L’administration préfectorale, formidable gisement d’emplois publics inutiles

L’administration préfectorale fait partie de ces gisements d’emplois publics inutiles auxquels les gouvernements qui se succèdent hésitent à toucher. Le pouvoir de nuisance du corps préfectoral est en effet réel – Emmanuel Macron en a fait l’amère expérience avec l’affaire Benalla. Pourtant, et à y regarder de près, on peut se demander comment justifier le maintien dans les cadres préfectoraux de dizaines de milliers d’emplois alors que l’essentiel de leurs missions est délégué aux collectivités locales.

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Tout a commencé par une affaire malheureuse. Cet été, je dois partir retrouver nos fournisseurs de Madagascar (ils nous fabriquent du contenu Internet) pour faire le point de notre collaboration. Comme le voyage est long et fatigant, je décide partir près de 3 semaines et d’emmener ma fille de 5 ans avec moi. Le voyage se décide à la dernière minute. Or ma fille a un passeport valide, mais qui expire à la mi-septembre. La réglementation malgache exige un passeport valide six mois après la date d’arrivée.

Nous essayons de prendre rendez-vous à Paris pour obtenir un passeport en urgence. Pas de rendez-vous possible avant plusieurs semaines… Comme notre billet comporte une escale à la Réunion, je tente ma chance et je monte dans l’avion jusqu’à Saint-Denis. 

Arrivés sur place, la compagnie aérienne Air Austral interdit à ma fille de poursuivre son voyage jusqu’à Tananarive. Les employés nous renvoient vers la préfecture pour obtenir un passeport en urgence. Et là! c’est le triomphe de la bureaucratie: aucune possibilité d’être reçu dans un service pour exposer sa demande, indifférence totale du secrétaire général de la Préfecture, Frédéric Joram (qui n’a pas voulu répondre à nos questions), qui refuse même les demandes d’indulgence du cabinet du Préfet. La rigueur, voire la rigidité administrative fait son œuvre.

Comment l’administration préfectorale s’est débarrassée de ses missions régaliennes

Si les services préfectoraux étaient débordés par l’accueil du public, le citoyen contribuable pourrait comprendre qu’un refus catégorique soit opposé à sa demande d’examen en urgence de son cas, comme les textes l’autorisent pourtant. Mais il se trouve que, depuis 2009, les préfectures se sont débarrassées de leur fastidieuse compétence de droit commun en matière de titres d’identité. Ce sont désormais les collectivités locales qui sont compétentes en la matière. Les services préfectoraux ne sont plus chargés que des titres en urgence. 

Alors pourquoi, dans ces conditions, ne pas « faire le job »?

On reprendrait ici l’essentiel des missions préfectorales, on s’apercevrait que, depuis les années 80, et au fil du temps, elles ont été confiées aux collectivités. Sans une résistance farouche de l’Etat profond, qui s’est battu pour que l’administration préfectorale conserve systématiquement un droit de regard sur les compétences qui lui étaient officiellement enlevées, cette administration aurait dû être réduite à la portion congrue.

Un gisement d’emplois inutiles

Malgré cette importante réduction de missions, le nombre de fonctionnaires affectés à l’administration préfectorale peine à baisser. C’est l’effet cliquet de l’emploi public. Tout emploi créé l’est définitivement.

Ainsi, en 2000 (c’est-à-dire à une époque où les préfectures étaient encore en charge des titres d’identité), l’administration préfectorale comptait 25.000 sur l’ensemble du territoire (hors Paris). En 2017, ces effectifs étaient montés à 26.000 fonctionnaires. 

On peine à croire qu’avec autant de transferts de missions auprès des collectivités, on ne puisse pas procéder à des suppressions massives d’emplois. Sauf à ce que l’Etat considère que le corps préfectoral soit une aristocratie dotée de privilèges.

2 commentaires sur L’administration préfectorale, formidable gisement d’emplois publics inutiles

  1. De plus en plus je perçois que notre pays est devenu un pays « soviétique », fait pour les fonctionnaires, gouverné par des fonctionnaires, où les autres servent de producteurs de revenus qu’il faut tondre régulièrement.
    Dans ce pays,
    – l’emprunt est considéré comme une recette normale puisque l’Etat n’a pas besoin d’équilibrer son budget
    – les fonctionnaires sont protégés de façon indécente :
    – quelle entreprise aurait nommé à son inspection interne un salarié ayant été mis à pied ?
    – quelle entreprise aurait conservé le responsable d’un naufrage de 1 milliard d’€ (logiciel Louvois) ?
    – quelle direction du Personnel aurait continué à fonctionner en ignorant où se trouvent 20.000 salariés ?
    – certaines mises à disposition (tout à fait légales) seraient considérées comme des abus de biens sociaux par la même administration dans les entreprises…
    – quelle entreprise accepterait que des infos confidentielles soient régulièrement remises à la Presse (secret de l’instruction) ?
    La facilité des aller-retour entre Politique et Administration est sûrement une des cause de cette soviétisation rampante.
    Mais les fonctionnaires ont appris à administrer (et ils sont nombreux à de le faire bien et avec compétence) mais ils n’ont pas appris à entreprendre et à risquer, sauf les militaires et les policiers.
    La présence massive d’élus issus de la Fonction Publique complique le pilotage de l’Administration par la Pourvoir.

    Les partis politiques seraient bien inspirés de réfléchir à cette consanguinité. Mais difficile quand on est juge et partie….

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