Face au modèle rhénan, le capitalisme ligérien de l’UIMM

On oppose souvent le modèle rhénan et le modèle anglo-saxon de capitalisme. Le modèle rhénan est supposé se fonder sur un dialogue social avancé et sur l'investissement à long terme, alors que le modèle anglo-saxon vise une rentabilité à court terme en s'embarrassant de faibles protections pour les salariés. On ignore trop souvent que la France a développé un modèle alternatif, celui du capitalisme de la Loire, dont l'UIMM a porté la formalisation et la théorisation les mieux aboutis. 

La France est-elle sommée de choisir entre deux modèles de capitalisme, l'un rhénan, l'autre anglo-saxon? En réalité, au fil des ans, et sous l'impulsion de l'historique Comité des Forges, s'est développé un modèle ligérien de capitalisme, puisque la Loire est une frontière aussi importante que le Rhin. Ce modèle ligérien repose sur plusieurs caractéristiques majeures, qu'on ne retrouve ni en Allemagne, ni dans les pays anglo-saxons. 

Ce modèle est largement dû à l'apport historique de l'UIMM.

L'invention de "l'étage inter-professionnel"

Première différence majeure entre le modèle français et les autres pays: la négociation interprofessionnelle. Sauf dans des cas très ponctuels, aucun grand pays industrialisé ne pratique la négociation collective à un niveau national et transversal entre toutes les branches d'activité.

En Allemagne, les branches sont toutes puissantes dès lors qu'il s'agit de négocier des normes applicables à plusieurs entreprises. Dans les pays anglo-saxons, les entreprises sont très autonomes. 

C'est une spécificité française que d'avoir un code du travail intrusif doublé par des négociations entre partenaires sociaux qui sont souvent des préalables à la loi. 

L'immixtion systématique de l'État

Autre caractéristique française: l'intervention régulière de l'État dans la négociation collective. Dans la pratique, le paritarisme à la française est un paritarisme à trois: entre salariés, patrons et État. Cette intervention de la sphère publique tranche avec la logique rhénane où l'intervention de l'État est prohibée par la déclaration de 1949.

Ce particularisme français explique que de nombreuses fédérations patronales soient présidées par de hauts fonctionnaires. En son temps, Denis Gautier-Sauvagnac, inspecteur général des finances, côtoyait Gérard de la Martinière, président de la Fédération des Sociétés d'Assurance, lui-même IGF, Michel Pébereau, président de la Fédération Française de Banques, IGF et camarade de promotion, ainsi que Jacques Creyssel, directeur général du MEDEF et administrateur civil. 

Cette domination du monde patronal par des fonctionnaires est une autre particularité française. 

La culture de la conflictualité dans l'entreprise

Héritage direct de la Charte d'Amiens de 1906 (deux ans après la création de l'UIMM...), le rejet de la négociation d'entreprise par les organisations syndicales de salariés hante le capitalisme français. Il se traduit encore aujourd'hui par une préférence pour la branche ou pour le niveau interprofessionnel et par une méfiance profonde pour la négociation d'entreprise. 

Denis Gautier-Sauvagnac explique assez bien les raisons patronales de partager cette culture consistant à éviter la négociation d'entreprise. Les ordonnances Macron devraient briser ce tabou en permettant à toutes les entreprises de négocier. 

La généralisation de la couverture conventionnelle

Dans cette logique profonde, la France est le pays industrialisé qui veille à couvrir le mieux possible ses salariés par des conventions collectives. Le taux de couverture est deux fois plus important en France qu'en Allemagne. Il illustre la tradition corporatiste française. 

Sur ce point, les réformes Macron ne devraient pas modifier l'existant. 

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