Fin de la neutralité du Net : comment le dernier média libre est en train de mourir

Donald Trump continue de mettre en place sa politique de déréglementation. Cette dernière doit d’ailleurs prévaloir dans tous les domaines. C’est comme ça que ce jeudi 14 décembre 2017, les Etats-Unis ont mis fin à la neutralité du Net, principe qui permettait l’égale vitesse d’affichage des contenus qu’ils soient produits par un géant du web ou une start-up. Reste maintenant à comprendre quelles seront les conséquences de cette mesure. 

Parmi les sujets qui peuvent fortement agacer les internautes se trouve celui sur la neutralité du Net. Et ça, l’agence fédérale américaine n’y était pas préparée. Le New York Times a rapporté que plus de 200 000 appels téléphoniques ont été envoyés au Congrès de même que 500 000 commentaires ont été déposés sur le site web de l’agence en seulement quelques heures. Un record. 

La neutralité du Net, qu’est ce que c’est ?

Il s’agit là de l’un des principes fondateurs du web. Ce dernier veut que tous les contenus mis en ligne, quelle que soit leur nature, leur teneur, soient traités de la même manière sans discrimination. Ainsi, un fournisseur d’accès internet n’avait légalement pas le droit de transporter des flux de données provenant d’un service plus rapidement qu’un autre. De même, bloquer l’accès à un site ou certains types de contenus est aussi interdit. 

Trump, la déréglementation à tous prix 

Ce jeudi, la Commission fédérale des communications est donc revenue sur une réglementation en vigueur depuis 2015 et l’ère Obama. Désormais, les opérateurs peuvent théoriquement moduler la vitesse de débit internet à leur guise.

Pour Donald Trump et ses soutiens, il s’agit d’une « aide aux consommateurs qui permettra la concurrence ». En fait, ils estiment que le contribuable sera bénéficiaire de cet internet nouvelle formule car il favorisera la concurrence entre les opérateurs. Ces derniers seront obligés de proposer des offres plus intéressantes les unes que les autres pour s’offrir des parts de marchés. 

Un internet à deux vitesses

Seulement, c’est un point de vue qui est difficilement défendable car il fait craindre une concurrence factice et la fin de l’internet libre. En clair, il est fort probable que les fournisseurs d’accès répercutent les prix qu’ils sont obligés de payer pour obtenir les meilleurs supports physiques afin de transmettre les données, sur les prix des abonnements. 

De même, ces derniers pourront proposer des packs qui iront du minimaliste n’offrant que peu de possibilités, des packs intermédiaires où certaines applications seraient négligées au profit d’autres, et des packs illimités que seuls les plus fortunés pourront s’acheter. 

Pour ce qui est de la concurrence, on a là aussi du mal à y croire. Clairement, une start-up qui souhaite faire profiter d’une offre intéressante n’aura que peu de visibilité du fait qu’elle ne puisse pas s’offrir les moyens physique optimaux de transmettre son contenu. Les géants eux, pourront à loisir former quelques alliances histoire de conserver leur monopole, et racheter le moindre concurrent qui viendrait leur faire de l’ombre. 

Il faut aussi savoir que les plus gros fournisseurs d’accès internet sont aussi producteurs de contenus. ComCast possède NBCUniversal et AT&T est en train de racheter Time Warner. Clairement, les contenus de ces deux studios seront avantagés. Et là, c’est le risque de censure politique qui plane, puisque le gouvernement américain, bien en cheville avec les lobbys, pourra demander à ce que toute pensée dissidente soit passée sous silence. 

On voit déjà venir les slogans des opérateurs, qui proposeront au consommateur de retrouver une liberté totale sur le Net pour seulement 500 dollars…

L’enjeu n’est pas que des contenus risquent d’être bloqués. C’est que des millions d’Américains se trouvent en marge, du fait de prix trop élevés. Nous devons donner aux opérateurs les moyens d’investir de nouveau.

Ajit Pai, président de la Commission fédérale des communications

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