La France insoumise survivra-t-elle à Mélenchon?

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Mon interview par Atlantico sur la situation de Mélenchon.

Si Jean Luc Mélenchon n’emportait pas cette élection présidentielle, et dans le cas où il ne se représenterait pas en 2022, quel avenir peut-on imaginer pour le capital accumulé par le candidat de la France Insoumise ?

Vous posez l’éternel problème des courants de pensée sans parti politique, ce qui correspond au choix initial de Mélenchon de se couper à la fois du parti communiste et du parti socialiste. C’est une forme de césarisme de gauche qui s’organise autour de ce tribun hors pair, mais qui a toujours maltraité les appareils politiques à force de vouloir en tirer le meilleur parti. N’oublions pas qu’à une époque Mélenchon fut le leader de la gauche socialiste, au sein du Parti Socialiste, aux côtés de Dray. Ce dernier a su s’assagir et se rattraper aux branches du hollandisme. Mélenchon a fait, pour sa part, le choix de la rupture après une allégeance à Mitterrand dans les années 80. Les deux hommes ont donc, à certains égards, des parcours inversés. Et c’est bien le paradoxe Mélenchon qui est à l’oeuvre. Le bonhomme adore parler d’action collective, de construction révolutionnaire, de mouvement social, mais il est le plus bonapartiste de tout le paysage français, en ce sens qu’en dehors de lui son mouvement n’existe pas. Sur ce point, il a perdu l’an dernier son âme damnée François Delapierre, décédé prématurément et qui était le seul, parce qu’il “pensait Mélenchon” avec lucidité, à pouvoir donner vie au mouvement après le départ du chef. Ceux qui suivent, les Corbière, les Coquerel, les Autain, e sont pas calibrés pour lui succéder et sont de toute façon trop opportunistes pour faire vivre un mouvement durable. On ne tardera pas à la voir. On assistera donc progressivement à la dilapidation des acquis mélenchoniens.

N’y a–t-il pas un risque qu’il se passe à terme la même chose que pour François Bayrou en 2007 ? A savoir une forte baisse dans son électorat ?

​Exactement! C’est toute la difficulté, redisons-le, d’un mouvement politique taillé autour des hommes et des femmes et non autour des idées. Les personnalités expriment à un moment, avec leur charisme personnel, une sorte de veine naturelle dans l’opinion publique. De même qu’il existe une sensibilité démocrate chrétienne en France que Bayrou a su exprimer un moment, il existe une veine révolutionnaire plutôt jacobine en France que Mélenchon incarne aujourd’hui mais qu’il n’incarnera plus demain car son moment sera passé. C’est en ce sens que les partis politiques participent de la démocratie. Par leur existence, par leur structuration, ils pérennisent des expressions politiques en dehors des gens qui les forment, et leur durée de vie est bien le signe que les idées survivent aux gens qui les portent. Ce n’est pas pour cette raison que les partis sont éternels. L’opinion publique évolue et elle rebat régulièrement les cartes, ce qui oblige à repenser les partis en question. Il n’en reste pas moins que, au-delà de leurs responsables, les partis subsistent, même si on peut noter la difficulté pour eux d’exister durablement en dehors des clivages historiques. Le Front National est le seul parti qui puisse aujourd’hui se targuer d’avoir bousculer le jeu du PS et des Républicains pendant plusieurs décennies.

Pourrait-il y avoir une porte ouverte au Parti Socialiste pour occuper cet espace plus à gauche ?

​N’oublions pas que Mélenchon est issu du PS. Il y dirigeait la gauche socialiste avec Julien Dray et quelques autres, dont la majorité s’est raccrochée opportunément aux branches du hollandisme. Il y côtoyait Gérard Filoche, qui est resté au PS, trop conscient des risques que présentait une aventure à la Mélenchon. Certains se souviendront même qu’au tournant des années 2000, Emmanuelli et Mélenchon avaient songé quitter le pays pour créer un nouveau parti ou un nouveau mouvement. Finalement, seul Mélenchon a choisi, plusieurs années après, de tester cette aventure. Il ne serait donc pas absurde que certains des “insoumis” actuels reviennent au bercail une fois le gourou parti. Certains y pensent probablement et ont très vraisemblablement commencé à poser quelques fondamentaux en ce sens. La question se posera en effet très vite après les élections: comment continuer un mouvement après Mélenchon si Mélenchon perd. La question sera posé avec d’autant plus d’acuité si Mélenchon fait un score décevant. En revanche, s’il crée la surprise au premier tour (ce qui n’est pas exclu), les données du problème seront très différentes et une dynamique nouvelle risque bien de submerger le parti socialiste.

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