La Banque Postale va-t-elle s’affranchir ?

Les résultats nets part du groupe de la Banque Postale ont progressé à 707M€ (+4,4%), si l’on accepte l’hypothèse que les coûts du risque de crédit, rapportés aux encours, sont stables. Plus significative et réelle (aidée par l’émission Tier 2 de 750M€ fin 2015) est la croissance des ratios prudentiels (Common Equity Tier 1 à 13,2%, ratio de levier à 5,2 en tenant compte des delegated acts sur l’épargne centralisée, ratio de liquidité LCR à 2 fois le minimum).

Ce sont surtout les indicateurs d’activité qui sont impressionnants : +43% en crédit immobilier, +34% en crédits entreprises et collectivités (« banque et citoyenne » ne signifie pas axé sur le particulier, mais inclut aussi le financement local). Ce dynamisme a été alimenté par la reprise de fait d’une partie des productions du CIF et de Dexia. Pour donner une image plus réaliste de la situation, il faudrait déduire de ces productions les nombreuses renégociations de crédit qui ne génèrent pas d’encours, mais font diminuer les marges nettes d’intermédiation futures dans un contexte de taux bas.

La Poste, dont l’activité courrier poursuit son déclin, devient une banque, sinon universelle, du moins complète, quitte à investir dans la formation financière du réseau et dans la digitalisation. Reste à construire de même le pôle assurance.

Un pôle assurance dynamique et protéiforme

En affichant 900 000 contrats souscrits en non vie, l’assurance contribue à cette extension de La Poste dans les services financiers. Mais cette activité, considérable en prise de parts de marché, est encore sous forme de partenariats multiples*, comme si La Poste en était encore à la taille d’un courtier.

Le partenariat en santé, avec Malakoff-Médéric et la Mutuelle Générale, risque d’être compliqué par une gouvernance en recomposition (les DG de ces 2 entités ont été écartés). La Poste serait aussi en position de renégocier son partenariat en dommages avec Groupama, vue la sinistralité relativement favorable.

Un début de rationalisation est apparu à l’occasion de la prorogation de l’accord de distribution au profit de la CNP, avec la reprise à 100% de la Banque Postale Prévoyance par LBP. Mais le sujet majeur réside dans les 125Md€ d’encours en assurance vie, logée à la CNP. Si l’on exclut les activités ne relevant pas de l’intérêt général (activités internationales notamment), depuis que le flux d’assurance vie des Caisses d’Epargne va à Natixis (et accessoirement que le Crédit Agricole vient d’annoncer dans son plan la reprise de son assurance emprunteur), la production de la CNP repose essentiellement sur La Poste. La logique voudrait qu’on en tire les conséquences. C’est au Trésor, en liaison avec la CDC et La Poste, de préparer cette rationalisation dans les contrats de plan.

*La gestion d’actifs ne manque pas également de partenariats avec Fédéris et Aegon AM, sans compter en immobilier le projet de rapprochement de Ciloger avec AEW Europe (détenu à 60% par Natixis et à 40% par la CDC).

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