Hollande et l’exorcisme démocratique

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Hollande exorcise la démocratie et montre le vrai visage de la République: celui d’un régime politique cynique, fondamentalement aristocratique et manipulateur. Telle est la leçon à retenir du livre de confidences de Davet et Lhomme intitulé “Un Président ne devrait pas dire ça”, et dont le titre donne d’emblée la dimension du malaise qu’il suscite.

Hollande et ses courtisans, ou le bal des faux-culs

On s’amusera d’abord des réactions de vierges effarouchées prêtées à Bartolone (qui n’a pas “l’envergure” d’un Premier Ministre, selon Hollande) ou à Ayrault. Il paraît que ces vieux routards de la politique sont froissés, vexés par les propos que le Président a tenus à leur endroit auprès des journalistes qu’il recevait. Comme si Bartolone et Ayrault ne pratiquaient pas eux-mêmes le cynisme instrumentalisant de Hollande. Comme s’ils s’attendaient à autre chose de sa part.

Il suffisait pourtant, au lendemain de la victoire de Hollande à la primaire socialiste, d’entendre les commentaires dans les couloirs de la rue de Solferino pour savoir que tout ce petit monde connaissait tous les vices de Hollande (notamment l’incapacité à passer à l’acte) depuis longtemps.

En vérité, Barto et Ayrault sont fâchés de découvrir que Hollande était plus proche des journalistes que d’eux. Et ça, ça fait vraiment mal! nous, les hiérarques de la République, découvrir que le monarque parlait de nous à des manants! voilà qui est inadmissible.

Hollande, ou le cynisme à visage découvert

Le vrai choc du livre n’est ni pour Bartolone, ni pour Ayrault, ni pour Valls, ni pour les autres éléphants socialistes. Il est pour les Français qui découvrent sans aucune vaseline que leur Président leur dit: “je suis nu!”. Beaucoup, en France, imaginent encore que les élites croient à ce qu’elles font, portent la France en elle, travaillent à l’intérêt général. En lisant Davet et Lhomme, ils comprennent que cette question n’effleure jamais leur président, ni même aucun des élus qui gravitent autour de lui.

La vie de François Hollande est complètement absorbée par des calculs courtisans et par la préparation de sa réélection. Nulle mise en cause de son bilan, de son aptitude à diriger, nul examen de sa performance. C’est du “J’y suis, j’y reste” du début à la fin, même lorsqu’il explique qu’il n’officialisera jamais sa liaison avec Julie Gayet: “même pas durant le second quinquennat”.

Les Français rêvaient d’un Président à leur service. En lisant le pavé de Davet et Lhomme, ils comprennent qu’ils sont au service du Président.

Hollande dégonfle la baudruche démocratique

C’est donc ça, la démocratie! Elire un goinfre qui berne tout le monde durant le temps d’une campagne, et qui passe ensuite son temps à organiser son maintien au pouvoir, sans la moindre appétence pour le bon peuple!

Beaucoup le pressentaient, et même le craignaient. Mais, tant que cette vérité crue ne leur avait pas été dite clairement, mot à mot, par le principal intéressé, ils ne pouvaient se résigner à ce terrible constat. Une lueur d’espoir brûlait encore: peut-être que, à un moment ou à un autre, le personnage qu’on élit pour occuper l’Elysée se pose la question du bien commun!

Eh bien non, en lisant le livre, la faible lueur qu’on maintenait allumée contre vents et marée perd à chaque page un peu plus de souffle, jusqu’à s’éteindre lamentablement, dans une grande sensation de nausée. Au fond, Davet et Lhomme, c’est la traversée vers Bastia par gros temps: quand on arrive au bout de la course, on a laissé en fond de cale quinze jours de digestion. Et l’on comprend que la “République”, leur République, est une machine à duper le peuple.

Hollande, le meilleur animateur du populisme

Je veux bien qu’on critique les populistes à tour de bras, et que, sur les antennes du service public, on vomisse tous ceux qui rejettent les élites. Mais il suffit de lire cinquante ou soixante pages de ce livre, de ce poison quintessentiel, pour comprendre que le populisme n’est pas né d’une invasion extraterrestre. Il est la réaction naturelle, saine, salutaire, à la débauche de bassesses et de médiocrité dont un président de la République donne la démonstration durant son quinquennat.

Sur ce point, je recommande tout particulièrement le récit de l’éviction (au demeurant justifiée) de Delphine Batho. Les calculs politiques que Hollande dévoile à cette occasion devraient guérir pour longtemps les lecteurs de tout angélisme démocratique. Ils éclairent en tout cas les raisons pour lesquelles les Français sont si nombreux à “rejeter” le système.

Comment un Président tue son régime

Au final, la lecture du livre nous rappelle que la République n’a nul besoin de populistes, de démagogues, de fachosphère, pour trembler sur ses bases. Elle n’est victime de nul complot d’extrême droite qui la menace. Ce qui la tue, c’est le comportement de ces dirigeants médiocres, obsédés par leur carrière, sous-dimensionnés pour le pays qu’ils dirigent, parvenus à force d’intrigues et de combinazioni: lorsque les Français les voient, ils ont envie de vomir, et ils ont raison.

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A propos Éric Verhaeghe 148 Articles
Fondateur de Tripalio, auteur.
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2 commentaires sur Hollande et l’exorcisme démocratique

  1. Je partage largement votre point de vue, sans avoir lu le livre. La France mérite mieux, en tout cas je l’espère.
    Cette situation est caricaturale chez nous, mais elle est le lot de la plupart des “démocraties”.
    Ce sont les institutions qu’il faut changer, mais qui va les changer ?

  2. la nullité du personnage était tout à fait perceptible par chacun bien avant son élection à la présidence. de sorte que tant d’insignifiance ne justifie donc pas une vindicte aussi animée. Monsieur Hollande a été porté au pouvoir sans coup d’Etat, par la majorité d’entre nous. La tragédie c’est que le système, dont les principes de fonctionnement font élire les plus médiocres, n’est pas amendable de l’intérieur. Et que ce sont donc probablement les islamistes seront appelés à le détruire, lorsqu’une nouvelle majorité d’entre nous les aura suppliés de mettre un terme à la chienlit républicaine.

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