Le jour où la barbie Macron a perdu la présidentielle

Temps de lecture : 3 minutes

Cet article a été lu 17534 fois

Sommes-nous destinés à passer d’un capitaine de pédalo à une poupée barbie, très douée pour répéter les dernières opinions qui circulent dans les dîners parisiens (et les réunions clandestines de Jacques Attali) mais incapable de dessiner une vision pour la France? La journée Whirlpool, comme nous devrons désormais l’appeler, va définitivement ouvrir la question. Il faudra attendre le 7 mai pour avoir la réponse, mais on la pressent déjà.

La barbie Macron ou la nouvelle trahison des clercs

À la base, il y a quand même un candidat porté par le gouvernement profond, mais né à Amiens, qui prévoit de rencontrer l’intersyndicale d’une usine d’Amiens, en cours de fermeture… dans les locaux de la CCI d’Amiens. Mais enfin, quel abruti a pu conseiller à un “pays” de ne pas aller rencontrer les ouvriers à l’usine? quel énarque de troisième zone, bouffi d’orgueil par son titre en trompe-l’oeil, a pu souffler à l’oreille du candidat sorti premier au premier tour de l’élection présidentielle de la troisième puissance militaire mondiale, de ne pas rencontrer les petites gens là où ils vivent?

Dans tous les cas, il fallait la jugeote d’une poupée barbie pour accepter de raser les murs dans sa ville de naissance, qui lui a donné 28% des voix lors du scrutin. Macron aurait voulu se camper dans le rôle du candidat bling-bling, esquissé après son dîner de la Rotonde, il ne s’y serait pas pris autrement.

Après un scrutin qui a montré tout le malaise des ouvriers face au monde contemporain, cette logique du bunker ne pouvait être vécue que comme une terrible provocation, et un manque total d’empathie.

La redoutable blitzkrieg de Marine Le Pen

Profitant de cette grossière erreur tactique, Marine Le Pen s’est glissée sur le site de l’usine en grève, livrant le spectacle tragique d’un candidat bling-bling enfermé avec une intersyndicale dans l’étonnante solitude d’un bureau sans âme, face à une candidate nationaliste accueillie à bras ouverts par des ouvriers qui attendaient la protection d’une déesse nourricière. Cette première image était déjà terrible.

Non content de se faire damer le pion, Emmanuel Macron n’avait manifestement pas son content de souffrance. Le même abruti qui lui avait conseillé de ne pas montrer le bout de son nez auprès des ouvriers en grève lui a conseillé de finalement y aller sous le feu de l’ennemi. Et voilà le candidat qui arrive, le héros du premier tour, au milieu d’un concert de huées, d’une bousculade où il doit quémander un micro, un gueulophone, le droit de monter sur un camion auprès de ses officiers de sécurité.

Terrible contraste de l’omnipotence audiovisuelle où un favori enfermé dans son tour d’ivoire, protégé par l’étiquette de la Cour, devient le soumis d’une dominatrice sans atour…

L’erreur magistrale d’Attali, le soutien de Macron

Le matin même, Jacques Attali, indécrottable soutien des puissants depuis un quarantaine d’années, avait commis une superbe bourde en déclarant sur LCI:

“Je ne voudrais pas que cette campagne se réduise à des anecdotes […]. C’est en effet une anecdote dans un contexte plus large, si on ne se présente pas dans le contexte plus large. C’est une anecdote, non pas au sens péjoratif du mot, ça s’inscrit dans un contexte plus large, c’est-à-dire dans le contexte de la mondialisation ou la fermeture”, a déclaré l’essayiste Jacques Attali soutien d’Emmanuel Macron. “Le cas de 300 personnes n’est pas du ressort du président de la République”, a-t-il renchéri.

L’affaire Whirlpool, une anecdote? Succès garanti quand, le matin même, Marine Le Pen est venue poser en star…

Macron hollandisé par les sans-dents avant même d’être élu

On sait une chose maintenant: le prestige de la fonction présidentielle a vécu. On peut gagner un premier tour et se faire huer comme un voyou par une horde en colère deux jours plus tard. Macron est hollandisé, déjà.

Au passage, l’intéressé a commis, devant les ouvriers, un joli lapsus demandant un “hygiaphone” au lieu d’un “mégaphone”. Un hygiaphone pour parler aux petites gens? Les sans-dents ont dû appécier.

Le second tour ou l’affrontement de deux France irréconciliables

D’un côté, la France des dividendes, de l’autre, la France des prolétaires. D’un côté, la France à l’abri des bureaux ouatés, de l’autre la France des ateliers. D’un côté, la France qui gagne la mondialisation, de l’autre celle qui la perd. D’un côté, la France des corps intermédiaires, de l’autre, la France du peuple. D’un côté, la France qui gagne la mondialisation, de l’autre celle qui la perd.

Tel est le sens du scrutin du 7 mai.

print

6 commentaires sur Le jour où la barbie Macron a perdu la présidentielle

  1. C’est votre droit de défendre Le Pen avec des clichés du café du commerce. Mais cela ne vous honore pas parce que ce n’est pas à la hauteur des problèmes que vit notre pays, ni même à la hauteur de la plupart de vos articles. L’Histoire prouve que le nationalisme, les boucs émissaires et le dirigisme ne mènent qu’à l’appauvrissement et à la dictature.
    Mes 4 enfants et moi croyons à la démocratie, à l’éducation, à la France et à l’Europe. Nous croyons que l’Allemagne est notre partenaire et non notre ennemi. Nous voterons tous Macron.

    • Tout ce que dit Verhaeghe est une évidence. Vous êtes dans le déni. Surtout qu’il ira très certainement voter comme vous. Ce déni est bien la preuve d’un gros problème. Cher Monsieur, vous êtes incapables de considérer que votre “camp” a perdu une bataille. On ne parle pas de la guerre. Juste d’une petite bataille où Macron est passé complètement à côté et s’est fait avoir comme un bleu. Votre aveuglement est tel que vous refusez de l’admettre, alors que cette bataille est relativement peu importante et que vous gagnerez quand même dans 2 semaines.
      Quant à votre croyance dans la démocratie, l’éducation etc blabla, c’est très joli et généreux. Tout le monde est d’accord avec vous. Les questions portent sur les modalités. Tant qu’on n’aborde pas les modalités, on se paye de mots. Je déteste les gens qui se payent de mots. Car souvent, ils sont bien peu intelligents mais très prétentieux.

  2. Le plus grave, c’est que Marine Le Pen a déjà gagné … le troisième tour !!! Comment ?
    Vous ne trouvez pas que Macron ressemble de plus en plus à Sarkozy ? La même dureté dans le ton, l’attitude “gros bras”, le goût du bling-bling, le roulement des mécaniques … verbales, le manque de sang-froid …
    En fait une parfaite synthèse “Sarkozy-Hollande”.
    Gros bras vis-à-vis des traditionnelles droite et gauche, dont il aura forcément besoin, les inconciliables, qui vont paralyser son action. Alors il va durcir, essayer de “passer en force”, sans soutien politique, sans soutien populaire.
    Sa popularité va tomber en chute libre plus bas que Hollande et Sarkozy réunis. Il va réussir le tour de force de liguer tout le monde contre lui. Contre le bling-bling, contre le ni-ni, contre les gages donnés aux milieux financiers et aux technocrates de Bruxelles. Et faire descendre la France dans la rue. Démission, et le lit fait à Marine Le Pen. En 2018, 2019 au plus tard. Quand on voit qui va à la soupe, qui le “conseille”, on comprend.
    De toutes façons il faut voter Macron, cela retardera au moins l’échéance …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
RSI: le match Le Pen – Macron, par Eric Verhaeghe

Les ressortissants du RSI examineront avec attention les propositions de chaque candidat sur l'avenir de leur protection sociale. Voici un...

Fermer