Journaliste tabassé, téléphone détruit, ambulance sur dépanneuse : les images de la mobilisation des ambulanciers que l’on ne verra pas aux JT

Les ambulanciers parisiens ont promis de continuer à se mobiliser mercredi 7 novembre alors que les forces de l’ordre ont largement débloqué le périphérique ce mardi. Seulement, plusieurs images viennent questionner la légitimité des méthodes utilisées. 

En amont de la mobilisation générale prévue pour le 17 novembre prochain, les ambulanciers ont mené plusieurs actions partout en France et particulièrement à Paris. Nos confrères du Figaro estiment à plus de 700 le nombre de véhicules qui ont bloqué le périphérique parisien ce lundi.

Une opération escargot pour dénoncer l’ubérisation du métier. Les personnels se sont mis en ordre de marche contre l’article 80 de la loi de finance de la Sécurité Social 2017 qui prendra effet en 2018. « Cet article prévoit que le coût du transport des patients au sein d’un même établissement, ou entre deux établissements, comme entre un hôpital et un centre de dialyse spécialisé, est désormais à la charge des établissements de santé et non plus des patients. »

Les ambulanciers qui dépendent de petites structures craignent que le choix de l’opérateur se fasse via des appels d’offres qui les pénaliseraient face à des groupes importants qui pourraient plus facilement jouer sur le prix des courses. 

Mardi 6 novembre, Le Parisien comme d’autres médias annonçaient que le périphérique avait finalement été évacué par les forces de l’ordre. Pourtant, la plupart omettent de parler des conditions dans lesquelles ces évacuations ont eu lieu. Décider & Entreprendre revient sur ces conditions.

Un journaliste tabassé par un policier

L’image a déjà largement fait le tour des réseaux sociaux. On y voit un journaliste qui suit un détachement de policiers qui interviennent dans le mouvement créé par les ambulanciers sur le périphérique parisien. Alors que le détachement se regroupe autour d’un véhicule, on voit d’ailleurs un policier qui ressort d’une ambulance, un second se retourne avant de se précipiter matraque en avant vers le journaliste qui filme.

Ce dernier prend des coups, est mis au sol alors qu’il est clairement identifié comme journaliste, caméra au poing et brassard « presse » au bras. Le policier le surplombe et déclare :

C’est à cause de vous si la France part en couilles !

Un CRS pendant le mouvement des ambulanciers parisiens

Nous avons pu joindre par téléphone Laurent Bortolussi, journaliste de l’agence Line Press, qui a été agressé pour qu’il nous livre sa version. Il nous explique que « c’est sa présence qui n’a pas plût alors même qu’il était présent depuis plusieurs heures et clairement identifié comme un journaliste. »

S’il confesse que les journalistes de Line Press sont habitués à « être dans les dommages collatéraux »  du fait qu’ils soient régulièrement amenés à couvrir des manifestations, « des bousculades, des coups de tonfas dans le ventre, une grenade qui explose à côté », il constate aussi que cet incident est un « acte de violence gratuit ».

Le policier que je mets en cause avait disparu quand je me suis relevé. J’avais vu son visage, qui il était mais il n’était plus là. Ses collègues étaient toujours là, mais lui non. Est-ce qu’on lui a demandé de partir ? Qu’on l’a exfiltré ?

Laurent Bortolussi, journaliste chez Line Press

Actuellement, Laurent Bortolussi souffre du genou et déclare « ne plus pouvoir marcher« . Une plainte a été déposée. Pour autant, il tente de ne pas faire d’amalgames entre tous les policiers présents et estime qu’il s’agit d’un acte isolé d’un seul policier dans la masse.

Il raconte aussi avoir reçu énormément de soutien de policiers qui ont vent de l’incident mais aussi du commissaire sur place qui lui a présenté ses excuses. Nous avons tenté de joindre le ministère de l’Intérieur mais aussi la Préfecture de police de Paris mais aucun n’a donné suite à nos demandes.

Un policier détruit le téléphone d’une personne menottée

Lors de la deuxième journée de mobilisation, c’est à dire mardi, on dénombrait quatorze interpellations pour « participation délictueuse à un attroupement, entrave à la circulation et obstacle à l’enlèvement » d’après la préfecture de police. Le blocage a été levé, d’après l’AFP, vers 10h35.

Reste que toutes les interpellations ne se sont pas faîtes dans le calme. Plusieurs témoignages font état de l’utilisation de gaz lacrymogènes par les forces de l’ordre. Plus troublant encore, certaines actions des forces de l’ordre peuvent être remises en question.

Sur la vidéo ci-dessus, on voit plusieurs manifestants qui sont maîtrisés par des gendarmes. Seulement, alors qu’un premier ambulancier, en gilet jaune est menotté, on observe qu’un second gendarme sort de la poche du manifestant son portable avant de l’écraser du pied (à 0:54). D’après plusieurs témoignages, le manifestant l’avait utilisé pour filmer le mouvement et plusieurs scènes qui ont eu lieu durant la manifestation et la charge des policiers.

Là encore, on se désole qu’aucune institution n’ait souhaité commenter ces images. 

Rappelons aussi que les forces de l’ordre, policiers comme gendarmes ne peuvent s’opposer à être filmés sur la voie publique. Généralement, c’est l’article 9 du Code Civil, « chacun a droit au respect de sa vie privée », qui est évoqué pour justifier cette interdiction. Seulement, le droit à l’information qui est un droit constitutionnel inscrit à l’article 11 de la déclaration des droits de l’homme entre en contradiction et supplante le précédent texte.

De plus, plusieurs notes transmises aux forces de l’ordre leur notifie leur interdiction de s’opposer à être filmé ainsi que l’interdiction de « retirer ou détruire les prises de vues effectuées.« 

Des ambulances emmenées sur des dépanneuses

Durant le mouvement, plusieurs groupes d’ambulanciers expliquaient vouloir continuer le mouvement ce mercredi. Certains donnaient la consigne aux ambulanciers de dormir et de rester dans leur véhicule afin de montrer leur soutien. Mais ce n’est pas la seule raison.

L’autre motif de cette demande est d’empêcher les forces de l’ordre d’envoyer les véhicules à la fourrière. Comme le montre là encore la vidéo ci-dessus, les forces de l’ordre ont fait venir plusieurs dépanneuses afin de bouger de force les véhicules qui étaient sur le périphérique parisien.

On laissera à chacun le soin d’interpréter et de se faire sa propre opinion de ces images. Mais là encore, on le rappelle, aucune institution ni syndicat de force de l’ordre n’a souhaité commenter ces images.

2 commentaires sur Journaliste tabassé, téléphone détruit, ambulance sur dépanneuse : les images de la mobilisation des ambulanciers que l’on ne verra pas aux JT

  1. et bien s’ils en font autant avec les papy/mamies et les « petites gens » qui vont manifester le 17 novembre avec leurs gilets jaunes, ils vont bien finir par nous en servir une modèle « 6 février 34 » avant la fin de la présidence de celui là qui, justement, appelle de ses vœux une ambiance « fin des années 30 ».

  2. Et alors la presse qui se prend toujours pour un justicier…..et se croit bien fondée.?Des fouille merdes pour faire du buzz et faire du pognon… ça ne vous dit rien? Trop facile de faire les indignés! Les journalistes mériteront le respect seulement le jour où ils demanderont et obtiendront la suppression de leurs avantages fiscaux injustifiés… etc…
    Que votre organe de presse ne bascule pas dans ce penchant svp… vous baissez.

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