Hulot épuisé par le conformisme des élites parisiennes

Les explications données par Nicolas Hulot sur les raisons de sa démission sont éloquentes. Elles illustrent à merveille la chape de plomb conformiste et sans vision que les élites parisiennes ont imposée au pays. Dans le débat du « combattre le système de l’intérieur ou de l’extérieur », la réponse des gens de bonne volonté porte de plus en plus au combat de l’extérieur.

On peut parier qu’Emmanuel Macron se serait volontiers passé de la démission de Nicolas Hulot pour sa rentrée politique. Après la succession d’affaires cet été, puis des annonces budgétaires impopulaires (notamment du fait de leur manque de vision), le départ fracassant, plein de panache, d’un ministre emblématique de ce que le macronisme pouvait apporter n’arrange pas la popote de l’exécutif. 

Un an, le temps d’un désenchantement

En écoutant les propos tenus par Nicolas Hulot ce matin, forcément, on se dit que les espérances nourries par la candidature Macron auprès de certains électeurs n’étaient que des illusions. Le mythe d’un homme nouveau capable de changer le « logiciel politique », selon une expression douteuse, a vécu.

On peut penser qu’Hulot a tort, qu’il aurait dû faire autrement. Il n’en demeure pas moins que sa déception face à la lenteur du Président de la République et face à sa manière « à l’ancienne » de gouverner, conforteront beaucoup de Français dans le sentiment qu’Emmanuel Macron les a trompés sur sa véritable nature. 

C’est ce qu’on appelle le désenchantement.

Critique de la méthode des petits pas

La principale raison invoquée par Nicolas Hulot pour quitter le gouvernement tient à la lenteur des réformes, et au manque d’enthousiasme et de vision avec laquelle l’exécutif intègre l’écologie. Hulot n’accuse pas Emmanuel Macron d’être contre l’écologie. Il lui reproche juste de ne pas aller assez vite, et même d’aller beaucoup trop lentement.

C’est un constat qu’on pouvait dresser (et l’auteur de ces lignes n’a pas manqué de le faire) dès l’automne 2017, où le premier budget préparé par le gouvernement Philippe témoignait d’une frilosité et d’un manque d’imagination qui ne se sont guère améliorés depuis. À l’époque, il était de bon ton, dans les salons parisiens, de stigmatiser les mises en garde sur le décalage entre les postures de rupture et de renouvellement, et la réalité politique d’un hollandisme un peu dopé, mais fondamentalement tiède. 

Un an plus tard, la mollesse du macronisme, habilement dissimulée par une rhétorique qui ne pouvait pas faire éternellement illusion, apparaît au grand jour.

Hulot et la théorie du choc

Hulot a dit avec une sincérité qui l’honore sa volonté de voir l’univers politique français rompre avec ses vieux démons productivistes et entrer dans une vision alternative. Cette proposition mérite d’être entendue, car il ne plaide ni pour une rupture avec le marché, ni pour des choix utopistes à la Maduro. Il demande juste que ce qui est possible immédiatement pour inverser la courbe d’un développement nocif soit entrepris au lieu d’être remis à plus tard.

Ce qu’il demande, au fond, c’est un choc idéologique et une action politique qui en découle. Beaucoup, parmi ceux qui ont voté Macron, attendaient cela et découvrent aujourd’hui que Macron n’est pas l’homme du choc. Il est l’homme de la continuité améliorée, celle qui brasse beaucoup d’air avec une infinité de lois dont la portée est faible. On occupe le terrain de la communication, on travaille beaucoup, mais d’un travail qui occupe sans être une action concrète. 

Progressivement, la France se rendra compte que la réforme n’est pas la solution, et que les réformes le sont encore moins. Le problème n’est pas de changer les doses dans des recettes qui ne marchent pas. Le problème est de changer la recette elle-même. 

Cela s’appelle un choc. Il interviendra tôt ou tard.

Hulot face au conformisme des élites parisiennes

Avec beaucoup d’émotion, Hulot a donné un bon portrait de la réception qui attendait ses idées dans les cercles du pouvoir. L’inlassable « mais sois patient », « mais tu veux aller trop vite », pendant que les lobbyistes avaient portes ouvertes un peu partout, a fini par le lasser.

Là encore, Hulot n’a pas prononcé d’imprécations. Il a juste partagé le constat simple du conformisme des élites parisiennes face à l’urgence écologique. Ce conformisme est celui de la réforme progressive, des arrangements constants avec la réalité, avec l’immobilisme. C’est aussi celui du confort de rester dans ses certitudes, et de refuser, de dénier, toute autre approche possible. 

Il faut avoir fréquenté les cercles du pouvoir pour sentir, beaucoup plus que comprendre, cet attachement instinctif, existentiel, de nos élites à un corps de doctrine parfois inconscient. Tous ces gens se pensent les plus intelligents du monde (et qualifient de « populiste » tout ce qui ne leur ressemble pas), mais l’essentiel de leur conduite, de leurs décisions, de leurs actions, est dicté par des certitudes transmises obscurément et qu’ils sont le plus souvent incapables de justifier. Par exemple, une bonne réforme est forcément lente. Par exemple, l’écologie, c’est un gadget. 

Ces gens-là ont eu raison de Nicolas Hulot et de sa bonne volonté. Comme ils ont nourri la montée des « populismes », qui ne sont guère que des réactions à l’arrogance de leur élitisme stupide. 

L’impossible réforme du système « de l’intérieur »

Reste que face aux sourires sardoniques de ces hauts fonctionnaires qui vous expliquent sans contestation possible que seule leur vision parisienne est possible, et que le reste est un scandale inacceptable, Hulot a apporté la réponse qu’il fallait à la seule question qui vaille: le relèvement collectif est-il possible « de l’intérieur », ou non? Depuis ce matin, une figure éminente de ce pays a prouvé par l’exemple que la réforme de l’intérieur était à la fois un piège et une illusion.

Non, la France ne se relèvera pas en conservant ses élites intellectuelles, avec leurs réflexes imbus d’eux-mêmes, mais frileux, dépassés et sans imagination. Seul un choc externe nous permettra de revenir à la hauteur de ce que nous devons être.

 

 

 

3 commentaires sur Hulot épuisé par le conformisme des élites parisiennes

  1. Bravo encore pour cet article, au quel j’adhere a 95%. Votre appreciation du nombrilisme des elites Parisienne et des corps d’etat est juste. Ce pays va tout droit vers une revolution!
    Mais Hulot a brule sa credibility en agissant comme eux: hausse des taxes sur le gasoil de 50% en un an pour les pauvres, de plus de 100% des taxes sur les achats de vehicules neufs et nouvelle taxes sur l’achat des vehicules d’occasion, abandon honteux de nddl…. Pendant que lui conserve 9 voitures dans Don garage, et N’hesite pas a emprunter l’helicoptere pour un Paris-st Malo quasi hebdomadaire. Deux poids deux mesures… C’est aussi cela qui a nuit a Hulot. Pour peser lourd dans un projet de reforme, il faut etre credible. Le dernier politique de cette trempe fut Mr Borloo, a mon sens.

  2. Je pense surtout que:
    1) il arrêter de mettre encore une fois au gouvernement des saltimbanques type HULOT dont la seule gloire est d’aviir fait de la télé et faire croire qu’il était un connaisseur en pompant du pognon privé avec sa fondation
    2) arrêter de mettre au gouvernement des professionnels de la politique spécialistes du maintien au pouvoir d’une alternance à l’autre et qui reviennent tôt ou tard
    3) interdire aux fonctionnaires d’etre Élus, sauf au niveau communal dans les plus petites communes. Il y aura nettement moins de candidats à l ENA…. de ceux qui iront ensuite pantoufler dans le privé, achetés par leurs prédécesseurs , où par ceux qui ne peuvent pas faire autrement que de gérer l’énorme État omnipotent qu’en achetant un Énarque ou un X pour entretenir l’entre soi et capter des avantages et positions pour sa société…
    3 bis) diminuer partout le nb de fonctionnaires et assimilés dans les innombrables opérateurs de l’Etat pour que ceux qui restent bossent et soient à notre service et pas au leur…rem
    Remettre les forces de l’Etat là où il y a besoin.
    5) mettre au gouvernement des gestionnaires, des vrais qui savent ce que doivent être les bonnes données et comment les avoir, pour arbitrer et trancher en étant capables d’expliquer pourquoi il faut prendre cette décision, sinon ce serait pire pour tous tôt ou tard. Capables de faire bosser les lobbies en toute clarté pour avoir les bonnes infos. Capables de dire les arbitrages au lieu de grenouiller pathétiquement à la merci d’une presse qui ne se repaît que de petits mots et traitent les sujets en survols de 2 minutes…

    Ça pourrait être ça le changement !!! Encore un ou deux quinquennats et la poursuite de la régression de notre pays où il y a encore trop de planqués, pour espérer enfin cette prise de conscience . Redonner du contenu crédible à la politique face aux minorités agissantes qui savent si bien faire mousser leur cause et face aux majorités silencieuses qui sont étouffées par la fausse démocratie démagogue
    En attendant on continue à payer….

  3. « Il demande juste que ce qui est possible immédiatement pour inverser la courbe d’un développement nocif soit entrepris au lieu d’être remis à plus tard. »

    Certes, mais ça restera un vœux pieux, car pour ça, il faudrait des politocards qui aient des couilles, du courage et de l’intelligence – autant dire que vu le niveau… il n’y aura aucune échappatoire.

    « Le problème n’est pas de changer les doses dans des recettes qui ne marchent pas. Le problème est de changer la recette elle-même. »

    C’est bien là qu’est l’os, car pour pouvoir changer de recette, il faudrait des gens qui n’aient pas tous appris la même (bien éculée, la pauvrette), ni surtout appris qu’en dehors de LA recette, il n’y avait rien de valable. En bref, il faudrait des gens visionnaires, imaginatifs et capables de prendre des risques, soit exactement l’anti-thèse de ce que leurs « études » leur ont appris ; et ça ne sont certainement pas les spécialistes du capitalisme de connivence qu’ils ont rameutés à la soupe qui pourront réaliser cela.

    « L’inlassable « mais sois patient », « mais tu veux aller trop vite », pendant que les lobbyistes avaient portes ouvertes un peu partout, a fini par le lasser. »

    Il faut dire que vu le type de lobbying en question, ça a du lui faire plutôt mal au trou de balle quand même !
    À la décharge de monsieur Hulot (;-), chuter brutalement de « je vais tâcher de changer le monde » à « je me fais baiser en canard » ne doit pas être facile à encaisser.

    « Non, la France ne se relèvera pas en conservant ses élites intellectuelles, avec leurs réflexes imbus d’eux-mêmes, mais frileux, dépassés et sans imagination. »

    Vu que ses zélites déclarés sont des trucs comme BHL, il est clair que ça ne pourra jamais rien amener de bon pour les autres.

    « Cela s’appelle un choc. Il interviendra tôt ou tard. »

    Le choc en question pourrait même tout à fait intervenir sans vraiment prévenir, par exemple, par le prochain vote aux zeuropéennes, pour lesquelles il y a fort à parier que le résultat décevra mortellement les guignols du petit théâtre – mais ça ne sera possible que si les gens comprennent que le vote blanc est réellement très important.

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