L’Allemagne parle d’«Exitaly» sans tabou

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Article paru sur le site du Temps, sous la signature de .

Près de 25% d’un panel de 700 professeurs d’économie allemands sondés affirment qu’en retournant à la lire, l’Italie gagnerait en compétitivité. Sa sortie de la monnaie unique serait aussi un facteur de stabilité pour la zone euro.

Qui parle d’Exitaly?

La place de l’Italie au sein de la zone euro préoccupe les Européens, à commencer par les Allemands, les premiers contributeurs au budget communautaire. L’institut d’études conjoncturelles Ifo, basé à Munich, vient de faire une enquête sur le sujet auprès d’un panel de 700 professeurs d’économie allemands. Ces derniers, en grande majorité – 71% – estiment qu’un «Exitaly», c’est-à-dire la sortir d’Italie de la zone euro, est improbable, selon les résultats publiés lundi. Ils sont tout de même 26% à privilégier le scénario inverse. Un petit 3% est sans opinion.

Sur un autre registre, 48% d’entre eux affirment qu’une sortie de la zone euro et la réintroduction de la lire italienne auraient un impact positif sur la compétitivité du pays. 14% vont plus loin, estimant qu’une dévaluation de la monnaie serait bienvenue. Par ailleurs, près d’un quart des sondés par l’Ifo estime qu’un Exitaly serait positif pour la stabilité de la zone euro.

Il y a trois ans l’Allemagne était au premier rang dans le débat sur une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro. Son ministre de l’Economie Wolfgang Schäuble y était ouvertement favorable, affirmant qu’Athènes pourrait revenir dans le club dès que ses comptes publics seraient assainis. La situation économique italienne n’est actuellement pas différente de celle de la Grèce d’alors. Son taux de croissance pour 2016 a été revu à la baisse à 1,2%. Sa dette publique — 120% par rapport au produit intérieur brut (PIB) dépasse de loin la moyenne de 90% de la zone euro. Sa compétitivité recule depuis plusieurs années.

Législatives anticipées

Le sondage d’opinion sur un tel thème n’a pas été fait par hasard. Il a été réalisé dans le sillage du référendum du 8 décembre dernier lorsque les Italiens ont rejeté à 60% les réformes constitutionnelles proposées par le gouvernement et par la suite, de la démission une semaine plus tard du président du Conseil italien Matteo Renzi. Même si un large vote hétéroclite avait rejeté les réformes, c’est la principale formation politique eurosceptique, le Mouvement 5 étoiles, qui a revendiqué la victoire. Fort de son succès, il réclame des élections législatives anticipées.

«La place de l’Italie dans la famille européenne est un sujet largement débattu dans les médias allemands, explique au Temps la professeure Manuela Krause, l’une des deux responsables de l’enquête. Le scénario d’un Exitaly n’est pas exclu dans la mesure où le Mouvement 5 étoiles, la première force politique, a promis d’organiser un référendum sur la question s’il venait au pouvoir.» Et d’ajouter: «De toute évidence, le camp eurosceptique gagne du terrain en Italie comme dans le continent».

Banques italiennes en détresse

La Commission européenne ne commente mais les résultats des sondages. Il n’empêche que Bruxelles a les yeux rivés sur la situation économique du pays, plus particulièrement sur ses banques qui se plient sous une montagne de créances pourries (360 milliards d’euros, soit un tiers de l’ensemble des banques dans la zone euro).

Les cas les plus urgents concernent l’UniCredit, le numéro un, et la Monte dei Paschi di Siena, le numéro 3. Cette dernière doit lever cinq milliards d’euros au plus tard jeudi prochain. En cas d’échec, l’État italien pourrait intervenir lui-même pour sauver la banque ou demande de l’aide à l’Union bancaire, un mécanisme mis en place après la dernière crise financière pour veiller à la solidité et à la stabilité des banques de la zone euro. Mais pour faire appel au Fonds de résolution bancaire, l’Italie devra se soumettre aux règles européennes en matière de gouvernance et de réformes structurelles. Ce qui, à ce jour, a été considéré comme inacceptable à Rome.

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