Jean-Claude Mailly décidément troublé par Emmanuel Macron

Mailly

Ce que le processus d’adoption des ordonnances portant réforme du Code du Travail avait déjà largement démontré doit désormais être tenu pour une évidence : de tous les dirigeants syndicaux, Jean-Claude Mailly est celui qui a le plus été troublé par l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. Deux de ses récentes prises de position viennent en témoigner.

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Mailly grimé en Gattaz

Bien qu’il vaille le détour, le propos est passé – presque, Marianne l’ayant relevé – inaperçu. Invité jeudi dernier sur France Info, le secrétaire général de FO s’est fait le défenseur de la barémisation des indemnités prud’homales prévues par la réforme du Code du Travail. Il a en effet affirmé que cette mesure « peut déverrouiller psychologiquement peut-être des chefs d’entreprise, de petites entreprises, ça c’est possible, on verra ». 

Prié de préciser sa pensée par un Jean-Michel Apathie quelque peu étonné d’une telle déclaration, le même Jean-Claude Mailly qui avait vaillamment battu le pavé contre la loi El Khomri – qui prévoyait déjà un tel système de barémisation des indemnités – est allé plus loin encore. Il a jugé que les employeurs « qui pensent qu’ils ne peuvent pas recruter parce que ça risque de leur coûter trop cher » pourraient être « rassurés » par cette évolution législative. Ceci ouvrirait alors la voie à des embauches.  

En somme : on ne savait plus très bien si c’était Jean-Claude Mailly ou Pierre Gattaz que l’on entendait s’exprimer au micro. Passablement échaudés par l’épisode des ordonnances, l’aile contestataire de Force Ouvrière a dû apprécier. 

Excommunications internes

Faut-il d’ailleurs y voir un lien de cause à effet ? Une chose est sûre, la tendance dite des « anarcho-syndicalistes » de FO, emmenée par Marc Hébert, l’ancien secrétaire de l’UD du Finistère, a dit tout le mal qu’elle pensait du Jean-Claude Mailly millésime 2017. Dans l’éditorial du dernier numéro de leur journal, l’Anarcho-syndicaliste, M. Hébert accuse M. Mailly de sombrer dans la collaboration avec un régime politique décrit comme « pétainiste », voire pire encore, hitlérien. Marc Hébert en vient finalement à juger que M. Mailly « ne représente plus la Confédération » et ne peut plus, « pas plus que ses soutiens, négocier au nom de la Confédération ».  

Ayant pris connaissance de ce papier très nuancé, le patron de FO s’est permis une réaction tout aussi mesurée. D’emblée, il a excommunié la bande à Hébert : « Certains de celles et ceux qui y écrivent ont certes le droit de penser – même à tort ! – ce qu’ils veulent, mais ils ne méritent pas le qualificatif de camarades ». Ensuite, puisqu’il fallait bien se justifier un peu, Jean-Claude Mailly a profité d’une longue citation de Nietzche et de son Crépuscule des idoles afin d’exprimer clairement son mépris de la tendance anarcho-syndicaliste de FO. Enfin, en grande forme, le secrétaire général de FO a repris le récent et bon mot d’Eric Dupond-Moretti à l’endroit de BHL, affirmant ainsi que M. Hébert ne vaut pas mieux que ce piètre « philosophe » de bazar. 

Cette passe d’armes pour le moins saugrenue démontre, en tout cas, que Jean-Claude Mailly est prêt à aller loin dans l’escalade verbale pour défendre le bien-fondé de sa position conciliante à l’égard du Président de la République. 

Le plafonnement des indemnités prud’homales « peut déverrouiller psychologiquement peut-être des chefs d’entreprise, de petites entreprises, ça c’est possible, on verra »

Jean-Claude Mailly, secrétaire général de la CGT-FO, 2017.

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