FO, le contestataire contesté (et sénescent) du syndicalisme français

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FO (Force Ouvrière) est née en 1947 d’une scission avec la CGT, jugée à l’époque trop proche de Moscou. La Confédération de l’avenue du Maine fait bien son âge: vieillie, sclérosée dans la posture faussement contestataire de son secrétaire général, elle devrait beaucoup souffrir dans les mois à venir des nouveaux calculs en matière de représentativité.

FO, syndicat contestataire ou frondeur?

Ils en font des gorges chaudes, les autres syndicalistes. Que ce soit à la CGT ou à la CFDT (régulièrement ciblée sur le terrain par les attaques de FO), la stratégie frontale de Jean-Claude Mailly devrait faire perdre des plumes à sa confédération. Certains chuchotent même que la représentativité de la confédération dans le secteur privé serait en jeu, surtout si les élections actuellement en cours dans les TPE devaient se solder par une déroute pour FO.

Il faut dire que la stratégie de Jean-Claude Mailly n’est pas limpide. L’intéressé est proche du Parti Socialiste, et son attitude durant le débat sur la loi Travail est plus apparue comme un jeu croisé avec les frondeurs qu’une opposition franche du collier à la loi. La cohérence idéologique de FO est en effet loin d’être claire, à l’image des forces hétéroclites qui s’y rassemblent. De notoriété publique, FO est le syndicat le mieux infiltré par le Front National, mais aussi par les mouvements trotskystes. Ce mélange explosif est tout sauf simple à manier.

Jean-Claude Mailly tarde à passer la main

Dans cet ensemble complexe, Jean-Claude Mailly tarde à passer la main. Son départ était prévu pour 2015, mais n’a finalement pas eu lieu. Ah! qu’il est doux de se penser indispensable. Cette année-là, au 23è congrès du syndicat, Mailly avait prononcé un discours d’une heure et demi, façon Fidel Castro. Il avait préconisé de se “radicaliser” contre le capitalisme.

Incidemment, Mailly a préparé sa succession en écartant Stéphane Lardy (habitué aux compromis avec le patronat et récompensé pour ses services par une nomination à l’IGAS) et en mettant Pascal Pavageau sur les rails.

Le jeu compliqué de FO dans la fonction publique

Les difficultés de FO ne proviennent pas seulement du vieillissement manifeste de son équipe de direction. La confédération souffre d’une autre tare: le poids exorbitant des fonctionnaires dans ses rangs, qui étouffent l’expression des intérêts propres au secteur privé, pourtant très majoritaire en France. Structurellement, FO tient son influence de sa représentativité dans la fonction publique (où FO est crédité de près de 18% des voix, derrière la CGT et la CFDT).

Le spectacle que FO donne dans la sphère publique n’est pas toujours très ragoûtant. L’une des caricatures de cette dérive est régulièrement moquée à Marseille, où le syndicat gère la ville main dans la main avec le maire Jean-Claude Gaudin depuis de nombreuses années. Cette situation étrange agace ouvertement l’opposition socialiste locale.

Des dérives aussi dans le secteur privé

Mais la stratégie de FO dans le secteur privé n’inspire pas plus de confiance. Faute de militants cotisants, la confédération multiplie les artifices pour maintenir un train de vie très supérieure à la réalité de ses adhésions.

Ainsi, FO ne manque pas une occasion de vanter les bienfaits du paritarisme du gestion et invoque à tout bout de champ la solidarité pour justifier des pratiques désormais censurées par le Conseil Constitutionnel (notamment dans le domaine des désignations en protection sociale complémentaire). Pour de nombreuses fédérations et branches professionnelles, cette pratique consiste généralement à imposer un assureur aux tarifs élevés, mais qui rétrocèdent sous une forme ou sous une autre, une partie des bénéfices aux organisations syndicales qui le désignent.

Cette dérive avait d’ailleurs atteint de telles proportions que, dans la branche des pharmacies d’officine, la CFDT avait attaqué en justice la désignation de Klesia (présidée par FO…).

Le cas emblématique de l’hôtellerie-restauration

Dans ce registre, le bouillonnement qui entoure actuellement la fédération FO de l’agro-alimentaire constitue un énième épisode illustrant les dérives de la confédération.

FO adore parler, à tout bout de champ, de la solidarité comme rempart aux méfaits du libéralisme. Mais un certain nombre de salariés ont découvert médusés que la complémentaire santé de la branche de la restauration, dont FO est l’un des piliers et farouches défenseurs, avait pu, en juillet 2015, baisser ses tarifs de 32 à 28 euros mensuels sans rien modifier à ses garanties. L’aveu était fait qu’une marge de 15% au moins se constituait sur le dos des salariés… marge qu’une saine concurrence permet désormais de transformer en pouvoir d’achat pour les salariés, grâce à la baisse des tarifs.

Dans ce contexte, le secrétaire de la fédération de l’agro-alimentaire vient de démentir les rumeurs d’enrichissement personnel qui circulent dans les rangs de sa base.

Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume de la solidarité?

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