France Télé : une mort programmée ?

Temps de lecture : 9 minutes

Cet article a été lu 1172 fois

Cet article provient du site du syndicat CGC Médias.

A  France Télé, l’avis négatif du Sénat sur le COM qui vient en écho au rapport de la Cour des comptes qui qualifie à juste titre “d’impasse financière” la situation du groupe de télé public, on s’en tamponne le coquillard.

La Cour qui s’alarme dans son rapport de 222 pages de “La dégradation inquiétante de la trésorerie” et écrit entre autre, page 38 au chapitre III “Un retour à l’équilibre financier incertain.

Confronté à la diminution graduelle et non anticipée de ses recettes et dans l’incapacité de diminuer rapidement ses dépenses (cf. infra),France Télévisions a progressivement vu sa situation se dégrader au point d’afficher des pertes comptables très lourdes dès la fin de l’exercice 2013 (résultat d’exploitation de – 57,2 M€ et résultat net de – 84,6 M€).  Si le résultat net comptable est revenu à l’équilibre en 2015, le déficit d’exploitation demeure encore très significatif (- 30,1 M€), témoignant de fragilités structurelles majeures.

Cette évolution a mécaniquement eu des conséquences très importantes sur la trésorerie du groupe : en six années, cette dernière s’est dégradée de 132 M€, conduisant ainsi l’entreprise à devoir faire face à un besoin de liquidités de 19 M€ à fin 2015.

Les incertitudes liées au coût de la nouvelle chaîne d’information en continu, et, de manière plus générale, la faible capacité de l’entreprise à dégager des économies significatives sur ses coûts de fonctionnement rendent problématique le financement du groupe pour les années qui viennent….

Cette dernière phrase de l’instance de contrôle financier de l’État ajoutée à la clairvoyance des sénateurs qui ont eu la même lecture de la situation du groupe pour en retoquer le COM, l’ex Orange n’en a cure comme d’ailleurs l’avis des administrateurs au Conseil d’administration qui représentent faut-il le rappeler l’État dont François Hollande est toujours en charge.

Sa nouvelle cartographie des régions – si chère au tandem cgt/fo qui a déjà dû dit qu’il signerait – elle la mettra en place et peu importe si France Télé doit continuer de sombrer jusqu’au naufrage total programmée.

Le blog CGC Média propose aux pouvoirs publics, aux politiques, aux média et à tous les salariés de France télé la note d’intention qu’a adressée l’ex Orange aux syndicats comptant, faut-il le redire, sur la validation du fidèle tandem qui signe quasiment tout.

intention/explosion garantie!

“Note d’intention de la Direction de France Télévisions relative à la cartographie des institutions représentatives du personnel du réseau France 3 dans l’hypothèse de la mise en place d’un comité d’établissement unique.

Afin d’affirmer et renforcer l’identité régionale de France 3 dans sa programmation et de favoriser une meilleure collaboration des régions, France Télévisions a initié un projet visant à abandonner la logique des pôles de gouvernance au sein du réseau régional de France 3 au profit d’une organisation en réseau et en directions régionales. 

En cours d’information-consultation devant le CCE, les 4 CE de Pôle de gouvernance et l’IC-CHSCT, cette nouvelle organisation du réseau régional France 3 a des impacts sur plusieurs accords collectifs, de caractère différent et négociés avec des organisations syndicales différentes.

Parallèlement aux négociations déjà engagées avec les organisations syndicales intéressées en vue de la détermination des établissements distincts pour le réseau France 3, des échanges avec les organisations syndicales représentatives au niveau de l’entreprise sont envisagés par la direction sur plusieurs thèmes, dont certains ont des conséquences sur les instances.

Sont en effet impactés, susceptibles de l’être ou nécessitent un accord, un certain nombre de sujets négociés

– avec les organisations syndicales intéressées : la détermination des périmètres distincts permettant la mise en place du ou des CE, le fonctionnement transitoire des instances actuelles, la composition du CCE et les accords préélectoraux ;

– avec les organisations syndicales représentatives au niveau de l’entreprise : la convergence des instances ou aux moyens des OS et des IRP.

Sans remettre en cause le champ de chacune des négociations, ni l’autonomie des négociateurs ou les prérogatives du futur comité d’établissement, la direction de France Télévisions présente dans cette note sa vision d’ensemble sur les IRP du réseau France 3 et expose les grandes lignes des propositions qu’elle souhaite négocier avec les organisations syndicales représentatives au niveau de l’entreprise.

Ces propositions ne sont valables que dans l’hypothèse de la création d’un CE unique. 

1-Création d’un comité d’établissement unique

La nouvelle organisation opérationnelle des directions régionales sera effective à compter du 1er janvier 2017. Voulue principalement pour affirmer et renforcer l’identité régionale de France 3 dans sa programmation ainsi que pour favoriser une meilleure collaboration des régions entre elles, elle s’inscrit dans le droit fil d’une logique de réseau poursuivie par la direction exécutive de France 3.

Pour obtenir une meilleure cohérence éditoriale, budgétaire, technique et en matière de ressources humaines, l’ensemble des sites composant le réseau France 3 doit se doter d’une stratégie commune, donc de réseau, source de développement et de meilleure collaboration entre les différentes antennes.

  • L’éditorial 

La stratégie éditoriale sera définie à l’échelle du réseau puis déclinée dans et par les antennes régionales. 

En matière de programmes, la politique « documentaires » sera basée sur une ligne éditoriale commune à toutes les régions. De la même manière, la politique « magazines » sera définie au niveau de la direction du réseau selon une stratégie de cases telles que les cases « découvertes », « société » ou « culture ». La politique des prises d’antenne évènementielles sera discutée au niveau de la direction du réseau avant d’être « interprétée » régionalement. L’ensemble de ces décisions ne retire pas la faculté d’initiative des directions régionales mais a vocation à s’intégrer dans une politique globale du réseau.

De la même manière, en matière d’information, le projet éditorial devra être la colonne vertébrale du réseau, déclinée ensuite dans toutes les rédactions.

D’une manière générale, et dans la nécessité de mettre en œuvre une vraie politique de réseau, il apparait incontournable de présenter cette stratégie globale dans une instance unique.

  • La politique d’investissements et les achats

La politique d’achats fera également l’objet d’une stratégie commune de réseau. Les mêmes besoins dans toutes les antennes du réseau doivent engendrer un cahier des charges unique et par voie de conséquence un appel d’offre commun. Outre une sécurisation évidente de la procédure et des contrats, les réponses négociées permettront d’optimiser les coûts pour une qualité de service attendue. Dans cette logique, les actuels Responsables des achats (IMGHSE), actuellement rattachés aux Directions de pôles, seront rattachés à la Direction du réseau France 3. 

Pour ce qui concerne la gestion des parcs, là également, de mêmes besoins engendreront les mêmes cahiers des charges tenant compte des besoins des utilisateurs, qu’il s’agisse des véhicules de reportage, de la téléphonie, des copieurs, etc. 

La direction entend partager cette stratégie d’achats avec les élus au sein d’une instance unique pour donner une meilleure visibilité.

  • Les moyens techniques

En matière de moyens techniques, il est essentiel de faire converger et d’homogénéiser les systèmes d’exploitation, de fabrication et de transmission. Une telle harmonisation aura pour effet de faciliter le rapport aux utilisateurs d’une part et de permettre une mise en commun des solutions correctives d’autre part. 

L’harmonisation des moyens techniques implique une harmonisation des pratiques et de ce fait de l’exploitation. Ceci entraîne la mise en œuvre de formations communes intégrées à un plan de formation commun qui doit de ce fait être bâti à l’échelle du réseau. Sous cet angle, un lien direct est établi avec la politique RH. Des systèmes et pratiques d’exploitation communes sont sources d’accroissement de compétences communes favorisant ainsi la mobilité des personnels au sein du réseau.

De la même manière, des équipements de transmission communs engendreront des pratiques communes pour les journalistes de terrain, favorisant une meilleure interopérabilité d’une antenne à l’autre et là également la mobilité des personnels. Enfin, des outils adaptés aux besoins spécifiques du réseau régional en fonction des objectifs éditoriaux (news, émissions récurrentes, évènements spéciaux), se doivent d’être partagés.

La discussion autour du choix, du déploiement et des conditions de mise en œuvre de ces systèmes, équipements et outils doit avoir lieu au sein d’une instance unique.

  • Les ressources humaines

La nouvelle organisation constitue l’occasion de créer les conditions d’une plus grande homogénéité de traitement au sein du réseau conformément aux attentes des salariés et de leurs représentants. 

Ainsi, en matière de formation, la logique d’un plan transversal au réseau lié à une stratégie définie nationalement et déclinée par les directions régionales doit prendre tout son sens. Ce sera vrai en ce qui concerne l’accompagnement des déploiements techniques (cf. ci-dessus) mais aussi en matière de formations à contenu éditorial, là aussi accolées à la stratégie éditoriale telle qu’évoquée précédemment, ou encore en ce qui concerne les personnels administratifs. 

De la même manière, la politique diversité et égalité des chances devra, elle aussi, suivre la même logique et faire l’objet d’un partage au sein d’une instance unique. À cet effet, les Responsables développement RH, actuellement rattachés aux Directions de pôle, seront rattachées dans cette nouvelle organisation à la DRH de France 3 au niveau national. Cette même logique est appliquée aux services de paie.

En matière de GPEC et de mobilité, la politique sera définie au niveau national et déclinée en région. Il sera, à cet égard, traité des spécificités du réseau régional au regard de la nature de ses implantations (bureaux d’information de proximité, locales excentrées, antennes régionales) au sein d’une instance traitant de façon homogène l’ensemble des problématiques. Sont ici notamment visées les évolutions de pratiques professionnelles et les compétences complémentaires. Tout aussi stratégique, la politique de mobilité au sein du réseau doit, par définition, être partagée au sein d’une instance unique. 

La politique de l’emploi, en termes quantitatifs, n’échappera pas à cette logique. Il s’agira notamment, de traiter, au sein de l’instance unique, des volumes et variations de l’emploi au sein du réseau France 3. 

Pour ces raisons, la politique Ressources humaines déclinée pour l’ensemble du périmètre France 3 a vocation à être partagée avec les partenaires sociaux au sein d’une instance unique.

  • Les finances 

Au niveau de l’entreprise France Télévisions, une notification budgétaire est aujourd’hui émise pour le périmètre de France 3. La performance économique du Réseau régional est appréciée sur le respect de cette enveloppe financière.

Ce point n’est pas contradictoire avec la production de notifications budgétaires vers chaque direction régionale, indispensable pour leur donner un cadrage de dépenses.

Par ailleurs, dans le cadre de la présentation des comptes et des échanges avec l’actionnaire, une consolidation est réalisée au niveau du Réseau régional sur une ligne unique baptisée « coût de grille régional ».

Le budget des investissements techniques du Réseau régional France 3 est globalisé par projet sans éclatement par antenne ou région (Exemples : renouvellement des caméscopes, lancement des VPTL, passage au MPEG 4, …) 

Compte tenu de ces éléments, il apparaît pertinent de présenter ces sujets devant une instance unique compétente pour l’ensemble du réseau.

2- Composition du CE unique et constitution d’une commission Activités sociales et culturelles dites « ASC » 

2.1. Composition du CE unique

Présidé par la direction déléguée en charge du réseau France 3, le comité d’établissement unique ferait intervenir les directeurs régionaux en tant que de besoin.

Afin d’assurer une représentation de toutes les antennes, par dérogation à l’accord collectif du 28 mai 2013, et conformément au souhait exprimé au cours des négociations sur les établissements distincts de France 3, le nombre d’élus composant le CE unique pourrait être porté à vingt-quatre au total, ce qui permettrait d’assurer la représentation de chacune des antennes.

2.2. Création d’une commission Activités sociales et culturelles (ASC)

Sous réserve de l’accord du comité d’établissement, qui dispose du monopole de la gestion des ASC et à ce titre, décide seul de sa propre organisation, la direction serait prête à accompagner la création de sous-commissions ASC dans chacune des régions.

Pour le bon fonctionnement de ces commissions, une négociation pourrait être engagée sur le nombre de crédits d’heure alloué à ces sous-commissions.

3- Les CHSCT et les DP

Dans l’hypothèse de la création d’un CE unique, la direction propose le maintien des 24 DP. Dans une telle hypothèse et dans la mesure où ledit établissement compterait plus de 500 salariés, la mise en place des CHSCT serait soumise à la conclusion d’un accord entre France Télévisions et le Comité d’entreprise. La direction s’engagerait, dans ces conditions, à proposer le maintien des 24 CHSCT.

La direction envisage une convergence des deux instances de proximité DP/CHSCT dans les seules antennes pour lesquelles cette fusion serait opportune, à partir de critères à préciser avec les organisations syndicales représentatives au niveau de l’entreprise. 

Les compétences et prérogatives respectives des deux instances seraient garanties. De même, le principe de la réunion mensuelle serait conservé. 

Les propres règles de fonctionnement des DP et des CHSCT seraient préservées sous réserve des adaptations nécessaires au bon déroulement de la nouvelle instance à préciser avec les organisations syndicales représentatives au niveau de l’entreprise. 

Dans le cadre de la convergence ainsi projetée, l’attribution de moyens spécifiques pourra être négociée.”

print

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
Immobilier : faut-il taxer les loyers fictifs ?

Cet article provient du site The Conversation et a été publié par Michel Albouy.   À l’occasion d’une réflexion sur...

Fermer