Faut-il vendre les Parisiens?

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Vendre les Parisiens? Le maire adjoint d’Urrugne (petite commune du pays basque), accessoirement chef d’entreprise, Didier Picot, le préconise dans un ouvrage qu’il vient de publier aux Editions Sala (220 pages). Il a accepté de nous présenter son ouvrage dans une interview qui appelle quelques remarques de fond:

Les Parisiens et la décentralisation

De façon assez étonnante, plus de trente ans après les premières vagues de décentralisation, la France n’est pas sortie de sa critique contre la centralisation parisienne et jacobine. De toutes parts, d’ailleurs, les dénonciations de ce jacobinisme fusent en ce moment, comme si l’explosion des dépenses publiques émanant des collectivités locales et le principe de libre administration de ces collectivités depuis 30 ans donnait lieu à un constat “en creux” d’échec total.

Les Parisiens, une nouvelle aristocratie?

On voit bien que, derrière cette critique des Parisiens, c’est la remise en cause des élites françaises qui pointe le bout du nez. Longtemps retenue ou taboue, cette remise en cause est désormais assumée par des “insiders” comme Didier Picot, même si elle passe par une territorialisation de leur rôle. Il fut une époque pas si lointaine où un livre de ce genre aurait promis à la dissidence. Le fait que des élus locaux, chefs d’entreprise issus des grandes écoles parisiennes reprennent à leur compte ces critiques en dit long sur la dégradation du climat au sein du pays, et sur la perte rapide de légitimité de nos institutions.

Parisiens ou gouvernement profond?

Les lecteurs de ce blog connaissent mes positions de fond sur le sujet. De mon point de vue, la critique du jacobinisme est un faux problème: la France est décentralisée depuis les années 80, et le “girondisme” en vigueur depuis cette époque dévoile de plus en plus non seulement ses limites, mais même sa haute toxicité pour l’ensemble du pays.

Le sujet, de mon point de vue, ne porte pas sur le prétendu jacobinisme français (dont on voit à l’usage qu’il est beaucoup plus protecteur de l’intérêt général que le girondisme), mais sur la réaction nobiliaire qui crispe le gouvernement profond sur la défense de ses intérêts immédiats. Ce que Didier Picot appelle “les Parisiens”, je l’appelle plus volontiers le gouvernement profond, c’est-à-dire cette hyper-structure qui exerce effectivement le pouvoir en dehors des institutions dont c’est la mission officielle.

Le gouvernement profond peut être constitué de Parisiens, mais il n’englobe pas tous les Parisiens, et ne se résume pas aux Parisiens. En fait, Didier Picot commet ici une synecdoque…

Le régime vacille

On notera que, structurellement, la dénonciation de ce système progresse et qu’une correction brutale dans les prochaines années est d’autant moins à exclure qu’elle est prônée par des “insiders” dont le rôle traditionnel consiste plutôt à défendre le pouvoir en place.

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A propos Éric Verhaeghe 148 Articles
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