L’angoisse de l’entrepreneur face à la pénalisation de l’aide aux clandestins

Source: Eric Verhaeghe
Temps de lecture : 5 minutes

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Plusieurs affaires judiciaires montrent la progression de la pénalisation (c’est-à-dire, au sens propre, du traitement pénal) de l’aide aux migrants clandestins, et pour l’entrepreneur, c’est forcément un sujet d’angoisse. Pour le comprendre, je suis obligé de tenir des propos très provocateurs, interdits autant à gauche qu’à droite, mais enfin! dans l’intérêt général, et spécialement dans l’intérêt économique de notre belle Nation, il faut bien qu’elles soient dites un jour.

Pourquoi un entrepreneur aide un clandestin

Bien sûr, il y a le bla-bla bobo récurrent sur les 5 ou 6 millions de chômeurs en France qui rêvent chaque matin de travailler et qui supplient la terre entière de les faire sortir du chômage, mais le méchant capitalisme leur refuse ce droit. Et puis il y a la réalité des entrepreneurs quand ils cherchent quelqu’un pour prendre un job dans leur entreprise. Les uns ne reçoivent jamais de réponse parce que le boulot est d’emblée trop ingrat, les autres en reçoivent trop, parce qu’ils attirent des cohortes d’hurluberlus qui n’ont aucune véritable envie de travailler mais adorent se persuader du contraire et jouer ensuite aux victimes du “système”.

Alors, quand un candidat (ou une candidate, le genre ne fait ici rien à l’affaire) se présente, qu’il correspond aux besoins, qu’il est motivé, quand l’entrepreneur sent que ledit candidat va lui régler ses problèmes, il ne s’occupe ni de sa religion ni de sa couleur de peau, ni de savoir s’il a ou non des papiers, il le recrute aussi sec. Parce que l’entreprise a besoin de ce recrutement pour vivre.

L’entrepreneur face au blabla nationaliste

Bien sûr, recruter un clandestin est un acte délictueux qui peut même heurter la conscience de certains entrepreneurs farouchement convaincus qu’il faut arrêter l’immigration clandestine. Mais il y a les blablas colportés dans les salons ou les medias, et puis il y a les faits, et ceux-ci sont implacables.

Très souvent, sur des emplois peu qualifiés, les seuls candidats que l’entrepreneur voit se présenter à ses portes sont issus de l’immigration, et les clandestins sont à la fois les plus compétents et les plus motivés. Les artisans et les petits employeurs d’Ile-de-France, notamment, et particulièrement ceux qui ont des métiers de force ou pénibles, ne me contrediront pas.

Souvent, sur des emplois qualifiés, les étrangers (et je vise ici spécialement les Africains) font la différence: plus motivés, mieux préparés et pas encore corrompus par cette idéologie de la protection toute puissante en France, où le postulant vous explique une fois sur deux qu’il doit prendre des congés avant de commencer le job que vous lui proposez et qu’ensuite il fera trente-cinq heures semaine, pauses cigarettes comprises, et pas une minute de plus.

On peut donc parler d’identité nationale autant qu’on veut, la réalité économique et sociale en France est têtue: nous avons besoin d’étrangers pour faire fonctionner le pays. Ou alors on assume une sévère explication de texte auprès des “Français” pour les remettre au travail (et ce ne sera pas du gâteau).

Comment l’Etat empoisonne déjà la vie des employeurs

Dans cette situation recouverte aujourd’hui par une chape de silence soigneusement entretenu (merci les medias subventionnés), l’Etat empoisonne d’ores et déjà la vie de l’entrepreneur.

Pour ceux qui recrutent des étrangers en situation régulière mais provisoire, il y a d’abord la séance annuelle extrêmement pénible de renouvellement des papiers. Quand ton salarié t’explique qu’il doit se rendre à la Préfecture pour renouveler sa carte de séjour, tu sais déjà que le pauvre gars va te flinguer, bout à bout, une bonne semaine de boulot, puisque la règle scrupuleusement suivie dans les services de l’Etat est de rendre le service le plus dégueulasse possible aux demandeurs, histoire de bien les décourager.

La procédure est donc bien rôdée. Ton salarié se pointe à six heures du matin aux portes de la Préfecture, où il s’agglutine dans le froid avec des familles équipées d’enfants en bas âge, et des tas d’autres gens qui forment une sorte de cortège de la misère mondialisée. Il attend là deux ou trois heures. Puis il entre, il prend un ticket, et quand il est reçu, le fonctionnaire qui examine son dossier fronce les sourcils en lui expliquant qu’il manque un papier ou qu’il y a un problème trouvé le matin sous le sabot d’un cheval, et ton employé revient au bureau la queue entre les pattes en expliquant qu’il doit y retourner le lendemain.

Ce petit jeu peut durer plusieurs jours, parfois plusieurs semaines si rien n’y est fait. Donc, si, comme moi, tu ne prends pas ton téléphone pour engueuler le secrétaire général de la Préfecture et lui expliquer que tu vas révéler ces dysfonctionnements dans la presse (ce qui permet de résoudre le problème en quelques heures, d’ordinaire), tu entres dans la phase de précarité. Ton salarié bénéficie alors d’un récépissé de demande qui ouvre la porte à toutes les folies et les aventures et fait potentiellement de toi un criminel qui aide un sans-papier. Et si ton salarié ne magouille pas avec une association de sans-papiers pour s’en sortir, tu risques gros…

Quand la paresse des policiers nationalistes te fait plonger

Je lis dans Le Monde ce papier sur un policier “lanceur d’alerte” au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, près de Roissy:

Dans son rapport de 2015, le contrôleur général des lieux de privation de liberté s’inquiétait que « des attitudes mécaniques et indifférentes confinent trop souvent à l’inhumanité » dans les 24 centres de rétention du territoire. Il ajoutait que ceux-ci « constituent la catégorie de lieux de privation de liberté dans laquelle le comportement des forces de l’ordre fait l’objet des critiques les plus nombreuses ». Analyse que le brigadier ne renierait sans doute pas, lui qui dit effectivement avoir été « gêné », par le tutoiement pratiqué auprès des retenus, par ces « poubelles infestées de rats » qu’on « éloigne des zones de vie juste avant une inspection », par ces opérations de contrôle organisées au petit matin devant les gares « parce que ceux-là, ce sont des travailleurs, ceux qui se laissent embarquer sans se rebeller ».

Le rêve de tant de policiers, nationalistes ou non: des délinquants “qui se laissent embarquer sans se rebeller”. Être un héros, oui! mais sans risque et sans effort. Faudrait quand même pas casser l’outil, ni remettre en cause les avantages sociaux.

En attendant, toi, tu comprends vers dix heures du matin que ton salarié étranger ne vient pas aujourd’hui et n’est pas près de revenir, parce qu’un connard de flic l’a chopé à la sortie du métro, histoire de dire partout qu’il a sauvé la France de l’invasion islamique avant d’aller se faire sa belote avec les copains. Et tu es dans la mouise…

Bientôt une pénalisation des employeurs?

À force de stigmatiser le salutaire débat sur l’identité nationale, les intellectuels officiels ont créé une situation paradoxale. D’une part, toute allusion à un débat sur le sujet est devenue suspecte d’appartenance à l’extrême droite. De l’autre, une sorte de passivité totale s’est instaurée sur des attitudes inouïes des pouvoirs publics.

Ainsi, la multiplication des poursuites pénales contre les “complices” des étrangers clandestins ne suscite guère d’émotion particulière. Ici, c’est un “passeur” bénévole qui s’expose à dix mois de prison avec sursis. Là, c’est un universitaire qui a failli subir le même sort.

Les employeurs doivent ici prendre conscience du risque auquel ils s’exposent. Parce qu’à la différence d’un universitaire, ils seront, soumis aux mêmes poursuites pour les mêmes faits, suspectés d’avoir voulu tirer profit de la misère de ces étrangers. Et personne ne viendra les soutenir dans la détresse: ils seront bons pour la tôle en bonne et due forme.

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