Fillongate ou gouvernement partial du parquet national financier?

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À ce stade, une certitude est acquise: le “Fillongate” est un séisme politique, une sorte de stigmate porté par l’ancien monde qui percute de front, après l’avoir si longtemps méprisé et ignoré, le nouveau. Et soudain, faire travailler sa famille, s’échanger des missions et des ascenseurs entre amis, devient un handicap, quand, au vingtième siècle, c’était une méthode incontournable pour réussir.

Que n’ai-je entendu, sur ce blog, comme reproche de populisme, de démagogie, de colportage de ragots, chaque fois que j’ai incriminé ce système de petits marquis qui, connivents, se partagent le pouvoir en se tenant par la barbichette? Que n’ai-je entendu, au sein même de l’entourage actuel de François Fillon, comme récrimination sur le mode du: “tu devrais arrêter de parler de ces choses-là! tu parles comme un bolchevik!”, et combien de regards qui se détournent quand ils vous croisent (si, si, j’ai les noms!) parce qu’ils trouvaient vulgaires et scandaleux de les avoir mis en garde contre des pratiques maladives que l’opinion publique n’accepte plus?

Et patatras, le système des petits marquis s’est pris le mur. Je ne trouve pas de larme pour pleurer leurs malheurs, à vrai dire.

Le Fillongate, ou le dernier avertissement avant la fin d’un monde

L’erreur serait de croire que le séisme ne touche et ne touchera que le camp de François Fillon. On pense ici, en particulier, à ceux qui commencent à donner des leçons de morale publique alors qu’ils sont très loin d’être exemplaires. Le même sort les guette.

On pense d’abord à la famille Le Pen pour qui le Front National relève plus du patrimoine familial que de l’action collective. Au moins, au Front National, on ne risque pas de découvrir des secrets ahurissants sur les jobs de famille. Le père a cédé le parti à sa fille au vu et au su de tout le monde (et dans la douleur que tout le monde connaît), la nièce est dans les parages, et les rajoutures ont des postes et des mandats. Tout ceci est transparent au fond… jusqu’au jour où ce système lassera et deviendra un boulet.

On pense aussi à Benoît Hamon, dont l’épouse est cadre dirigeante au secrétariat général de LVMH. Va-t-on lui demander, à lui aussi, de la transparence sur ses relations personnelles et sur d’éventuels conflits d’intérêt?

On pense aussi à Emmanuel Macron, dont la vie privée fait jaser, et qui ne pourra éternellement s’exonérer de transparence sur le sujet.

On pense aussi à Yannick Jadot, qui commence à donner des leçons bien maladroites de déontologie à François Fillon. Mais si on parlait du financement des Verts?

Tous ceux-là auraient bien tort de croire que l’affaire Fillon ne franchira pas leur mur…

La délicate question de l’impartialité du Parquet

Une autre question liée au Fillongate pend au nez du gouvernement et de nos institutions. C’est évidemment celle de l’indépendance du Parquet, et tout spécialement de l’indépendance du parquet financier. Voilà quand même une institution créée par François Hollande, confiée à Eliane Houlette dont le nom fut suggéré par Christiane Taubira.

Depuis sa nomination, Eliane s’est payée tout un tas de gens de droite (Guéant, Dassault), pas forcément honorables au demeurant. Mais, en dehors de Cahuzac (dont les turpitudes furent révélées par la presse), on reste sur sa faim quand il s’agit de la gauche.

En 2016, Eliane Houlette a ouvert deux informations judiciaires sur Marine Le Pen.

En 2017, elle fait preuve de diligence sur l’affaire Fillon.

Et les affaires Macron, alors? rien? rien à redire aux 120.000€ de frais de réception qui auraient pu n’être pas utilisés de façon orthodoxe?

On ne peut inférer aujourd’hui des faits évoqués qu’il existerait un deux poids deux mesures objectifs. En revanche, le parquet national financier, qui reste aux ordres de la Chancellerie, ne peut ignorer la doctrine de l’apparence subjective d’impartialité qui prévaut dans le droit européen.

En ouvrant une information judiciaire pendant la campagne électorale contre deux candidats de droite, et en manifestant une plus grande passivité sur des affaires touchant à un candidat de gauche, le Parquet National Financier, dans le meilleur des cas, donne le sentiment de céder à la tentation du gouvernement des juges. Dans le pire des cas, il dresse un plaidoyer en profondeur pour une réforme systémique du Parquet.

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5 commentaires sur Fillongate ou gouvernement partial du parquet national financier?

  1. Il est une évidence que ça “truc” est un outil totalement soumis au pouvoir …
    Mais les rouges ont dû soucis à se faire quand ce même truc sera soumis à la droite !!
    Les mises en examen vont pleuvoir à gauche !
    Hollande et son ISF, Bartolone et sa famille, Hamon et LVMH etc.
    Ce truc est malsain depuis sa création….

    • Vous prenez les magistrats pour qui ? Le seul constat que l’on peut faire est que c’est ainsi qu’ils essaieraient de manipuler la Justice, s’il avaient le pouvoir, n’imaginant pas que la considération que l’on peut avoir pour la Justice découle de la probité dont font preuve les juges. Pour le reste, des élucubrations narcissiques…..

  2. Au-delà du contenu de l’article ci-dessus et de toutes les réactions et commentaires déjà parus et à paraître sur tous les médias divers et variés
    l’une de mes conclusions pourrait être que cette affaire est encore l’un des révélateurs des agissements d’un monde ( celui des élites politiques , bancaires , financières ) qui a
    depuis plus de trente ans maintenant , déclaré la guerre économique et sociale aux masses ( plus ou moins prolétaires ) , en s’octroyant droits et largesses les moins acceptables , avec pour finalité la spoliation , le “démontage planifié” du modèle de société , l’assèchement économique , qui vont concourir à nous mener vers le chaos le plus élargi .
    La gauche , intellectuellement décérébrée , n’étant pas la dernière à participer à cette démoniaque orgie de casse .
    L’un des drames de cette triste période , et de ses conséquences à venir , sera , qu’en cas de clash généralisé , ces pauvres et tristes têtes de linotte , au raisonnement aussi long que leur nez , auront eux aussi les deux pieds dans la fange , tout en devenant des cibles privilégiées pour les plus revanchards des exclus du festin !
    Comme beaucoup d’entre eux se sont empressés d’oublier l’histoire de ce pays , et surtout celle des périodes les plus noires qu’il a traversé , rappelons simplement si on le peut, que “l’histoire est un balancier ” .
    Dont acte !

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