La fin de l’investissement des particuliers?

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L’épargne des Français a abdiqué. Le placement préféré est désormais le compte courant non rémunéré.

Certes, les taux de rendement des livrets ont baissé. Le livret A est à 0,75% et encore, avec un coup de pouce « politique » (en réalité à l’heure actuelle, l’immobilier n’a pas besoin de liquidité, en revanche un tel taux garanti décourage l’investissement productif, donc nuit à l’économie et l’emploi). La formule théorique (qui est fonction de l’Euribor 3 mois, l’EONIA, et l’inflation) donnerait un taux de du Livret A à 0,25%.

Signe d’une défiance dans l’investissement et la prise de risque, l’épargne va vers la précaution, en restant en compte courant ou, au mieux, alimentant la collecte brute dans l’assurance vie, qui est à plus de 80% à « taux garanti » (à 0% !).

L’assurance vie résiste

La collecte brute a augmenté à 36,4Md€* au premier trimestre 2016 (au lieu de 34,7 sur la même période en 2015). La part des Unités de Compte s’est légèrement tassée à 19% début 2016, la baisse des marchés au 2ème semestre 2015 ayant pu modérer l’enthousiasme des épargnants. La collecte nette continue à progresser malgré des prestations (28,6Md€ au premier trimestre), mécaniquement en hausse (en fonction des stocks croissants et vieillissants).

L’épargne assurance vie devrait être rémunérée en dessous de 2,5% en moyenne (et encore, en vivant sur les stocks de plus-values). Si l’on enlève les prélèvements fiscaux (IR ou forfaitaire libératoire), sociaux (15,5%), il reste un taux à peine supérieur à 1% avant ISF (pour ceux qui en « bénéficient »).

Des marchés hésitants

Les actions fluctuent : -16% en début d’année, puis +17%, cette hausse ne compensant pas cette baisse initiale (17%*(1-16%)= +14%). Les marchés suivent les nouvelles exogènes (décisions des banques centrales, croissances chinoise et américaine, cours du pétrole,…). Les marchés semblent oublier que les cours devraient être la valeur actualisée des profits futurs. Au contraire, la bourse s’est tassée après les annonces économiques favorables (+0,5% de PIB au 1er trimestre, moins de défaillances, recul du chômage catégorie A,…).

L’économie va « mieux » (ou moins mal qu’avant, mais moins bien que nos partenaires) avec une croissance de 0,5% au premier trimestre, aidée par la consommation des ménages (+1,2%) et l’investissement des entreprises (+1,6%).

Les obligations crèvent des plafonds inconnus (emprunts de la France à 50 ans et plus récemment de la Belgique à 100 ans à 2,3%) ou plutôt des planchers (taux souverains négatifs qui se généralisent, à court terme du moins).

L’immobilier reprend, soutenu par des taux de prêts record : de l’ordre de 2%, jusqu’à 1% pour les meilleurs dossiers. A l’étranger, on trouve même des taux négatifs (car variables, formule marginale en France).

Un intérêt fiscal

En cette période de déclaration d’impôts, certains rêveraient que ce soit le dernier ISF. D’abord, il y aura celui de 2017 au titre de 2016. Ensuite, ceux qui promettent son abrogation l’ont maintenu quand ils étaient au pouvoir.

Une victime collatérale de ce désintérêt pour l’investissement est la rémunération des Conseillers en Gestion de Patrimoine. Comment prélever par exemple 0,6% sur encours quand le taux de rendement net est de 1%  (sans parler d’un chargement à l’entrée) ? On comprend la tentation de repli sur les produits fiscalo-administrés**, comme le dispositif Pinel (mais attention, certains investisseurs Pinel n’arrivent pas à louer). Rappelons qu’il faut investir en fonction de ses besoins patrimoniaux et pas en fonction d’avantages fiscaux.

Pour ceux qui cherchent du rendement et à diversifier leur patrimoine, quitte à prendre des risques et perdre de la liquidité, il reste à investir directement dans les PME (déductions prévues à l’article 885-O V bis du CGI).

Le problème est identifié

Le coupable est connu : la politique de la BCE (également poussée par d’autres banques centrales), avec son « quantitative easing » encore aggravé, écrase les taux. Cela se double de la bipolarité schizophrénique du régulateur/superviseur/banquier central, qui demande des ratios de liquidités (LCR et NSFR***) importants mais fournit cette liquidité artificiellement. La BCE tente de régler le problème de la dernière crise (refinancement interbancaire à l’époque bloqué), alors que la crise actuelle relève de blocages structurels. Ces liquidités reviennent à donner des diurétiques à une économie constipée. Sans jouer au proctologue, la BCE se trompe de canal.

L’ayant compris, Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe, prône une réforme du pacte de stabilité avec des négociations entre les instances européennes et les Etats membres sur les plans de réforme à mettre en œuvre. Cela permettrait de redonner de la visibilité, de la confiance et de l’investissement dans les pays qui s’adapteraient et garroterait le surendettement de ceux qui ne se réformeraient pas.

*Source AFA

**La liste des niches fiscales est impressionnante : déduction Perp, dispositifs pour l’immobilier (pas seulement Pinel), rénovation énergétique (pour les amateurs de 2042QE), investissements dans les PME et l’innovation (FCPI, FIP), etc…Dans chaque niche fiscal, il y a un chien, donc pas de grand soir fiscal en vue.

*** Liquidity Coverage Ratio à un mois et le Net Stable Funding Ratio à un an.

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