Frexit? Probabilité et conséquences, par Jean-Marc Boyer

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Article paru sur la Gazette de l’Assurance.

Les marchés se font peur en imaginant un scénario de sortie de l’euro. Même le gouverneur de la Banque de France s’est exprimé en chiffrant à 30Md€ le coût annuel dans l’hypothèse d’une sortie de l’euro. Les normes prudentielles prévoient des stress tests, mais normalement ceux-ci donnent des fourchettes plutôt qu’un chiffre compte tenu de la multiplicité des scénarios.

Surtout, ce chiffrage cible le coût de refinancement de l’Etat français, alors que les conséquences seraient bien plus larges : finance, économie, mais surtout géopolitique.

Trump a affirmé que l’euro a été fait pour l’Allemagne. Il est vrai que la monnaie y est légèrement sous-évaluée (au moins 5% à 10%) alors que la devise en France est légèrement surévaluée (d’autant probablement). On disait, à l’avènement de l’euro, que la politique de Francfort est une politique de Franc Fort. Aujourd’hui, l’Allemagne doute de son partenaire gaulois et en rapatrie son stock d’or (comme révélé par la Gazette), alors qu’il laisse sur place son stock d’or des USA et du UK.

Quelles probabilités ?

Le spread OAT-Bund a augmenté à 70 points de base. Supposons, comme semble le faire la Banque de France, que cela amènerait un surcoût de taux d’intérêt de 200pb, cela voudrait dire une probabilité implicite de cataclysme politico-financier de 35% (probabilité de 35%* spread de 200pb supposé = 70pb des marchés).

Les bienpensants attribuent la croissance des taux au risque croissant de M. Le Pen. En réalité, si l’on croit les pronostics (qui se trompent ces temps-ci), la candidate est toujours donnée au second tour mais perdante. Le changement réside à l’autre extrémité de l’échiquier où une alliance pourrait donner vainqueur le camp des eurosceptiques (La France insoumise, ex Front de gauche) et du non remboursement de la dette (B.Hamon, La Belle Alliance).

Conséquences en cas de sortie ?

La France est beaucoup plus engagée dans la construction européenne (euro, Schengen, membre fondateur,…) que le Royaume-Uni, qui n’était rien de cela et qui pense même se rattraper sur son Commonwealth et sa relation « spéciale » avec les USA.

Sortir de la zone euro aurait des conséquences désastreuses pour l’hexagone :

–          D’abord la dévaluation. La Livre a perdu 15% de sa valeur avec le Brexit (sans même sortir d’un système monétaire européen, puisque la Livre n’en faisait plus partie). Légère consolation, on aurait un rétablissement relatif de la balance commerciale. La France et l’Allemagne ont en 2016 un écart de balances commerciales de près de 300Md€.

–          Par conséquence de la dévaluation, il y aurait croissance de l’inflation (par hausse du coût des matières importées). Cela peut aider à masquer les difficultés (ne pas augmenter une personne en période d’inflation revient à diminuer son pouvoir d’achat).

–          L’Etat éprouverait des difficultés pour l’Etat à refinancer le flux des déficits. Certains imaginent de revenir sur la loi de 1973 (dite « Rothschild » car Pompidou y avait fait un passage), qui interdit à la Banque centrale de prêter directement à un Etat. Ce serait le retour de la planche à billet au profit de l’Etat. Cela reviendrait aux pratiques de Philippe le Bel qui diluait la part d’or dans ses deniers.

–          La fuite des capitaux serait inéluctable. Les sorties de capitaux en 1981 ont été limitées, car les fortunés se sentaient en danger. Cette fois-ci, c’est l’ensemble des épargnants qui serait touché.

–          Des contentieux sur le stock de dettes apparaîtraient. Si les dettes restent en euros, il faudra plus de francs pour les rembourser. L’Etat et les débiteurs y perdraient beaucoup. Au contraire, si une loi décide de convertir les créances d’euro à franc, c’est une forme de défaut de paiement, susceptible de recours (clause non prévue dans les créances). Les investisseurs institutionnels (et donc les épargnants) essuieraient des pertes par centaines de milliards. De plus, environ la moitié de la dette française est détenue par des non-résidents, ce qui provoquerait des contentieux internationaux.

–          Par conséquent, faute de tenir ses engagements, la sortie de la France de l’Union européenne serait inéluctable. C’est ce que le monde anglo-saxon appelle le Frexit.

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