Pourquoi les GM&S devraient lire les interviews de Bruno Lemaire

Les salariés de GM&S sont toujours dans le pétrin! Selon toute vraisemblance, le site de La Souterraine est voué à la disparition, là où Bruno Le Maire avait promis d'aider. Mais la vraie réponse de notre brillant ministre de l'Économie est à chercher dans une interview qu'il vient de donner sur sa vision industrielle. 

Il ne reste plus qu'une semaine pour sauver GM&S, l'usine d'équipement automobile de la Creuse. Selon toute vraisemblance, l'usine devrait rapidement fermer, après un passé chaotique qui illustre bien la désindustrialisation française et ses maux. 

Comme d'habitude, les salariés devraient mener quelques actions d'éclat pour attirer l'attention de l'opinion publique sur leur sort. Et le ministre les fera recevoir par son cabinet pour les calmer et... finalement ne rien faire. Même dans la France renouvelée, ce vieux scénario se reproduit inlassablement. 

GM&S face à la doctrine Lemaire

Si les salariés de GM&S lisaient les interviews de Bruno Le Maire, ils comprendraient plus facilement ce qui va leur arriver. L'AFP rapporte ainsi ses propos:

"Il faut investir le plus possible dans l'innovation, être capable de porter notre industrie vers les technologies de pointe" (...)

"Je considère qu'en matière industrielle, même si l'Allemagne a aujourd'hui une avance importante, nous pouvons rattraper les Allemands et créer un tissu industriel très puissant, parce que nous avons un atout, c'est d'être très fort sur la révolution digitale" (...)

"L'objectif n'est pas de garder toutes les activités industrielles possibles et inimaginables. L'objectif, c'est de tenir le cap: l'industrie de pointe, de la haute technologie, qui nous permettra de réussir dans la mondialisation"

C'est donc clair: la stratégie industrielle française va consister à investir dans l'innovation, les technologies de pointe, le numérique, et on va laisser tomber les vieilles activités industrielles. 

La vision ringarde de Bruno Le Maire

On comprend bien la vision sous-jacente aux propos de Bruno Le Maire, et qui sent bon le cours de Sciences-Po des années 80, à l'époque où on inventait le micro-ordinateur et le téléphone portable. D'un côté, il y a l'innovation, la haute technologie, l'industrie de pointe, et ça c'est bien. De l'autre côté, il y a la vieille industrie avec ses ateliers répugnants et sa condition ouvrière rétrograde. 

Que cette vision binaire n'ait rien à voir avec la réalité n'est évidemment pas le problème de ce ministre qui n'a jamais mis les pieds dans une entreprise en tant que preneur de risque! l'essentiel, c'est de faire croire aux Français qu'il a une réponse ambitieuse et moderne aux problèmes de notre temps. Comme par le passé, la classe politique renouvelée vit de discours et ne s'embarrasse pas d'agir sur la réalité. 

Il faudrait pourtant que quelqu'un se dévoue pour expliquer à Bruno Le Maire que l'époque où il existait des secteurs innovants et des secteurs non-innovants est morte. Toute activité industrielle, y compris celle de GM&S, est susceptible d'être touchée par la révolution numérique. Il n'y a donc pas lieu de distinguer certains secteurs de prédilection pour mieux abandonner les autres. 

L'erreur de base dans la compréhension de l'Allemagne

Puisque le propos de Bruno Le Maire est de rivaliser avec l'Allemagne, il faudrait aussi que quelqu'un lui explique que notre puissant voisin a fait tout le contraire de ce qu'il propose. L'Allemagne a en effet misé sur la modernisation et la numérisation de son industrie traditionnelle pour durer. Elle n'a certainement pas choisi de la délaisser pour inventer de nouveaux métiers loin de ses bases. 

C'est évidemment une chimère coupable que de croire à des développements nouveaux, hors sol, dans le domaine industriel, par la simple volonté de l'État et sans qu'un tissu solide d'entrepreneurs existe pour faire le job. Cette chimère est d'autant plus dangereuse lorsqu'elle passe par l'abandon d'entreprises patrimoniales qu'on s'apprête à liquider pour les remplacer par du vent.

Dans le cas de GM&S, le bon sens consiste à demander à Renault et à Peugeot, qui sont les principaux clients de l'entreprise, de racheter l'usine pour la restructurer. Ce choix-là est plus pertinent que de maintenir cette entreprise sous perfusion en attendant que plus personne ne se préoccupe de sa disparition. 

Inquiétude pour notre politique industrielle

En réalité, la ligne Bruno Le Maire va, de façon constante, consister à abandonner l'industrie manufacturière au profit d'une vision très élitiste d'industrie de pointe. L'écran de fumée de la technologie, qui repose pour l'essentiel sur du sable, dissimulera la désertion en ligne de l'aristocratie française vis-à-vis d'activités dont le pays s'est nourri mais qu'elle a toujours méprisées. 

Programme En Marche

Au niveau national, nous complèterons et rationaliserons les dispositifs publics autour de Bpifrance. Nous constituerons un Fonds pour l’industrie et l’innovation. Il sera doté de 10 milliards d’euros issus des actions d’entreprises possédées de manière minoritaire par l’Etat et sera placé au service de notre industrie et de l’innovation. Nous mobiliserons les revenus issus de ces participations pour financer l’industrie du futur. Ce rendement sera sanctuarisé et réinvesti selon les trois priorités suivantes : L’investissement dans des initiatives locales visant à accompagner les transitions industrielles, notamment écoresponsables, ou à réindustrialiser des territoires déjà touchés par la désindustrialisation ; La démultiplication de la dynamique Industrie du Futur ; Le développement de solutions innovantes contribuant à relever les défis clefs de la transformation énergétique, environnementale, numérique et démographique de notre société.

Les plans sociaux à venir

Plusieurs plans sociaux sont en préparation. Ils devraient défrayer la chronique dans les prochaines semaines. 

En plus de GM&S, on compte donc des pertes record chez le volailler Doux (où l'on parle de 800.000€ perdus chaque mois). Au demeurant, il s'agira d'un énième événement dans une histoire désormais bien connue. 

Dans le Nord, la CGT a commencé à tirer la sonnette d'alarmes sur le groupe Vallourec où les difficultés s'accumulent. En outre, Tuberie et VOGFR seraient aussi touchés. 

1 commentaire sur Pourquoi les GM&S devraient lire les interviews de Bruno Lemaire

  1. Souvenons nous du rapport GALLOIS, même si celui-ci est resté célèbre pour ses approximations sur les prix de biens de consommation essentiels, rapport qui fit autorité en 2012. Pacte de confiance, ambition industrielle par la montée en gamme, structuration et solidarité du tissu industriel, et nouveau pacte social, telles devaient être les composantes du « redressement » industriel.
    Même si la Confiance est toujours servie en hors d’oeuvre depuis Raymond Barre et le Pacte, un must, horizon indépassable de la nécessaire concorde entre parties prenantes de l’économie, à quoi cela a t’il servi, qu’on en arrive aujourd’hui, avec des chiffres du chômage tout à fait consternants, à nous voir servis ces plats réchauffés sur l’économie digitale, alors même que les industries qui en découlent, si tant est qu’on puisse parler d’industries en matière de cloud, BtoB, et autres social-network, créent d’abord les revenus de leurs créateurs et les profits des financiers qui les propulsent. Un coup de boycott des pauvres cons-ommateurs que nous sommes et on comprendra tout l’intérêt de la mise en place des monnaies locales.. un ange du business passe ..
    La fierté des politiques peut être d’avoir contenu pour l’instant, l’assaut des firmes étrangères sur nos marchés publics de Modernisation tous azymuths, enfin sauf ceux en décomposition avancée, et d’avoir contribué à grand renfort de CIR puis de CICE à faire de certaines des grosses entreprises déjà internationalisées du secteur, et de quelques autres, des champions mondiaux, mais aussi de nombreuses plus modestes, surnommées « daubasses » par les boursicoteurs avertis, à seule fin de payer le board, les CAC et les « journalistes /divas» appointés de ce type de médias pour le son du clairon, avant déconfiture lente mais finale. Certains de ces virtuoses pourront même se reconvertir dans la politique après cramage de quelques boîtes, et on peut compter sur leur expérience du PSE pour liquider proprement le pays si on n’y prend garde ..
    Enfin, est on bien certains que le poids de celles-ci dans notre balance commerciale soit de taille équivalente, toutes choses égales par ailleurs, avec celui de toutes les importations de ces biens que nous ne produisons plus, vu leur « simplicité », ou que nous ne produirons jamais, vu l’intense influence de lobbies transnationaux pour maintenir leurs niches captives, à l’aide de plus en plus fréquente de leurs stars du barreau de chaise.. Prouvez le, Mr LeMaire !

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