La France blacklistée à Bruxelles

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La France est régulièrement épinglée par la Cour des Comptes. Cette fois, elle se retrouve crucifiée* par la Commission européenne. Celle-ci place la France sous surveillance pour déséquilibres économiques excessifs en plus d’être encore sous surveillance pour ses piètres finances publiques.

Réquisitoire de Bruxelles contre Paris

Les griefs détaillés par Bruxelles sont accablants. En résumé du rapport** disponible uniquement en anglais (le français est pourtant langue officielle de l’UE) :

– insuffisance d’exportations nettes, malgré un euro affaibli et un prix du baril effondré, dû à un manque de compétitivité ;

– trop forts coûts salariaux, avec des prélèvements sociaux dissuasifs. Des prélèvements obligatoires excessifs, au dépend du secteur productif ;

– des déficits budgétaires se résorbant moins vite que l’euro zone. Une dépense publique inefficace ;

– une croissance potentielle qui a baissé depuis la crise de 2008, malgré une démographie dynamique. Située à 1%, cette croissance potentielle ne permet pas d’inverser la courbe du chômage ;

– une dette (hors dette cachée « hors bilan ») se rapprochant des 100% du PIB, couplée avec un manque de compétitivité, est un facteur de risque pour l’avenir de la France, mais aussi -compte tenu de sa position- de l’Europe.

Si les inquiétudes sur le ralentissement mondial sont partagées (OCDE, FMI, banques centrales,…), le réquisitoire sur la France est particulièrement inquiétant. Jusqu’à présent, la situation dans l’hexagone avait été maintenue artificiellement par des injections de la BCE. Mais la fête se termine.

La BCE impuissante à relancer

Malgré ses efforts, la Banque Centrale Européenne n’arrive à stimuler ni la croissance, ni l’inflation qui reste nulle. Certes, l’euro a baissé (à 1,1$) ainsi que les taux d’emprunts (OAT 10 ans à 0,5%). Mais, après des effets dopant des annonces de QE, les bourses et les investisseurs sont inquiets.

La BCE aura racheté 730Md€ de dettes en un an, dont plus de 600Md€ de dettes publiques. 100Md€ de dette d’Etat français ont été ainsi rachetés par la BCE en un an, soit pratiquement une année d’adjudication de l’Agence France Trésor. A la fin de ce soutien, qui n’est pas pérenne (la Bundesbank trouvant la mesure atypiquement risquée), la France devra trouver des financeurs nets sur le marché. Ce sera l’heure de vérité sur les taux et le jugement à porter sur les finances publiques.

Les assureurs vie surexposés

Dans ce contexte de taux d’actualisation historiquement bas, les assureurs vie français disposent de matelas extraordinaires de plus-values latentes obligataires. Les ratios de solvabilité (I et II) affichés à fin 2015 sont donc bien flatteurs. Les perspectives sont d’une tout autre nature. En donnant 2,3% de participations aux bénéfices en moyenne en 2015, les assureurs ont puisé dans leurs réserves***. S’ils investissent à 0,5% en OAT**** 10 ans, en ôtant 100bp de frais (de distribution, de gestion administrative et financière,…), il reste -0,5%. S’ils investissent plus risqué (corporate bonds, actions, immobilier, etc), en théorie mathématique*****, le rendement net de risque n’est pas meilleur, au contraire.

Non seulement, les assureurs ne pourront pas continuer à servir de tels rendement (sauf à perdre 2,8% par an en régime de croisière, c’est-à-dire ne tenir en moyenne que 2 ans avant la faillite), mais ils ne pourront même pas garantir le capital sans essuyer de pertes.

 

*Si elle ne l’affiche pas clairement, l’Union européenne, ne serait-ce que dans son drapeau aux 12 étoiles, est subliminalement judéo-chrétienne. Les 12 étoiles figurent les 12 apôtres (ou douze tribus d’Israël) dans la couronne de la Vierge Marie, dans le vitrail de la cathédrale de Strasbourg. On peut aussi penser aux 12 heures du cadran d’une montre, aux 12 mois de l’année, aux douze constellations du zodiaque occidental (♈,♉,♊,♋,♌,♍,♎,♏,♐,♑,♒,♓), aux douze divinités olympiennes (Δωδεκάθεον), aux douze travaux d’Hercule (Δωδεκαθλος), aux Douze Tables romaines (Lex Duodecim Tabularum),…

**http://europa.eu/rapid/press-release_IP-16-332_fr.htm

***Comment va faire par exemple Natixis pour servir des taux de rendement de marché sur la production en assurance vie des Caisses d’Epargne en l’absence du stock de plus-values sur encours resté chez CNP ? Attention à l’application des contrats de coassurance et de réassurance dans de tels cas.

****OAT (avoine en anglais) : Obligation Assimilable du Trésor. Même s’il existe d’autres formes d’emprunts de l’Etat français, ce dernier a intérêt, tant que les taux sont anormalement bas, à émettre à long terme.

*****En probabilité risque neutre, l’espérance du taux de rendement des placements est le taux d’intérêt sans risque. Si l’on prend comme taux sans risque le Bund 10 ans, on arrive à moins de 0,2% !

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