digue contre la vague spéculative est en train de céder. Les taux remontent au Portugal et en Espagne, les banques italiennes subissent les tempêtes (comme Monte dei Paschi di Siena), et même Deutsche Bank souffre. On le sait, la prochaine digue est la France. L’Allemagne rapatrie son or, se préparant à contempler la chute du Rhin.

* D’après « Mujeres al borde de un ataque de nervios », film de Pedro Almodóvar

**Pacte germano-sovietique d’août 1939 entre Joachim von Ribbentrop et Viatcheslav Molotov.

*** Ou plutôt : Nein, Ne ou Nem, selon les pays.

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