Le gouvernement repousse-t-il la loi de moralisation par crainte d’un Bayrougate? par Eric Verhaeghe

Initialement, le projet de loi de moralisation de la vie politique devait être présenté au Conseil des Ministres du 7 juin, soit avant le premier tour des législatives. Il ne sera finalement pas présenté avant le 14 juin. Mais pourquoi ce retard sur un texte annoncé par le candidat Macron bien avant les élections?

C'est le 2 mars 2017 qu'Emmanuel Macron avait détaillé le contenu de son projet de loi sur la moralisation de la vie politique. Dans une interview au Journal du Dimanche de début avril, il affirmait même:

"Le projet de loi de moralisation de la vie politique sera mis sur la table du Conseil des ministres avant les législatives."

Et une promesse non tenue, une!

Car, selon toute vraisemblance, le projet ne sera pas prêt pour le 14 juin, et sera donc présenté après les élections législatives. Ce retard risque de poser un sacré problème à un Président dont le gouvernement est déjà taillé en pièces par les affaires.

Des obstacles techniques mal anticipés

Le Canard Enchaîné de ce matin donne quelques éléments d'explication sur le retard pris. En particulier, parce que le projet touche à une limitation dans le temps des mandats des élus, et à une transparence de leurs dépenses, Édouard Philippe craindrait qu'il ne soit réduit en bouillie par le Conseil Constitutionnel. Les motifs d'inconstitutionnalité seraient nombreux si l'on ne prend pas garde à sa rédaction. 

C'est tout le risque de miser sur un texte symbolique pour entrer en matière durant son quinquennat. Si le texte est vidé de son contenu faute d'une préparation technique suffisante, l'effet est cataclysmique... et durable. 

On a connu des quinquennats plombés pour moins que ça. Et vu la difficulté du sujet, le bon sens consisterait même à post-poser le texte à la rentrée. 

La peur d'un Bayroygate

Mais une autre raison plus tordue explique que le gouvernement s'empresse de ne pas tenir les promesses du candidat Macron et cale au démarrage du quinquennat. Le texte est en effet supposé être porté par l'ineffable Bayrou qui avait appelé à votre Hollande en 2012, avant d'appeler à voter Macron en 2017 après une alliance de façade avec Fillon. Autant de constance dans le parcours, qui illustre à merveille de quoi le renouvellement annoncé par Macron est le nom, suscite toujours quelques inimitiés. On peut même imaginer que le seul rapprochement entre le nom de Bayrou et le mot de moralisation les exacerbe. 

Il se trouve que, depuis plusieurs semaines, Bayrou est sous la menace de son Bayrougate à lui. Il est en effet accusé par un ancien collaborateur d'avoir abondamment pratiqué la technique de l'emploi fictif aux plus belles heures du Modem. 

Pour un ministre de la Justice, les révélations que la presse réfrène depuis plusieurs semaines sur le sujet en attendant le moment propice pour lâcher les chiens risquent de faire tâche. Surtout après l'affaire Ferrand. Et l'affaire d'emplois fictifs d'une autre ministre Modem: Marielle de Sarnez, dont la proximité avec Bayrou est connue. 

Le gouvernement a évidemment pris conscience du danger, qui explique la discrétion du garde des Sceaux sur les affaires en cours. Pour Macron, la loi de Murphy commence. Et tout porte à croire qu'elle risque, même s'il obtient une majorité absolue, de faire long feu. 

 

2 commentaires sur Le gouvernement repousse-t-il la loi de moralisation par crainte d’un Bayrougate? par Eric Verhaeghe

  1. @Frank Boizard : Vous devriez vous renseigner sur la signification de l’expression “loi de Murphy”, cela vous éviterait un contresens sur celle de “faire long feu”, ici parfaitement adéquate : les stratagèmes à deux balles des Macron & cie, on a pas fini d’en souper.

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